
Le 11 septembre 2011 je publiai ici mon premier article. La décision
que je pris alors était en grande partie due à Nicolas Jégou,
décédé le 15 juin dernier. Je n’étais pas tout à fait un
novice du Net. Depuis quelques années j’y étais intervenu,
d’abord sur des forums littéraires (Vébret, Les amis de Romain
Gary, Écrits vains…) qui tous ont fermé boutique. Je ne sais plus
par quel hasard, je tombai un jour sur un récit qui m’amusa :
y était narré qu’au Kremlin Bicêtre, un certain Didier Goux, au
cours d’une altercation avec un patron de bistrot, lui avait
balancé son verre de bière au visage. Suivant quoi, ledit patron,
homme à l’humour limité, avait viré ledit Didier manu militari
de son établissement . S’ensuivirent quelques péripéties
dont je ne garde pas le souvenir mais qui m’amusèrent et piquèrent
ma curiosité. Un homme comme ce Goux ne pouvait pas être
entièrement mauvais ! Des recherches m’amenèrent à
découvrir son blog, à l’apprécier grandement et à y commenter.
Entre autre intervenants, un certain M. Jégou, visiblement ami du
patron, y tenait le rôle du « gauchiste » de service. Il
apparaissait également dans la blogroll. C’était un temps où
polémiquer m’amusait encore je me mis donc en devoir de croiser le
fer avec Jégou et ses affidés.
Dire
que j’y reçus un accueil cordial serait grandement exagéré. Le
taulier s’avéra irascible, sa colère le poussait à se montrer
grossier, les noms d’oiseaux pleuvaient. C’était très
désagréable.
Cependant,en
lisant ses écrits, j’appris des choses sur lui. Pas qu’il était
Breton, son nom l’annonçait mais qu’il était des Côtes
d’Armor, (comme ma famille), qu’il était ingénieur, qu’il
habitait la proche banlieue de Paris, qu’il était célibataire et
qu’il comblait ses soirée en picolant dans les troquets de son
coin. Que de points communs avec ce mien cousin, Michel, que ses
excès avaient emporté à quarante ans à peine. Je l’aimais bien
Michel, nous avions fait de mémorables bringues ensemble dans notre
jeune âge. Et pour cela, je ressentais une sorte de camaraderie
indulgente pour ce Nicolas. D’ailleurs, bien plus tard, lors d’une
conversation avec Didier Goux, ce dernier s’étonna de ce qu’avec
son pote Nicolas nous ne soyons pas amis : « Vous
êtes pareils » me dit-il ! Pareils, pas
vraiment mais pas si étrangers l’un à l’autre…
Dans
l’introduction à mon premier billet, je fis allusion à nos
bisbilles : « Créer un blog est une décision
grave. Je ne la prends aujourd'hui qu'après mure réflexion. Avant
de me lancer dans pareille aventure, il m'a fallu subir l'amicale
pression de nombreux supporters, genre : "Tu fais chier avec tes
commentaires aussi idiots qu'interminables sur mon blog à moi
personnel, crée donc le tien, pauvre connard !" Difficile d'y
résister. Je cède donc. » Je suivais le
conseil de Nicolas ! Il avait raison. Il fut mon premier
commentateur, encouragea ma démarche et m’inscrivis dans sa
blogroll.
Il
m’est arrivé d’avoir recours à lui quand je rencontrais un
problème informatique. Il se montrait compétent, serviable et
patient.
J’allais
de temps à autre visiter son blog, sans le commenter (à quoi bon?)
mais récemment je m’étais mis à suivre régulièrement le blog
annexe qu’il consacra au réaménagement de sa maison familiale de
Loudéac où il comptait se retirer. Pour deux raisons : d’abord
parce que ce genre de travaux m’intéresse et aussi parce que
j’étais content de le voir s’intéresser à quelque chose de
plus constructif que la politique et les bistrots. En même temps,
j’étais un peu inquiet : vues ses mauvaises habitudes, une
santé qui lui jouait des tours, son obésité, son rêve d’une
retraite paisible risquait de vite se terminer. Il ne l’a même pas
atteint.
Je
garde de lui le souvenir d’un brave homme car, comme disait si bien
ce vieux pochtron de Verlaine :
|[Que]
la bonté c'est notre vie,
[Que] de
la haine et de l'envie
Rien ne reste, la mort venue.
C’est
du moins ce que je pense et que devrait penser Dieu s’il existe et
qu’il est moins cruel qu’on nous raconte.
Repose
en paix, Nicolas !