Rassurez vous, je ne vais pas parler de l’édile qui préside aux destinées de ma petite ville. Je n’ai pas voté pour sa liste (la seule en lice), la politique locale m’intéressant peu, je ne saurais me montrer critique . Je parle de l’ancien ministre qui fit récemment une déclaration fracassante concernant la scolarité, à savoir que l’école devrait accueillir les enfants à partir d’un an.
Ça part d’une bonne intention, comme les chemins de l’enfer : lutter contre les handicaps culturels des enfants déshérités, qu’ils soient cassoces ou d’origine exotique et ainsi restaurer l’ascenseur social réputé en panne.
Laissons de côté les questions subsidiaires que sont les aspects économiques du problème (personnels, locaux adaptés, etc.) et concentrons nous sur la capacité de l’école à combler le fossé culturel qui sépare les « privilégiés » des « défavorisés ».
Commençons par le problème de la langue orale et écrite: il concerne non seulement les allogènes dans le foyer desquels se parle une autre langue mais également les enfants venus de foyers français « de souche » dont le niveau langagier se borne à quelques centaines de mots. Peut-on penser qu’en prenant en charge les enfants avant même qu’ils parlent l’école serait capable de les amener en cinq ans à un niveau de langue et à une appétence pour la lecture comparables à celui d’’un enfant d’un milieu socio-culturel supérieur ? Je crains que non. Car qu’on le veuille ou non, en dehors de l’école, le milieu familial continuera d’agir de manière plus favorable pour les derniers. Entre les foyers où l’on lit, où l’on initie dès la petite enfance à des loisirs culturels et un autre où on se borne à regarder la télé et/ou à jouer à des jeux vidéo, l’écart continuera de se creuser
Que l’école ait à un moment été en mesure de pallier en partie ces différences est indéniable. Mais ses buts ont changé : l’instruction publique et devenue en 1932 l’éducation nationale. Au fil du temps et de plus en plus rapidement l’« éducation » a supplanté l’instruction tandis que l’éducation elle même plutôt que de se donner comme but de permettre à l’enfant de s’insérer tant bien que mal dans une société policée s’est fixé comme but l’épanouissement de l’enfant c’est à dire non pas de s’ouvrir à l’enrichissement par de nouvelles connaissances mais souvent de laisser libre cours à ses mauvais penchants. De plus, l’enseignement s’est orienté vers des questions idéologiques ou sociétales (citoyenneté, écologie, sexualité, etc.) au dépens des fondamentaux. Je citerai un de mes vieux professeurs de sciences naturelles de 5e ou de 6e parlant de l’astronomie : « Pourquoi a-t-on mis ça au programme ? Mais parce que ça vous dépasse de cent coudées ! » Plutôt que d’enseigner les outils essentiels qui permettent d’accéder au savoir (lire, écrire, compter) l’école élémentaire veut inculquer directement des notions abstraites à un public trop souvent à la limite de l’analphabétisme dans un brouhaha né de l’absence de discipline.
Si je prends l’exemple de ma famille, c’est à l’école qu’elle doit son « ascension socio-culturelle ». Du côté de mon père, les parents étaient illettrés, du côté de ma mère, c’était mieux : le grand-père avait le certificat d’études. Il n’empêche que tous deux avaient le breton pour langue maternelle (ou plus exactement le trégorrois , un de ses dialectes). L’école leur a transmis un français pur. Pas l’école des hussards noirs de la république, celle des curés et des bonnes sœurs où ça ne rigolait pas non plus. Ayant fait tous deux des études secondaires, il nous ont transmis un français correct (le breton étant leur langue secrète réservée aux conversations sérieuses et autres scènes de ménage). Héritage précieux s’il en est. Poursuivre ses études était pour eux essentiel moyennant quoi leurs trois enfants firent des études supérieures. A une exception près les huit cousins de la génération suivante également. En deux générations, les descendants d’analphabètes, sont devenus professeurs ou techniciens. En trois, ingénieurs ou cadres divers. Merci l’école
Au lieu de prolonger le temps de scolarité, il faudrait plutôt améliorer le système actuel entre autres en y restaurant la discipline, en se concentrant sur les fondamentaux, en supprimant des programmes les enseignements prématurés et/ou imprégnées d’idéologie « progressiste », en renforçant les exigences des professeurs, en en bannissant le pédagogisme, en assurant un revenu décent aux enseignants ...
Seulement, pour mettre en place une telle réforme sur qui pourrait-on compter ? Sur des politiques timorés ? Sur des enseignants eux mêmes biberonnés aux pseudo-valeurs de l’ancien système ? Sur des parents laxistes répugnant à toute discipline ? Je crains que notre école ne souffre des mêmes maux que notre société et qu’elle soit ce que cette dernière mérite. Je crains que l’harmonisation partielle des niveaux scolaires se réalise davantage par l’effondrement du niveau culturel des « élites » que par l’augmentation de celui des « défavorisés ».