Deng, un homme clairvoyant !
On attribue au regretté Charles de Gaulle, alors qu’en 1964 il venait de reconnaître la République Populaire de Chine et envisageait les rapports commerciaux avec ce nouveau partenaire cette phrase : « On leur achètera des chaussettes et on leur vendra des avions ». Tu parles, Charles ! Le bon général parlait en homme du XIXe siècle ou, au mieux, en homme de son temps, persuadé qu’il était de la suprématie technologique d’un Occident encore dominant. Sans vouloir offenser ses mânes, on peut dire aujourd’hui qu’il se mettait le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate.
Certes, grâce au président Mao Zedong, et à ses géniales idées qui en leur temps obtinrent un vif support de ceux qui aujourd’hui boivent les paroles de M. M*, le grand bond en avant et la révolution culturelle permirent à la Chine de connaître ces famines et ces troubles qui la maintinrent dans un sous-développement salutaire. Cependant, tandis que Mao déconnait à plein tube, un nommé Deng Xiaping qui, ayant échappé aux épurations du Grand Timonier, devait diriger la Chine des années Quatre-vingts, prononça une phrase frappée au coin du bon sens au début des années soixante : « Peu importe qu'un chat soit noir ou blanc, pourvu qu'il attrape la souris ». Par delà son contenu manifeste, cette métaphore s’appliquait à l’économie, disant que plus que l’idéologie c’est le pragmatisme qui doit y régner. Parvenu au pouvoir, il mit en œuvre cette maxime qui nous amena à la situation présente où la Chine est devenue en matière de PPA (Parité de Pouvoir d ‘Achat ) , seule mesure réaliste, la première puissance économique mondiale.
Certains achats (montre, plaque de cuisson, téléphone, etc.), l’apparition dans les rues et les publicités de nouvelles marques de fabricants automobile, m’ont amené à me renseigner sur des entreprises chinoises naguère inconnues (voire inexistantes) qui maintenant occupent la première ou la deuxième place sur le podium mondial de leur spécialité. Leur schéma de développement est généralement le même : une PME dans un trou perdu de l’Empire du Milieu lance un produit qui se vend bien localement, des fonds d’investissement s’y intéressent et lui offrent des moyens massifs de se développer sur le marché national puis sur les marchés voisins (Inde, Viet-Nam, Japon, Corée, Taïwan, etc.) où elles prennent une place proéminente, enfin, elles s’installent sur les marchés Européens et Étasuniens où elles arrivent en force vendent leurs produits et rachètent ou installent des moyens de production locaux.
Résultat des courses : en France, notre déficit commercial vis-à-vis de la Chine s’élève à 50 milliards d’Euros (soit la majeure partie de notre déficit commercial global). Et pour l’UE, géant économique garant de notre félicité à venir, qu’en est-il ? Eh bien, ce n’est pas fameux du tout ! Sur des échanges de 559 milliards d’Euros le déficit européen s’élève à 360 milliards ! Quand aux USA, malgré des niveaux de taxes considérablement relevés et la diversification de leurs approvisionnements, leur déficit demeure important.
Certes, la France continue de vendre à la Chine des avions ( Airbus produit également en Chine avec les transferts de technologie que ça implique), des produits de luxe, et des vins et spiritueux mais l’aéronautique chinoise se développe à grands pas. Sauf à devenir tous riches et alcooliques les chinois n’achèterons pas suffisamment de nos autres produits. Reste le tourisme mais à force de se voir dépouillés de leurs biens par nos sympathiques racailles, ne se lasseront-ils pas de nous visiter ?
Quand ils inonderons le monde de leurs avions, aurons-nous des chaussettes à leur vendre ?
*Personnage douteux dont les éructations échevelées rencontrent aujourd’hui l’approbation de certains jeunes analphabètes de l’Université française (produits hélas inexportales).
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