..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

dimanche 13 octobre 2013

La « canonisation » Saint Marcelin (2)

Il fallait encourager les racontars stupides des paysans. Mieux, il fallait les répandre. Jusqu’à ce que Rome les entérine.

Thibault Patte-Croche encouragea en sous-main la propagation des rumeurs les plus folles. Ainsi, ce rêve d’ivrogne de la fontaine de bouillette prit corps. Pourquoi se gêner? Ne racontait-on pas qu’Odilon, le vieil abbé de Cluny pouvait changer l’eau en vin ? Un peu plus, un peu moins… Quand on est parti à déconner…

De proche en proche se répandit dans le Baugeois d’abord puis dans les provinces alentour la légende du Grand Saint Marcelin…

Les gens affluèrent de partout.

Les dons des pèlerins permirent bien vite que s’édifie une église romane avec chapelles rayonnantes autour d’un déambulatoire. Dans la chapelle axiale trônait le tombeau du saint, surmonté d’un gisant le représentant en abbé crossé et mitré. N’était-il pas le père de la communauté qu’il était censé avoir fondé ? C’est cette représentation qui par erreur amena certains peintres à le représenter en évêque.

Point de vue miracles, c’était le top.

A cette époque, les reliques ne s’étaient pas encore spécialisées. On était thaumaturge ou pas. Si on l’était vraiment pourquoi limiter son talent ? Marcelin était un saint généraliste. Et bougrement efficace. Avec lui, les aveugles voyaient, les sourds entendaient, les paralysés dansaient, les bègues haranguaient, les coincés bandaient, les manchots jonglaient, les culs-de-jatte bondissaient, les désespérés chantaient...

Du moins parfois… Ou presque… Enfin, on va pas chipoter ! C’est tout l’avantage de la magie. On ne s’en souvient que quand ça marche… Et puis entre carrément guéri et pire qu’avant, il y a de la place pour bien des améliorations.

En outre, un pèlerinage, ça fait une sortie. Mettez-vous à la place du paysan du XIe siècle, grevé d’impôts, attaché à la glèbe, pas de télé, pas de bagnole, rien ! C’est pas écouter les conneries de sa belle-mère en bouffant des châtaignes à la veillée qui va le distraire. En revanche, si sous prétexte d’aller soigner ses rhumatismes, il prenait une sorte de congé, il s’offrait un petit voyage ? Long, mais pas trop. Le temps de faire sentir qu’on manque sans laisser celui de s’organiser… Voilà une idée qu’elle serait bonne ! On voit du pays, on couche à l’église, on se promène en ville, on va dans les rues où, à ce qu’on raconte, il y a des filles bien gentilles qui vous XXXX la XXXX à XXXX de XXXX comme des XXXX* ! Et on revient content. D’autant mieux guéri qu’on avait un rien exagéré sa claudication avant de partir. La prochaine, fois, ça sera pour le dos…

De nos jours, ces superstitions ne riment plus à rien : l’employé moderne pour peu qu’il ait un CDI s’attache à sa tâche. Il est grevé d’impôts, mais c’est pour la bonne cause. Il a la télé, et tant que la télécommande ne reste pas bloquée sur Arte, c’est quand même distrayant. Il a une voiture qui lui permet d’aller où il bosse. Il est heureux, quoi ! A quoi bon aller pérégriner par les chemins quand on peut s’emmerder chez soi ?

La position centrale qu’occupait Saint Marcelin en pays d’Oil, assura son succès. Oh, ce n’était pas Chartres, Saint Jacques de Compostelle ou Jérusalem, bien sûr, mais c’était un bon petit lieu de pèlerinage familial. Et profitable… Thibault Patte-Croche était depuis des lustres parti goûter les pissenlits par la racine que ses descendants se félicitaient encore de son initiative. Ils envisageaient même de remplacer le sanctuaire original par une de ces merveilles de lumière que l’on appellerait plus tard gothique. Il s’agissait d’un gros investissement. Pour se payer ça, il fallait jouer dans la cour des grands. Et c’est là que le bât blessa. On était en 1216. Le concile du Latran venait de se terminer. Entre autres joyeusetés, il avait été décidé que la vénération des reliques serait interdite sans l’accord du pape.

Marcelin n’était saint que par la Vox populi. Réclamer sa reconnaissance au Saint-Siège prendrait du temps, serait coûteux et pour le moins hasardeux. On se résigna à demeurer local. Après tout, tant que l’évêque de Corbinville n’y voyait pas d’inconvénient majeur, son culte pourrait continuer. Et il continua, bon an mal an, tant que persista le culte des reliques. La contre-réforme ne lui fit pas de bien. Et puis, comme partout ailleurs la foi s’étiola… L’Église mit de l’ordre à tout ça….

On finit par admettre que le saint n’était pas vraiment saint… A regret.

N’empêche, la légende était belle… …et Baugeoise en diable !


* On raconte même que certaines vous XXXX les XXXX avec les deux XXXX, et ensuite vous XXXX le XXXX tout en vous XXXXant la XXXX. Mais ça, j’ai du mal à y croire. Quoique, avec ces cochons de médiévaux, on puisse s’attendre à tout….

4 commentaires:

  1. Cette histoire porte la marque d'une époque intéressante à plus d'un titre et c'est ainsi, je crois, que les choses se passaient.
    Notamment en ce qui concerne ces dames qui savaient si bien vous placer un XXXX sur la XXXXX tout en vous laissant lui XXXXXX le XXX avec les XXXXX!
    Ce devait être assez plaisant, somme toute.
    Amitiés.

    RépondreSupprimer
  2. Quelle belle époque! Ce n'est pas de nos jours qu'on canoniserait ceux qui ont pris Marcelin pour modèle. Tenez Mitterand pour ne citer que lui malgré la dévotion de ses adorateurs. Quant à Giscard ou DSK, ce n'est même plus la peine qu'ils meurent, ils n'ont aucune chance. Le premier devra se contenter de son fauteuil à l'Académie, quant au second, il y a peu de chances que celles qui se sont mises à genoux devant lui, continuent de le faire devant son tombeau.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quand on se souvient de tout le bien qui avait été dit de M. Alain Bashung lors de son décès voici déjà plus de quatre ans et qu'on constate qu'il n'est toujours pas canonisé, on en vient à se demander si la sainteté a encore le vent en poupe...

      Supprimer

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.