..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

dimanche 26 septembre 2021

A quoi bon secourir les cons ?

 


Je suis tombé, suite au commentaire d’une amie Facebook, sur un article de France Bleu évoquant une polémique née d’une mise en garde de la Gendarmerie de Haute-Loire contre les brouteurs qui avait provoqué l’ire d’associations antiracistes avant d’être supprimée et d’entraîner de plates excuses de la maréchaussée. Je ne m’étendrai pas sur le contenu dudit communiqué gendarmesque qui me semblait frappé au coin du bon sens : si votre curiosité vous y invite, cliquez sur le lien. Ce sur quoi je m’interroge, c’est sur l’utilité qu’il y a à mettre les cons en garde contre les arnaques grossières de nos amis sub-sahariens, surtout lorsque ça risque d’entraîner une enquête voire des sanctions.

Comme vous tous, pour peu que vous soyez sur les réseaux sociaux, je reçois de temps à autre de curieuses propositions d’amitiés ou des messages émanant de jeunes personnes désireuses d’être mes amies ou impatientes de converser avec moi. Si je regarde leur profil, je m’aperçois qu’elles n’ont en général aucun ami, qu’à part remplacer leur photo de profil par une qui ne leur ressemble que de loin et d’être devenues fleuristes ou coiffeuses après des études (qu’on suppose brillantes) à l’Université de Vazy-en-Berrouette, il ne contient rien. Il me semble que ce constat devrait suffire pour mettre la puce à l’oreille du plus innocent des gogos. Il semblerait que non, puisqu’il en est qui après s’être fait piquer leurs éconocroques, viennent confier leurs malheurs et détresses aux gendarmes.

Je sais mon charme irrésistible. Mais de là à ce qu’y succombent de jeunes et jolies femmes à foison, il y a un pas que je ne saurais franchir. Surtout si l’amour inconditionnel que je leur inspire s’accompagnait de demandes de virements. S’il n’y a pas de limites à la connerie, il devrait y en avoir…

Ces arnaques à l’Amour (avec un gros tas) ne sont pas les seules. Les menaces de fermeture de comptes (auprès de banques ou de services où parfois on n’en a jamais eu), les colis cadeaux qui risquent de ne pas arriver faute de plus amples renseignements, les propositions de placements à des taux faramineux sont légion sur les réseaux et dans les boîtes mail. Si on s’y fait prendre, c’est que l’on a pas la lumière à tous les étages ou qu’on n’a à s’en prendre qu’à soi-même pour un moment de coupable distraction.

Des pigeons, il s’en lève tous les matins. On n’y peut rien, c’est comme ça. Mâles ou femelles, s’ils ne se font pas escroquer par l’un, c’est l’autre qui les escroquera. Passée la tendre enfance, croire au Père Noël relève plus de l’ânerie que de la fraîcheur d’esprit.


mardi 21 septembre 2021

Curieuse remarque !

 

Faudrait-il la confisquer aux ploucs pour certaines consultations ?

Ce matin, j’entendis, faute d’avoir éteint le poste, un débat chez M. Morandini. Y participait le maire d’un village de 50 habitants, invité parce qu’il avait promis sa signature à M. Zemmour en vue de son éventuelle candidature à la présidentielle. Le présentateur s’étonna de ce qu’un édile rural puisse apporter son soutien à un candidat faisant ses choux gras de l’immigration, de l’insécurité ou de l’insécurité culturelle du pays, tous problèmes n’affectant pas directement son village. J’avoue que cette remarque du bon Jean-Marc me laissa pantois. Pour deux raisons.

D’abord, M. Morandini semblait ne pas avoir compris que la présidentielle est une élection nationale et qu’en apportant son soutien à un quelconque candidat, un maire, qu’il soit d’un minuscule village, d’une petite ville ou d’une métropole, le fait en fonction d’enjeux nationaux et non locaux.

Ensuite, réserver le droit de prendre position sur telle ou telle question à ceux qui seraient directement concernés me paraît stupide autant qu’anti-démocratique. En suivant cette logique, dans le cas d’un référendum sur l’immigration, par exemple, devraient être écartés du corps électoral, tous les habitants de secteurs qui ne seraient pas directement impactés par ce problème. Sur quels critères se baserait-on ? Ce serait évidemment absurde, tout électeur ayant par définition le droit d’avoir une opinion sur toutes les questions qui peuvent se poser au pays.

Il est habituel de voir les gauchistes s’étonner du score réalisé par le RN dans les communes rurales. Ce faisant, ils semblent considérer ces électeurs comme des ploucs qui ne devraient se préoccuper que des questions locales comme le curage des fossés des chemins vicinaux ou des cours du lait, de la betterave ou du topinambour suivant l’activité agricole principale de leur village et laisser aux citadins-qui-savent les autres questions. Curieuse conception de la démocratie et de la citoyenneté !

dimanche 19 septembre 2021

Ignorantus Ignorantissimus*

 



Ça a commencé comme ça : ce matin, ayant terminé une grille, je refermai ma revue de mots croisés et, guidé par je ne sais quel démon, je lus la légende de sa photo de couverture. J’appris ainsi que cet impressionnant bâtiment se trouvait être la tombe de Humayun, sise à Dehli, en Inde. Ma curiosité en fut piquée. Qui pouvait être cet Humayun pour qu’on lui construisît un tel tombeau ? Un restaurateur ayant fait fortune à Londres ? Un gros exportateur de saris ? Je googlai et appris qu’il était le second empereur Moghol, fils et successeur de Bâbur (« Le tigre »’ comme il fut surnommé probablement à cause de sa grande mansuétude), fondateur de l’empire et père d’Akbar. L’héritage que lui laissa son « Tigre » de père, grand conquérant descendant des célèbres Turco-Mongols Genghis Khan et Tamerlan de triste mémoire mais piètre administrateur était un cadeau empoisonné qu’il perdit avant de le reconquérir après bien des vicissitudes que je vous épargnerai.

Ayant lu les articles consacrés aux trois premiers empereurs moghols ainsi qu’à leurs lointains ancêtres Genghis Kahn et Timour Lan (alias Tamerlan), je fus saisi par une sorte de tournis. Je m’étais, il y a plus de 20 ans intéressé l’aventure des Turco-Mongols qui fondèrent le plus grand empire territorial de tous les temps et connut son apogée au XIIIe siècle, sous Kubilaï, s’étendant du Pacifique à la Méditerranée, des steppes de Russie au nord de l’Inde avant de se diviser en quatre régions gouvernées par les petits-fils de Genghis. J’avais, bien entendu, tout oublié si ce n’est qu’avait existé un empire comme on n’en vit et n’en verra peut-être jamais**.

Je parle de tournis car face à l’accumulation des noms étranges, des lieux inconnus, des dates aussi cruciales qu’ignorées, je prenais à la lecture de ces articles une conscience plus nette que d’ordinaire de la totale incapacité qu’a tout homme d’acquérir un savoir universel. Pic de la Mirandole, fut réputé savoir tout de ce qu’on pouvait connaître en son temps. En fait, il se consacra principalement à la théologie et à la philosophie, soit deux domaines de connaissances qui, quel que soit l’intérêt qu’on leur porte, ne sont qu’une partie infime des champs de savoir envisageables. Savait-il planter un clou, préparer une soupe au chou ? NOUS L’IGNORONS.

Même s’il devient suite à une vie de durs travaux LE spécialiste mondial d’un domaine ultra-restreint, l’homme demeure un ignorant. Alors, pourquoi passer son temps à tenter d’orner son esprit de nouvelles connaissances ? Parce que ça passe le temps… J’écris bien des articles qui enfoncent des portes ouvertes...

*Ce titre, calqué sur celui de l’ouvrage de Grimmelshausen Les Aventures de Simplicius Simplicissimus que j’avais étudié dans le cadre d’une Unité de Valeur de Littérature Comparée en compagnie de divers romans picaresques espagnols et du Gil Blas de Santillane de Lesage ainsi que sur le mot pseudo-latin forgé par Toinette lors d’un dialogue avec Argan dans Le Malade imaginaire, tend à décrire le statut de connaissance que peut atteindre celui que l’on appelle à tort « homo sapiens sapiens » et qui en fait ne sait pas grand-chose.

** A moins qu’à l’avenir les Chinois ne nous réservent une grosse surprise.

vendredi 17 septembre 2021

Un luxe inouï !

 

Dernier bouquet en date : la floraison des glaïeuls touche a sa fin mais les dahlias continueront de fleurir jusqu’aux gelées;

Le fait d’avoir, des mois durant, dans son humble demeure, un ou plusieurs gros bouquets de fleurs fraîches constamment renouvelés peut sembler un luxe inouï. Pourtant, il n’en est rien. Il suffit de disposer d’un bout de terrain et d’y planter des bulbes ou des tubercules. Leur culture ne demande pas de soins particuliers et, à condition de les arracher avant les éventuelles grandes froidures afin d’éviter qu’ils ne gèlent on peut les replanter d’une année sur l’autre. De plus, les bulbes en produisent d’autres et les tubercules se développent et peuvent alors être divisés et donner de nouvelles plantes régénérées.

Sans efforts particuliers je peux donc confectionner des bouquets de glaïeuls et de dahlias qui sont mes fleurs préférées vu qu’ils offrent une variété de couleurs vives et souvent panachées qui assemblées charment l’œil.

Dans mon précédent jardin, j’en avais fait des massifs mais une coupable négligence fit qu’un hiver leur fut fatal. Du fait des conditions météorologiques lamentables des mois d’avril et de mai, ce n’est que tardivement que j’ai planté les bulbes et les tubercules dont j’avais fait l’emplette. Je compte bien au printemps prochain en acheter d’autres afin de développer mes plantations florales et d’échelonner leur fleurissement de façon a bénéficier plus longtemps de bouquets plus variés quitte à protéger d’éventuelles gelées les premières pousses.

Cela se fera, vu l’exiguïté de mon terrain, au détriment des légumes. Il faut dire que les ravages opérés par les pucerons, les gastéropodes et le mildiou cette année ont douché mon enthousiasme pour les plantations légumières.

Pour finir, je tiens à signaler que remercier la « nature » de nous offrir une telle palette de couleurs serait lui rendre un hommage immérité. Tout d’abord, ces magnifiques fleurs sont d’origine exotique : la plupart des variétés de glaïeuls viennent d’Afrique du sud tandis que les dahlias sont originaires d’Amérique centrale où les Aztèques les utilisaient à des fins médicinales ou en nourrissaient leurs animaux (leurs tubercules sont comestibles). Importés en Europe au XIXe siècle, on envisagea d’abord d’utiliser le dahlia comme un féculent susceptible de rivaliser avec la pomme de terre avant de lui préférer un usage décoratif. Par hybridation, on en a obtenu plus de 40 000 variétés de toutes les couleurs sauf le bleu. On est encore une fois bien loin de la nature !

mercredi 15 septembre 2021

Sacrés jeunes !

 


Tout en pédalant avec entrain sur mon vélo d’appartement, j’écoutais ce matin d’une oreille distraite l’émission du paradoxal M. Praud quand je l’entendis, médusé, faire mention d’un sondage effectué auprès de dix mille jeunes de dix pays du Nord comme du Sud (Australie, Brésil, France, Finlande, Inde, Nigeria, Philippines, Portugal, Royaume-uni, États-Unis). Il portait sur l’éco-anxiété et ses résultats n’étaient pas piqués des hannetons.

Curieux d’en apprendre un peu plus, je fis appel à M. Google et découvris quelques articles au sondage consacrés. Celui du Monde étant réservé aux abonnés, je me rabattis, avec l’angoisse que provoque toute incursion en territoire inconnu et réputé hostile sur celui de Libération. Ce que j’y appris ne fit que confirmer les propos inquiétants du bon Pascal (pas le Blaise, le Praud). Intitulé « Tristes, effrayés, abandonnés… De nombreux jeunes en détresse face à la crise climatique » ledit article nous apprenait entre autres joyeusetés que presque 60 % des jeunes interrogés se déclarent très ou extrêmement préoccupés par le changement climatique, que plus de 50 % « se sent triste, anxieuse, en colère, impuissante et coupable », que, dans 45 % des cas, cela nuit à leur vie quotidienne, que 75 % d’entre eux trouvent l’avenir effrayant, que plus de 50 % pensent que l’humanité va disparaître et enfin que 39 % « hésitent à faire des enfants » (chose qui, vu leur jeune âge, est plus prudent qu’étonnant).

« Eh bien, me dis-je in petto, voilà une génération à qui on a su transmettre optimisme et joie de vivre !» En même temps (macronisme oblige), je ne pus m’empêcher de penser au fait que bien des jeunes, au plus fort des vagues du Covid, s’adonnaient volontiers, malgré les mises en garde de leurs aînés, à de joyeuses fêtes. Tentaient-ils ainsi d’exorciser leur éco-anxiété ? D’autre part, comment ne pas s’étonner, lorsqu’ils sont en groupes, de les voir plus bruyants et joyeux que prostrés ? A moins, bien entendu, que seule une minorité d’inconscients ose encore sortir, tandis que les autres se cloîtrent afin de mieux ruminer leurs terribles angoisses ?

Mais remontons dans le temps. Du milieu des années quarante à celui des années soixante eut lieu ce qu’on appelle le baby boom. Il faut dire que ses responsables avaient toutes les raisons d’être confiants en l’avenir de l’humanité. Une guerre atroce, ses massacres inouïs, le feu nucléaire d’Hiroshima et de Nagasaki et, lui succédant, une guerre froide porteuse d’une possible apocalypse nucléaire avaient dopé leur optimisme ! En tant que boomer, je dois dire qu’entre seize et vingt-cinq ans et malgré la menace des champignons atomiques qui risquaient de détruire la planète, j’étais plus intéressé par les filles et la bringue que par la vitrification de la planète. On en parlait beaucoup. En Suisse, on rendait les abris obligatoires (ils le sont toujours mais leur utilité est, de temps à autre, remise en cause) et la population est protégée à 100 % (le taux de protection de la France, lui, avoisine les 0 %). Mais il faut bien le reconnaître, depuis bien longtemps, la menace nucléaire, tout le monde s’en tamponne. On a trouvé autre chose.

Doit-on conclure que les générations nouvelles sont constituées d’un ramassis de trouillards dépressifs ? Je crois que pour moduler les conclusions de cette enquête, il faut tenir compte de deux facteurs. D’abord la sinistrose est à la mode. Ensuite, lorsqu’on lui pose une question, la tendance majoritaire du sondé est de tenter de ne pas trop passer pour un con. Il fait donc son possible pour donner la réponse qu’il juge la plus raisonnable. Questionné sur la menace climatique, répondre qu’on s’en fout comme de l’an quarante est inadmissible. Plus on s’en montrera inquiet, voire terrorisé, plus on paraîtra intelligent et responsable.

Cela dit et sur le fond, je pense que, face au problème climatique, comme face à tout problème, les générations montantes feront comme les précédentes : elles se démerderont.


lundi 13 septembre 2021

Privé de Zemmour tu seras !

 


Le couperet est tombé : Plus de Zemmour à Face à l’info ! Sans que ça me fasse me sentir orphelin (je le suis déjà de père et de mère chose qui, à mon âge n’a rien d’exceptionnel), j’avoue que sans lui, l’émission que je regarde tous les soirs perdra beaucoup de son attrait. Loin de nier les hautes qualités des autres membres de la bande des quatre, je ne peux m’empêcher de penser que sans lui l’émission ne saurait être la même. Sans d’Artagnan, plus de Trois Mousquetaires !

Je ne m’appesantirai pas sur les raisons, bonnes ou mauvaises, qu’à eu le CSA, par sa décision, de provoquer ce départ. Que peut-on attendre d’une autorité qui ne voit aucun inconvénient à ce que les chaînes de radio et de télévision du « service public » offrent un monopole aux idées de gauche et permettent que l’on offre un ghetto idéologique à tout ce que la France compte de gauchos de tout poil et de toutes couleurs aux frais de la princesse ?

En gros, on lui reproche d’être candidat sans l’être tout en l’étant. Cette vraie-fausse-candidature-potentielle est un concept nouveau qui pourrait faire jurisprudence et permettre de faire disparaître des écrans tout commentateur politique soupçonné d’ambition politiques personnelles. En revanche, les lèche-culs dont le discours est objectivement au service des idées de candidats plus ou moins déclarés pourront en toute impunité continuer leur propagande.

Cela dit, la vraie question est à mes yeux de savoir si une candidature Zemmour serait ou non souhaitable et quelle que soit sa décision quel rôle il pourrait tenir lors de l’élection présidentielle prochaine. A mon sens (mais je peux me tromper), M. Zemmour a autant de chance d’être élu que moi de devenir pape en 2022. Sa candidature aurait le mérite d’amener la frange droitière de LR à adopter une position nette sur certaines questions fondamentales pour l’avenir du pays. En cela, il pourrait servir de passerelle entre les deux droites, clarifier la situation et amorcer un rapprochement. En cas de non-candidature, il pourrait continuer de porter les idées de la droite et les faire, marginalement, progresser en les dédiabolisant un peu, ce qui serait toujours ça de pris.

Si je suis sceptique quant à ses chances d’entraîner une adhésion populaire susceptible d’en faire le prochain président, c’est que l’affaissement moral et intellectuel du pays ne favorise pas l’émergence d’un candidat ayant un niveau culturel supérieur à celui de l’amibe. Le fait que les commentateurs politiques reconnaissent dans ce grand va-de-la-gueule de Mélenchon un homme de grande culture montre à quel étiage nous en sommes. Les CSP+ comme, dans leur majorité, les titulaires de diplômes de l’enseignement supérieurs ne sont souvent que des perroquets qui régurgitent les leçons que leur ont données des professeurs gauchisants. Leur curiosité intellectuelle n’ a généralement rien à envier à celle d’un protozoaire de bonne famille. Le bon peuple, quant à lui, s’il est moins contaminé par les idéologies mortifères, n’est que peu sensible aux discours éthérés ou aux leçons d’une histoire qui l’intéresse moyennement et a plutôt tendance à suivre ceux qui lui promettent qu’avec eux on rasera gratis. Cela étant, la victoire est improbable.

C’est pourquoi je préférerais que Zemmour se retire de la course et revienne nous offrir quatre soir par semaine un discours qui, si je n’en partage pas nécessairement toutes les thèses, a au moins souvent le mérite d’élever un peu le débat et de nous changer des âneries des autres chaînes.



samedi 11 septembre 2021

Comme le temps passe !

 


Eh oui, comme le temps passe ! Dix ans se sont écoulés depuis le 11 septembre 2011, jour où parut le premier article de « Vu des collines », petit blog généraliste qui aujourd’hui publie son 1869e article.

Une blogueuse, disparue des écrans depuis, me fit remarquer que choisir la date anniversaire des attentats de 2001 pour me lancer était une curieuse idée. En fait, il s’agissait d’une simple coïncidence. J’aurais aussi bien pu lancer mon premier message urbi et orbi le 10 ou le 12 de ce même mois. Étant en retraite depuis le 31 août 2011, je me sentais en ce début de mois délivré de tout éventuel devoir de réserve, c’est tout.

Mon idée était de laisser libre cours à ma fantaisie naturelle. Je crois ne pas m’en être privé. Même s’il me fut parfois reproché de publier des textes trop longs, je ne suis, dix ans plus tard, pas encore parvenu à dégoûter TOUS mes lecteurs. Il en reste même si leurs rangs se sont probablement éclaircis. A ces fidèles, un grand merci car ils m’encouragent à persévérer dans la pratique d’un passe-temps agréable.

Si d’emblée je rencontrai un certain succès, ce ne fut pas le fruit du hasard. Depuis déjà une dizaine d’années, j’avais traîné mes guêtres sur le Net, participant à des forums où on s’engueulait à qui mieux mieux, commentant (trop) longuement les blogs, publiant des textes sur des sites littéraires, bref, me créant une mini-notoriété. Mais, comme disait ma défunte mère, « mieux vaut un petit chez soi qu’un grand chez les autres. ».

Au fil des années, mon goût pour la polémique ou le commentaire politique s’est bougrement émoussé. Il faut dire que l’élection, intervenue depuis, de deux présidents particulièrement croquignolets qui ont, avec brio, démontré qu’en pensant avoir atteint le fond, on se trompait totalement et que le gouffre où la France s’enfonce est probablement insondable. Ça limite les sujets à traiter, tant il est difficile de perpétuellement s’étonner ou se scandaliser de l’ineptie des propos de personnages qu’on a d’emblée classés dans la catégorie des nuisibles insignifiants.

Avec une moindre fréquence, je continue donc à évoquer mes joies, mes peines, mes bricolages, mon jardinage, mes cuisinages, des animaux de compagnie aussi nouveaux qu’improbables, à parler, comme je l’annonçais il y a dix ans « de tout et (surtout) de rien ». Je renouvelle la mise en garde que j’adressais dix ans plus tôt à d’éventuels lecteurs : « ...Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on ricane. »

Pour combien de temps encore ? L’avenir nous le dira.

En prime, ce joli bouquet d’anniversaire :


Fleurs de mon jardin



vendredi 10 septembre 2021

Miscellanées de début septembre

 

Depuis qu’il est venu mettre un peu d’animation dans nos vies monotones, j’ai pris la charitable habitude de prendre chaque matin des nouvelles de notre ami le Covid. Pour cela, je consulte une carte où apparaissent les contaminations, les hospitalisations, les entrées en réa, les décès et le taux d’incidence de chaque département. Force est de reconnaître qu’il ne va pas fort : dans 96 départements sur 100, il est en régression ! Dans 10, dont le mien, on est tombé en-dessous des 50 cas dépistés pour 100 000 habitants. Le tsunami promis s’est avéré vaguelette. J’avoue être déçu de ne pas voir, comme c’est le cas à la moindre hausse, les professeurs de médecine se ruer sur les plateaux de télé pour commenter ces bonnes nouvelles. Au lieu de nous annoncer l’apocalypse, ils viendraient avec enthousiasme nous annoncer que, parti comme c’est, le Covid ne passerait pas l’hiver et que les gestes barrières pouvaient aller se faire voir chez Plumeau. Mais on ne les voit pas. A croire que leur boule de cristal n’annonce que les catastrophe !

Il faut dire que ces pauvres variants ont de sérieux concurrents : le sort des malheureuses Afghanes leur fait bien du tort : qu’attend-on pour leur permettre à toutes de venir porter leurs burqas dans les rues de nos riantes cités ?

Et puis, effaçant les malheurs afghans, depuis quatre jours maintenant, un deuil est venu frapper les âmes françaises : Jean-Paul Belmondo, notre Bébel national, est décédé. Moi, je l’aimais bien ce gars mais bon, on ne peut pas dire que sa mort soit une surprise totale. Il ne pétait pas la santé, avait 88 ans et la probabilité pour qu’il tourne de nouveaux films où il nous éblouirait par ses cascades et séduirait de jolies filles était infime. En fait, depuis une vingtaine d’années, il survivait à ce qui avait fait son succès. Ainsi va toute vie, dans le meilleur des cas.

Pendant ce temps, la vie continue. Malgré les trois jours passé dans cette ville par notre bon président, les fusillades connaissent toujours le même succès à Marseille. Nos quartiers sensibles continuent d'être animés par une infime minorité de galopins qui dealent et s’attaquent aux forces de l’ordre avec toute la fougue de leur jeunesse tandis que l’immense majorité de leurs voisins et premières victime réprouvent leurs incartades avec vigueur. Même s’il n’est pas interdit de penser qu’il arrive que certains de ces citoyens modèles profitent quand même, directement ou indirectement des retombées financières des trafics divers des bourreaux qu’ils sont censés exécrer.

Nous voici au troisième jour d’un procès qui devrait en compter quatre-vingt-dix. L’un des accusés, un dénommé Salah Abdeslam , ne montre que peu de regrets de sa participation à la boucherie du Bataclan. Quand bien même en montrerait-i que les chances qu’on le pardonne resteraient très faibles. Il est possible que pour certains de ses coaccusés, le procès permette de mieux cerner leur niveau de responsabilité et de moduler la peine qu’ils encourent mais, dans son cas, il me semble que la sentence est prévisible et que les débats ne serviront pas à grand-chose.

Cela dit, le 10 septembre on fête la Sainte Inès. Je souhaite donc une heureuse journée à toutes les Inès qui me lisent en attendant de commémorer demain une journée marquante de notre siècle commençant.

vendredi 3 septembre 2021

Le Loup-phoque

 

Oui, je sais, il ne s'agit que d'un phoque gris. Mais, vue l'absence totale de documents iconographiques concernant le sujet qui nous occupe, c'est toujours mieux que rien.

C’est en vain que, vous promenant sur les côtes bretonnes ou normandes, vous tenteriez d’y apercevoir un loup-phoque. Ce sympathique animal a même tellement disparu que certains vont jusqu’à mettre en doute le fait qu’il ait jamais existé. Nous n’accorderons aucune considération aux divagations de ces complotistes.

Penchons-nous plutôt sur les origines de cette sous-espèce. L’ensemble des évolutionnistes sérieux s’accorde sur le fait que le loup-phoque est un proche cousin du loup gris (canis lupus lupus) qui, du fait de la modification de son habitat et de son régime alimentaire, a vu sa morphologie se transformer. Dans le courant de l’ère quaternaire, une partie des loups gris vivant aux abords des côtes de la Manche, constituée des éléments les plus paresseux de l’espèce, décida, plutôt que de chasser le mouflon ( ovis musimon ), animal rapide et bougrement cornu, avec le reste de la meute, il serait bien moins fatigant et dangereux de se livrer à la pêche à pied à marée basse et ainsi de se nourrir des nombreux crustacés, poissons de roche et mollusques qui infestaient littéralement les côtes à l’époque et, à la belle saison, de passer le reste du temps sur un rocher à prendre le soleil.

Ce changement de régime eut diverses conséquences, comme, par exemple le développement chez certains individus d’une patte droite en forme de crochet leur permettant d’extirper de sous les roches où il se terraient poulpes, homards, crabes dormeurs et autres poissons de roches, faisant d’eux de remarquables pêcheurs. Les femelles ne s’y trompèrent pas : ces loups à patte crochue, capables d’assurer à leurs femelles et à leurs petits une nourriture abondante et variée devinrent des partenaires recherchés. Si on a joute à cela le fait que leur nouveau régime alimentaire leur donnait une haleine de phoque et que les louves grises en étaient dégoûtées comme le sont souvent les femelles d’autres espèces on arriva à une stricte endogamie entre loups-phoques et à l’apparition de cette sous-espèce à patte crochue.

Cette particularité d’un membre rendait leur démarche particulièrement chaloupée et nuisait à leur mobilité comme à leur équilibre. Elle favorisa leur sédentarité. Cela, ajouté à l’abondance de la nourriture, eut pour conséquence qu’ils devinrent gras comme des loches et que l’observateur distrait voyant de loin une meute de ces loups vautrés sur des rochers pouvait les prendre pour des phoques d’où leur nom. A ce propos, La démarche de Robert-Tugdual Le Squirniec (Philosophe Breton)* lorsqu’il sortait du Bar des Amis à Locminé après une longue soirée de débats philosophiques aussi éthérés que bien arrosés avec Jakez ar Cam (charcutier-sabotier de son état) rappelant celle de l’animal dont nous parlons, des moqueur commencèrent à le surnommer « Le Loup-phoque ». L’apprenant, certains philosophes mineurs rongés d’envie, reprirent ce sobriquet pour se répandre en viles attaques contre RTLS qualifiant ses écrits de « ramassis de conneries », prouvant, si nécessaire, que l’absence de talent peut s’allier à la vulgarité. C’est ainsi, que se répandant dans les cercles lettrés de la capitale, ce surnom, après modification orthographique (loufoque) servit à désigner ou à qualifier une personne qui a perdu tout bon sens.

Mais venons-en au triste épilogue de l’aventure de cet inoffensif mammifère. Le développement de l’espèce humaine (homo sapiens sapiens) lui fut fatale. En effet, nos ancêtres, amateurs comme nous de fruits de mer, virent en lui un redoutable concurrent et se mirent en devoir de l’éradiquer. Les derniers spécimens auraient été abattus dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle sur les côtes bas-bretonnes. C’est bien triste !

* Pour en apprendre davantage sur cet immense penseur se reporter à la page Facebook « les Amis de Robert-Tugdual Le Squirniec (Philosophe Breton) » dont votre serviteur fut créateur et administrateur avant de s'en désintéresser. Ça aussi, c'est bien triste !


mercredi 1 septembre 2021

Réformes

 

Rien n’est plus important que les réformes. Tout politicien qui se respecte en a plein sa musette : réforme de la fiscalité (sectorielle ou générale), de la sécurité sociale, de la justice, de la police, des conditions d’entrée sur le territoire, de l’Éducation Nationale, de la Défense, du permis de chasse, des retraites, des compétences des assemblées territoriales, de l’hôpital, de la politique énergétique, etc. En dresser une liste exhaustive serait impossible. Des domaines essentiels aux plus négligeables, un consensus existe dans ce pays de mécontents : rien ne va et tout est à réformer.

Seulement, c’est sur la manière dont il faudrait réformer que les choses se compliquent. Tout gouvernement proposant réforme si infime soit-elle en quelque domaine que ce soit se verra  confronté à une levée de boucliers de son opposition et de certains syndicats dont les adhérents seraient concernés par ladite réformette. Car le changement ne peut se faire que dans le sens d’un accroissement des avantages acquis. Qu’importe que le ledit avantage soit minime ou difficilement justifiable, que le service concerné accuse un déficit abyssal : y toucher serait criminel dans le pire des cas et totalement inutile dans le meilleur. 

C’est indéniablement dans la fonction publique et dans les entreprises publiques que ces conflits éclatent le plus souvent. Si les agents de la SNCF ou de la RATP se mettent en grève ce n’est pas pour tenter de sauvegarder certains avantages acquis, mais pour défendre le salariat dans son ensemble. Ce n’est pas de leur faute, Dieu (ou la Nature) les a dotés d'âmes aussi désintéressées que généreuses. Enfin, surtout les conducteurs, ce qui permet à 10 % de grévistes de paralyser le pays.

Il existe, dans la fonction publique une foultitude de primes dont certaines, faute d’être conséquentes, n’en sont pas moins surprenantes. Ainsi existent dans certaines administrations une indemnité de chaussures et de petit équipement, une pour usage de la bicyclette, une pour l’utilisation d’une (ou plusieurs) langue(s) étrangère(s), et même une de panier qui couvre les frais de nourriture des fonctionnaires titulaires et agents non titulaires territoriaux de la filière culturelle (patrimoine) qui travaillent entre 21 heures et 6 heures pendant au moins 6 heures consécutives. Son montant est de 1,97 euro par nuit.  Voir ici pour plus de détails.


Admettons qu’un ministre audacieux veuille réformer l’indemnité de chaussures et de petit équipement dans son ministère lesquelles se montent à 32,74 € par an chacune et sont cumulables. Elles peuvent être versées aux personnels qui, utilisant leurs propres chaussures et vêtements pour travailler constatent que ceux-ci s’usent anormalement vite. La somme est minime (5,45 € par mois) mais sa suppression provoquerait à n’en pas douter l’indignation de ceux qui en bénéficient. Une approche plus prudente de la question serait de vérifier que le versement de cette indemnité est justifié. On pourrait envisager qu’au moment de prendre son service, l’agent en question se voit équipé d’un podomètre qu’il remettrait à l’accueil lors de la pause déjeuner, reprendrait à son retour et restituerait en fin de journée. Il serait alors possible, dans un souci d’équité, de n’attribuer l’intégrité de la prime qu’à ceux qui effectueraient un nombre de pas annuel fixé par l’administration, que ceux qui le dépasseraient touchent une surprime et que ceux qui ne l’atteindraient pas ne recevraient qu’un prorata de l’indemnité. Pour ce qui est des vêtements ce serait plus délicat voire totalement impossible.  En fait, l’introduction du podomètre soulèverait des protestations : flicage, atteinte aux libertés fondamentale, etc. En fait, un ministre avisé se garderait bien de s’attaquer à une telle réforme.

Ce long préambule pour mettre en évidence la difficulté à se lancer dans la moindre réforme. Malgré cela, tout aspirant ministre de l’Éducation Nationale se doit d’avoir dans sa giberne un projet de réforme susceptible de remettre sur pied notre système éducatif. Il va dégraisser le mammouth, renforcer l’apprentissage des fondamentaux, revoir la formation des maîtres, augmenter les effectifs (et/ou les salaires de ces derniers, faire baisser ceux des classes, bref, il a plus d’un tour dans son sac et on va voir ce que l’on va voir. Les ministres passent, les réformes passent, et, quel que soit son capitaine,  le navire continue inéluctablement de sombrer.  Car pour réformer une telle machine il faudrait  considérer non seulement certains de ses aspects internes mais avoir une approche globale prenant en compte d’autres paramètres de la vie sociale.

J’y reviendrai.

En attendant, pour remercier ceux qui auraient eu la patience et la gentillesse de me lire jusqu’au bout, je leur offre ce bouquet de fleurs de mon jardin :






lundi 30 août 2021

Une fois n'est pas coutume

 


Pour la première fois, je publie ici un texte dont je ne suis pas l’auteur. Je n’ai pas demandé à ce dernier l’autorisation de le faire. Qu’importe, vu qu’étant publié sur le Net, il est loisible à tous d’en prendre connaissance. On me dira que M. Clavé enfonce des portes ouvertes, que tous ne partagent pas sa manière « élitiste » de considérer la langue, que plus que perdre son temps à enseigner les subtilités d’une langue désuète on ferait mieux de la simplifier de manière à ce qu’elle soit directement accessible à tous et toutes sortes d’âneries de cet acabit. 

Le constat qu’il établit me paraît clair et argumenté, c’est pourquoi je vous le propose.

"L’effet de Flynn du nom de son concepteur, a prévalu jusque dans les année 1960. Son principe est que le Quotient Intellectuel (QI) moyen ne cesse d’augmenter dans la population. Or depuis les années 1980, les chercheurs en sciences cognitives semblent partager le constat d’une inversion de l’effet Flynn, et d’une baisse du QI moyen.

La thèse est encore discutée et de nombreuses études sont en cours depuis près de quarante ans sans parvenir à apaiser le débat. Il semble bien que le niveau d’intelligence mesuré par les tests de QI diminue dans les pays les plus développés, et qu’une multitude de facteurs puissent en être la cause.

A cette baisse même contestée du niveau moyen d’intelligence s’ajoute l’appauvrissement du langage. Les études sont nombreuses qui démontrent le rétrécissement du champ lexical et un appauvrissement de la langue. Il ne s’agit pas seulement de la diminution du vocabulaire utilisé, mais aussi des subtilités de la langue qui permettent d’élaborer et de formuler une pensée complexe.

La disparition progressive des temps (subjonctif, passé simple, imparfait, formes composées du futur, participe passé…) donne lieu à une pensée au présent, limitée à l’instant, incapable de projections dans le temps. La généralisation du tutoiement, la disparition des majuscules et de la ponctuation sont autant de coups mortels portés à la subtilité de l’expression. Supprimer le mot «mademoiselle» est non seulement renoncer à l’esthétique d’un mot, mais également promouvoir l’idée qu’entre une petite fille et une femme il n’y a rien.

Moins de mots et moins de verbes conjugués c’est moins de capacités à exprimer les émotions et moins de possibilité d’élaborer une pensée.

Des études ont montré qu’une partie de la violence dans la sphère publique et privée provient directement de l’incapacité à mettre des mots sur les émotions.

Sans mots pour construire un raisonnement la pensée complexe chère à Edgar Morin est entravée, rendue impossible. Plus le langage est pauvre, moins la pensée existe.

L’histoire est riche d’exemples et les écrits sont nombreux de Georges Orwell dans 1984 à Ray Bradbury dans Fahrenheit 451 qui ont relaté comment les dictatures de toutes obédiences entravaient la pensée en réduisant et tordant le nombre et le sens des mots. Il n’y a pas de pensée critique sans pensée. Et il n’y a pas de pensée sans mots. Comment construire une pensée hypothético-déductive sans maîtrise du conditionnel? Comment envisager l’avenir sans conjugaison au futur? Comment appréhender une temporalité, une succession d’éléments dans le temps, qu’ils soient passés ou à venir, ainsi que leur durée relative, sans une langue qui fait la différence entre ce qui aurait pu être, ce qui a été, ce qui est, ce qui pourrait advenir, et ce qui sera après que ce qui pourrait advenir soit advenu? Si un cri de ralliement devait se faire entendre aujourd’hui, ce serait celui, adressé aux parents et aux enseignants: faites parler, lire et écrire vos enfants, vos élèves, vos étudiants.

Enseignez et pratiquez la langue dans ses formes les plus variées, même si elle semble compliquée, surtout si elle est compliquée. Parce que dans cet effort se trouve la liberté. Ceux qui expliquent à longueur de temps qu’il faut simplifier l’orthographe, purger la langue de ses «défauts», abolir les genres, les temps, les nuances, tout ce qui crée de la complexité sont les fossoyeurs de l’esprit humain. Il n’est pas de liberté sans exigences. Il n’est pas de beauté sans la pensée de la beauté."

Christophe Clavé

Professeur de stratégie & management INSEEC SBE

jeudi 26 août 2021

Un chef-d’œuvre inégalable ?

Hier soir, j’ai, pour la énième fois, regardé un de mes films préférés. Peut-être le meilleur de tous. Rien n’y manque : une réalisation d’une rigueur impeccable, des acteurs incarnant avec talent et profondeur des personnages magistralement campés, une virtuosité musicale venant à merveille souligner les passages les plus dramatiques d’une action mêlant avec brio la cruauté des drames et les moments de tendresse, une scène de danse, à rétrograder Fred Astaire et Gene Kelly au rang de bateleurs de foire, une cruelle satire des mondanités cinématographiques, des clins d’œils appuyés à la gastronomie française et une manière originale d’exprimer le contentement.


Ce film, comme tous les grands moments du septième art, est bien entendu français. Le public, lors de sa sortie il y a vingt-sept ans déjà (comme le temps passe!), a immédiatement été conquis : près de deux millions trois cent mille spectateurs se sont rués aux guichets des salles obscures de l’Hexagone. Ce film, plus hilarant que les meilleurs opus d’Ingmar Bergman, plus poignant que le plus émouvant sketch de Benny Hill, je ne vous tairai pas plus longtemps son titre, espérant toutefois que nombre d’entre vous, fidèles lecteurs, l’auront deviné (surtout que l’image illustrant cet article aura mis sur la piste les plus attentifs d’entre eux) c’est bien entendu le film sans pareil de les nuls : LA CITÉ DE LA PEUR



Certains, et comment leur en vouloir, m’accuseront de futilité. Les grands films ne sont pas drôles, tout le monde sait ça ! Si on regarde la liste des meilleurs films de tous les temps qu’établit de temps à autre tel ou tel media, force est de constater que si les comédies y tiennent peu de place elles pullulent littéralement de films yankees que je n’ai généralement jamais eu la curiosité de regarder. Quand j’y vois apparaître des films de science-fiction, des films de Tarentino (ceux que j’ai vus m’ont ôté toute envie d’en voir d’autres), bref, des films soit violents, soit ineptes, ça me conforte dans l’idée que mes goûts différent de ceux de la majorité sans que j’en retire la moindre amertume. Loin de moi l’idée de dénier tout mérite à nos amis d’Outre-Atlantique à qui nous devons la liberté, les McDo, la culture woke, les zones commerciales et bien d’autres éléments de notre épanouissement culturel. Pour ce qui est de produire des images qui bougent, y’ a pas à dire : ils savent faire. Il y en a même qui bougent tellement bien que je n’y comprends rien (Matrix, que ma fille m’avait jadis entraîné à voir en sa compagnie en est le meilleur exemple à ce jour).


Disons que ce que j’attends d’un film c’est qu’il me distraie. Le drame, c’est bon pour la vie de certains. Personnellement, plus j’avance en âge et plus j’en perds le goût et ne m’en porte que mieux. Balzac a regroupé son œuvre sous le titre « La Comédie humaine ». Bien que ce soit en vain que l’on y rechercherait des passages hilarants, utiliser le terme de « comédie » peut être interprété (à tort puisque ce faisant l’auteur se référait plutôt à Dante, écrivain auquel les qualificatifs de « tordant » ou « bidonnant » sont rarement attribués) comme le constat que l’étude qu’il mena de l’humaine condition en son temps prêtait plus à rire qu’à pleurer.

A tort ou à raison, c’est la leçon que je tire d’une vie dont j’ai, selon toute vraisemblance, vécu l’essentiel de la durée. Ce qui m’avait, sur le moment, paru des drames, avec le recul ne me semblent que des épisodes anecdotiques de ma petite existence. Je les considère avec plus d’amusement que de tristesse, comme autant d’étapes d’un long chemin d’apprentissage menant à une sérénité plutôt joyeuse.

Que voulez-vous, je préfère le « juste un doigt » de Chantal Lauby et la réplique de Darmon qui suit, la supplication des clapiottes, la publicité pour « une voiture qu’elle est bien pour la conduire », la difficulté d’Émile à citer le président Lincoln, le restaurant où l’on sert « les meilleures gencives de porc ce la Côte », le rythme envoûtant de « la Carioca » qui fait qu’ « il faut dire aux autres danses au revoir », les passages répétés sur les marches du palais du festival de la sous-préfète et de son jeune amant, Chabat étalant Chantal Lauby d’un direct suite à une soirée bien arrosée et je ne sais combien d’autres scènes hilarantes aux plus profondes méditations sur le côté tragique de l’existence. Je n’y peux rien.


mardi 24 août 2021

États des lieux

 


Ma fille et son mari devant déménager suite à la mutation de ce dernier, ils se trouvent confrontés à la rude épreuve dite de « l’état des lieux ». Comme la plupart d’entre vous l’ont vécue, inutile de souligner les affres par lesquels elle vous fait passer surtout quand la personne à qui on le confie se montre particulièrement tatillonne. J’en ai vu qui comptaient les petits trous qui pouvaient être dus à l’accrochage de sous-verres ou autres tableaux et gravures et les comparer au nombre constaté lors de l’entrée ! Sachant que ces trous d’un demi millimètre de diamètre étaient quasi-invisibles ce constat prit du temps…


Loin d’être un saccageur de logement, j’ai toujours eu tendance à améliorer un peu les choses et ma caution me fut toujours restituée dans son intégralité. Curieusement, si la moindre détérioration est dûment facturée, il ne vient à l’idée d’aucun propriétaire d’offrir à son locataire une somme en compensation des améliorations effectuées quelle que soit la valeur de celles-ci. Il est même possible, si celles-ci ne sont pas à son goût que le locataire se voie condamner à remettre le logement dans son état original à ses frais. Pour être indemnisé, le locataire devra prouver que les modifications effectuées apportent une plus-value au bien et encore sous certaines conditions, ce qui n’est pas toujours évident.

Tout ça est bien triste mais ainsi va la vie…

Ce sombre constat m’a donné une idée : et si on appliquait le principe de l’état des lieux aux locataires de l’Élysée et des différents ministères ? Bien entendu, il ne s’agirait pas de limiter ce constat au seul logement de fonction occupé par le président ou les ministres concernés mais au domaine dont ils ont été chargés. A leur entrée en fonction, on établirait un état des lieux et un autre lorsqu’ ils quitteraient leur poste.

S’ils laissaient leur domaine de compétence dans un état égal ou meilleur qu’à leur arrivée on considérerait qu’ils n’ont fait que leur boulot tant il est rare qu’un politicien ait pour programme la dégradation du domaine qu’il souhaite prendre en charge.

Dans le cas contraire, il devrait indemniser l’État des tristes résultats de son impéritie. Il est évident que le calcul du montant de ces indemnités ne serait pas chose facile mais on peut, vues leurs infinies capacités, espérer que nos bons technocrates de Bercy y parviendraient. Il faudrait, bien entendu, tenir compte de la conjoncture internationale. Aussi, en cas de crise économique, sanitaire ou sociale généralisée, le président et ses ministres ne pourraient être évalués que par rapport aux résultats obtenus par des pays comparables. Si, par rapport à la moyenne de ces derniers, ils n’ont pas fait pire, on leur donnerait quitus.

Dans le cas contraire, selon un barème à fixer, ils devraient réparer. On peut penser que dans certains domaines la note pourrait se monter à des sommes faramineuses. Mais, comme c’est le cas pour les autres particuliers, on leur laisserait, leurs biens une fois confisqués, l’équivalent du RSA : on saurait se montrer humain !

Il va sans dire que ce système aurait pour conséquence une raréfaction des candidats aux hautes fonctions voire leur totale disparition et que les chances de le voir jamais appliqué sont inexistantes. Si j’ai envisagé cette mesure démagogique, c’est simplement pour souligner une évidence : ceux qui se proclament « responsables politiques » sont en fait totalement irresponsables. On me dira que le vote les sanctionne, chose qui reste à prouver vu qu’on peut très bien être réélu par un peuple mécontent malgré un bilan catastrophique, faute de mieux et/ou par crainte d’autre chose. Et quand bien même seraient-ils battu aux élections, du moment que ça n’affecte pas leur confort matériel, ils s’en tirent bien.

mercredi 18 août 2021

Pour la disparition des micro-trottoirs


S’il vous arrive comme moi de regarder « Venez bavasser avec nous, si ça fait pas de bien, ça fait pas de mal » sur Télé Blabla, vous aurez noté qu’afin de mettre un peu de « vraie vie » entre deux chamailleries, on interrompt les débats pour soi-disant savoir ce que pensent les Français sur telle ou telle question. Vu qu’un sondage ça coûte des sous, on a recours au micro-trottoir, c’est à dire qu’au « hasard des rues » on demande leur avis à quelques clampins censés représenter les Français. Leurs opinions divergent, histoire de représenter les divers courants de pensée qui parcourent l’opinion, de faire plus vrai et de permettre à une majorité de chers-téléspectateurs de s’y reconnaître. On apprend ainsi que sur le passe sanitaire il y en a qui sont pour, d’autres contre ou d’autres encore qui y trouvent du bon et du moins bon. On a bien progressé et on peut donc recommencer à se bouffer le nez en toute hostilité.

Seulement, la valeur de ces opinions est très discutable pour plusieurs raisons. Pour avoir une réelle vision de ce que celui (ou celle) qu’on appelait jadis« l’homme (ou la femme) de la rue »* pensent vraiment, il faudrait que ces prises d’opinion soient faites en direct et sans filtrage faute de quoi elles n’ont aucune valeur et ne reflètent que ce que la rédaction considère comme des opinions acceptables.

Le direct apporterait probablement un total renouveau à l’exercice. Par exemple, on s’apercevrait que bien des gens refuseraient de répondre parce qu’ils n’ont pas le temps, pas envie de répondre aux questions des crypto-fachos de Télé Blabla, ou aucune opinion sur le sujet. Parmi ceux qui accepteraient de répondre, il y aurait forcément des gens qui pour cause de surdité ou atteints de malcomprenite aiguë répondraient complètement à côté de la question. Il y en aurait qui se lanceraient dans des discours aussi échevelés qu’interminables que la courtoisie et le désir de vérité interdiraient d’interrompre. D’autres encore, pleins de bonne volonté mais dépourvus d’un minimum de connaissance de notre langue se lanceraient dans des logorrhées incompréhensibles. Cela finirait par renvoyer aux chers-téléspectateurs une bien piètre image d’eux-mêmes !

On comprend donc que Télé Blabla préfère nous donner une version totalement bidonnée de ce que sont censés penser les Français et ne nous montrer que des passants triés sur le volet qui ne représentent qu’eux-mêmes.

Une autre pratique médiatique consiste, dans des contrées exotiques, à n’interroger, faute d’interprète, sur des questions parfois très complexes que les rares personnes parlant plus ou moins bien notre langue et à les faire passer pour les porte-parole d’un peuple entier. C’est alors une sorte de micro-trottoir linguistiquement sélectif, tout aussi inutile et trompeur que sa version courante.

Ne serait-il donc pas sage de mettre fin à cette pratique et de laisser la parole à des gens capables ou supposés tels afin que le vulgum pecus puisse se forger une opinion ? Bien sûr ça irait à rebours de la mode actuelle qui veut que l’on donne la parole à tous et à chacun mais le silence n’est-il pas préférable à l’audition de perroquets qui ne font généralement que répéter ce que leur dictent les media ?

*Pratique qui, enfant, me paraissait un peu curieuse car, suite à ma mauvaise interprétation de l’expression, je ne voyais pas pourquoi on n’interrogeait que des clochards sur les questions politiques. De même, les fréquentes interventions du « garde d’Esso » que je prenais pour un pompiste me surprenaient : pourquoi n’interrogeait-on jamais de gardes-champêtres ou de gardes-barrières ? Contrairement aux enfants d’aujourd’hui, j’étais un peu niais. 

lundi 16 août 2021

Ils n'ont pas un métier facile !

 

Quel rapport entre cette photo et le sujet de mon article ? Aucun si ce n’est qu’au lieu de regarder des débats insipides, on peut confectionner de jolis bouquets avec les fleurs de son jardin.

En notre époque troublée*, il est des professions dont l’exercice n’est pas des plus aisés. Par exemple, être animateur de débat sur une chaîne d’information en ce mois d’août de l’an deux de l’Ère Covidienne n’est pas de la tarte. Et cela pour diverses raisons.

Imaginez un instant que vous soyez Gédéon Machin, remplaçant du présentateur vedette de l’émission « Tapons la discute » de Télé-Blabla. La plupart des intervenants qui ont leur rond de serviette à la cantine de la chaîne sont en vacances. Il faut donc en trouver de nouveaux, de préférence non-bègues et si possible pas trop ennuyeux non plus. Et ça ne court pas les rues désertes de la capitale au mois d’août ! D’autre part, les autre émissions de débat de Télé-Blabla (« Bavassons ensemble ! », « Midi papotage », « Les radoteurs du soir », etc.) sont dans la même position avec pour conséquence qu’elles sont dans l’obligation de faire appel aux mêmes seconds couteaux qui, en conséquence, passent la journée ensemble à échanger les mêmes arguments sur les mêmes sujets. Étonnant qu’aucun ne craque et dise « Mais ferme-la, Ducon, tu me l’as déjà dit cent fois ! »avant de quitter le plateau en claquant la porte (si tant est que le studio ait une porte claquable).

Il y a également le question des sujets. Bien sûr, il y en a un tout trouvé et qui ne lasse pas trop : le Covid, puisqu’il faut l’appeler par son nom. Sur ce thème majeur est venu se greffer un autre, annexe : les manifestations anti-pass. C’est un bon sujet. Il est porteur d’espérance à savoir du retour des Gilets Jaunes**. 200 et quelques milliers de marcheurs du samedi incarnent les attentes du peuple à savoir le rétablissement de leurs libertés chéries. C’est curieux, vu que, si j’étais joueur, je serais prêt à parier que ceux qui défilent aujourd’hui se plaignaient déjà de vivre en dictature avant qu’on les en prive. Hélas, en plus d’un an et demi, tout (et son contraire) a déjà été dit et redit sur l’impéritie des gouvernants (qui n’ont pas un métier facile non plus), sur le côté inouï de la pandémie et même sur le côté surprenant de ses variants, chaque fois plus menaçants. On n’en a même pas fini avec la troisième vague qu’en est arrivée une quatrième et qu’on se demande déjà comment affronter les cinquièmes, sixième et jusqu’à la énième. Ça devient rasoir.

Il y a bien un autre marronnier, celui de l’insécurité montante. Mais qu’en dire sinon ce qu’on en a dit et répété ces quarante dernières années ? Les lignes bougent un peu sur la question, certes : certains gauchiards arrivent à envisager la possibilité que ce phénomène puisse à la marge être rattaché à celui de l’immigration de masse. Pour moi, ce sujet de débats présente tout de même un intérêt comique à savoir de voir le communiste et/ou le gauchiste de service nous parler de la défense des libertés, du respect des convictions des personnes avec des trémolos dans la voix. L’histoire nous a montré que quand ils en eu l’occasion, ces braves gens se sont montrés de sourcilleux défenseurs de ces valeurs.

Heureusement, de temps à autre, se produit un événement extraordinaire qui parvient à réduire à un petit 80 %l e temps d’antenne consacré au GRAND SUJET : le président apparaît sur les écrans en portant un T-shirt dont on ignore la marque, on déplore l’assassinat d’un prêtre par son protégé, un joueur de baballe est acquis à grand frais par un club de baballe parisien, les talibans s’emparent de Kaboul… Mais ce ne sont là que feux de paille, sujets que le vent emporte, qui ne vivent que ce que vivent les roses : l’espace d’un instant !

Pour conclure, je voudrais saluer l’abnégation de ces animateurs de débats et de leurs invités qui jour après jour reviennent et parviennent à rester éveillés jusqu’à la fin de l’émission. J’ai de plus en plus de mal à en faire autant et à ne pas zapper vers des programmes plus sérieux comme le concours du plus gros mangeur de boudin en Ohio ou les réparateurs d’épaves de mobylettes du Sud-Arkansas.

*Préciser qu’une époque est troublée fait sérieux et donne au lecteur l’impression qu’il vit des temps exceptionnels c’est à dire plus troublés que d’ordinaire. C’est souvent une illusion car rares sont les moments de l’histoire où a régné un calme parfait. M. Viansson-Ponté écrivit, le 15 mars 1968 un éditorial dans Le Monde intitulé « Quand la France s’ennuie... » alors qu’allaient quelques jours plus tard à Nanterre commencer les prémisses de la Grande Pantalonnade de mai. Comme quoi, le calme n’est parfois qu’apparent.

** Notons que lors du mouvement des Gilets Jaunes, celui-ci était porteur de l’espoir du retour tant attendu d’un mai soixante-huit ( grâce à la convergence des luttes et tout le Saint -Frusquin gauchiste habituel). Aujourd’hui, un simple retour de GJ suffirait aux fouteurs de merde professionnels. Leurs ambitions sont revues à la baisse !

jeudi 12 août 2021

La charcuterie est dure mais c’est la charcuterie

Comme je m’y attendais, il a sonné à ma porte. Comme je ne m’y attendais, il m’apportait un paquet, comme je ne m’y attendais pas il m’apportait aussi une carte postale de ma fille représentant la vierge à l’enfant romane de l’église de Jouy-en-Josas qu’avec son mari ils avaient récemment visitée. Décidément, j’étais gâté ! J’en remerciai le facteur.

Il étaient là, mes beaux boyaux de cochon ! Plus rien ne s’opposait à ce que je me lance dans l’aventure, vu que le matin même je m’étais procuré les viandes et les ingrédients nécessaires. Depuis quelque temps, j’en rêvais. J’avais, parce que trop complexe, rejeté l’idée de me lancer dans la confection de boudins noirs. En revanche, les blancs me parurent plus aisés à réussir. Erreur de vieillesse qui me fit passez à l’action sans tarder. Je commençai par préparer le bouillon dans lequel ils cuiraient :


Poireau, carotte, oignon piqué de clous de girofle, persil et bouquet garni : rien ne manquait.

Les boyaux étant mis à dessaler, je séparai la mie de la croûte du pain, ce qui s’avéra plus difficile que je pensais et mis la première à tremper dans du lait :



Je procédai ensuite au double hachage de mes viandes (porc, veau et poulet) d’abord à la grosse grille puis à la petite tandis que les oignons émincés devenaient translucides dans une poêle. Je pouvais passer à la préparation de la mêlée. Dans un grand saladier je plaçai mes viandes et mes oignons eux aussi hachés, j’y ajoutai la mie, des œufs, de la Maïzena, de la crème, du sel, du poivre et de la noix de muscade. Je me permis la fantaisie d’y adjoindre du Porto puis mélangeai longuement le tout afin d’obtenir une mêlée homogène 

:

Il ne me restait plus qu’à en garnir les boyaux afin d’obtenir les onze boudins que voici :


La recette préconisait de ne pas « forcer le remplissage » afin d’éviter que les boudins n’éclatent suite à la dilatation de la mie de pain lors de la cuisson et, au cas où les boudins flotteraient lorsqu’on les placerait dans le bouillon frémissant, de les percer. Ce que je fis car tous flottaient. Je croyais innocemment que mon remplissage n’était pas forcé mais au bout de quelques minutes de cuisson je les vis gonfler de manière inquiétante. Bien entendu, ils ne tardèrent pas à éclater. Je n’ose même pas vous montrer une image du piteux résultat.

Tout ça pour ça ! Des heures de travail pour rien ! Ma première réaction de cabochard ayant du mal à s’avouer vaincu fut de me dire que je recommencerais, que je parviendrais à trouver le juste remplissage, que ce n’était que partie remise. Rester sur un échec cuisant ? Pas question !

Après réflexion, je me dis qu’après tout, le jeu n’en valait pas la chandelle. Étais-je à ce point fanatique du boudin blanc pour risquer de n’en obtenir qu’après une série de tentatives malheureuses ? Non ! Contre mauvaise fortune, je fis bon cœur et me dis que tout n’était pas perdu. Ce kilo et demi de boudins éclatés, on pouvait peut-être en faire quelque chose. Je trouvai rapidement la recette d’un parmentier de boudin blanc aux pommes. Je vais m’y mettre !

Dans la vie, il faut savoir accepter ses limites. La loi de la charcuterie est dure, mais c’est sa loi : quand on ne sait pas faire, on ne fait pas.

mardi 10 août 2021

L’unau ou paresseux à deux doigts (à deux doigts de quoi faire ? Ça dépend des circonstances...)

 

Contrairement à bien d’autres animaux, je ne pense pas que l’unau puisse devenir un NAC de bonne compagnie. Les créationnistes sont en droit de se demander à quoi pouvait bien penser le créateur en lui donnant vie et les évolutionnistes ne voient pas très bien quels avantages ses lointains ancêtres ont pu tirer de leur transformation. Quoi qu’il en soit, aux yeux de beaucoup, il reste une énigme et une énigme particulièrement répugnante. Voyez plutôt :



Dieu qu’il est laid ! Ne croyez pas que j’aie mis la photo de ce paresseux à deux doigts (ici : de se casser la gueule de sa branche) à l’envers : tout ce que ce dégoûtant animal a trouvé pour se rendre intéressant c’est de vivre la tête en bas et les pieds en l’air, accroché aux branches par ses fortes griffes !

Sa vie végétative, il la mène dans les forêts humides du nord de l’Amérique du sud, passant 80 % de son temps à dormir et le reste à manger des feuilles et des brindilles, se déplaçant à une vitesse de 0,5 km à 1,5 km/h (quand il est vraiment pressé). Il ne descend de sa branche qu’une fois par semaine pour déféquer et, hélas, bien plus souvent pour aller au bistrot :

Paresseux à deux doigts (ici : du coma éthylique) rentrant du bistrot où il a dépensé l’argent du ménage

Pour ce qui est du sexe, l’unau ne laisse pas sa part aux autres mais, comme en toute chose, il prend son temps : l’étreinte dure 48 heures, provoquant l’envie du lapin et de bien d’autres mammifères. De cette union, naîtra 6 mois plus tard un petit salopiaud de 300 à 400 grammes qui restera accroché au ventre de sa maman 6 à huit mois avant de devenir autonome. Il faut noter qu’ensuite, de toute sa vie, il ne mangera que les aliments que sa mère lui aura donnés durant cette période. Pour ce qui est de la piété filiale, c’est un exemple !

C’est malheureusement le seul trait positif de cette répugnante bête. Pourquoi tous ces qualificatifs infâmants et tant de sévérité vis-à-vis de lui, me demanderez vous ? C’est qu’il est d’une saleté repoussante. Sa fourrure abrite toutes sortes d’insectes et de lépidoptères : jusqu’à neuf espèces de papillons et quatre de scarabées ! Et s’il n’y avait que ça ! Figurez vous que sa répugnance à la douche et au bain fait que s’installent dans son pelage des algues microscopiques qui donnent à celui-ci une couleur verdâtre durant la saison des pluies et brunâtre à la saison sèche lui permettant de passer inaperçu dans son environnent. Pour couronner le tout, il est le principal vecteur de la leishmaniose cutanée, une maladie de la peau bien répugnante qu’il communique au malheureux Amérindiens de Guyane. Disons à sa décharge que c’est la réponse du berger à la bergère, vu que ces derniers ne répugnent pas à se nourrir de sa chair. La loi du talion, en somme : « Tu en veux à ma peau, je saccage la tienne ! ».

Voilà, vous savez tout (ou presque) et comprendrez pourquoi je vous ai d’emblée déconseillé d’en adopter un, sauf si vous même avez un goût très modéré pour l’hygiène corporelle.


dimanche 8 août 2021

J’ten foutrai, moi, d’la pédagogie !

 

Les animateurs de débats, commentateurs politiques de tout poil, invités de toutes sortes, sont aussi heureux, voire encore plus heureux, qu’Ulysse après son long voyage. Et qu’est-ce qui provoque ce soudain bonheur ? Eh bien ils ont découvert un mot : PÉ-DA-GO-GIE ! L’employer, en détachant bien les syllabes, vous permet d’apparaître comme un de ces gars qui ont tout compris, un esprit alliant brillance et profondeur. Grâce à la pédagogie, toutes les difficultés s’aplanissent, les problèmes les plus ardus se résolvent en un clin d’œil, l’harmonie unanime règne. 

Avec un peu de pédagogie, juste une larme, on convainc le malade que la santé c’est surfait, le cocu qu’il faut bien que sa femme s’amuse, le miséreux que l’argent ne ferait pas son bonheur,  l’athée d’aller entendre la messe tous les matins avant l’turbin, etc. Seulement, il y a un hic : c’est que les malheureux qui sont aux commandes en sont totalement dépourvus. Ainsi s’expliquent tous nos malheurs comme par exemple les jérémiades des malades, la rancœur parfois hargneuse des cocus, les revendications pécuniaires des pauvres, ou l’anticléricalisme rabique des bouffeurs de curés.

Avant d’aller plus loin, peut-être serait-il utile de définir cette panacée. M. Petit Robert nous en donne deux acceptions : 

1, Science de l'éducation des enfants (ET, PAR EXTENSION, des adultes) ; méthode d'enseignement. Pédagogie des langues vivantes.

2, Qualité du bon pédagogue. Il manque de pédagogie.

Notons que pour le deuxième sens, l’exemple donné déplore, comme nos présentateurs, commentateurs et invités des media son absence.

Nous avons donc bien avancé. Nos décideurs sont ignares en matière d’éducation des adultes, leur méthode d’enseignement est défaillante. D’où nos malheurs. 

Avec mon esprit simpliste j’avais avant cette révélation tendance à penser qu’un décideur était là pour décider, un chef pour cheffer, un gouvernant pour gouverner. Que nenni ! Ils sont là pour éduquer et si possible efficacement. A croire que les citoyens adultes ne sont pas suffisamment éduqués. Insinuerait-on que l’Éducation Nationale (que le monde entier, selon une légende urbaine,  nous envierait)  n’aurait pas fait ou du moins pas terminé son boulot et qu’une bonne louchée de pédagogie serait nécessaire pour permettre à nos concitoyens de juger par eux-mêmes du bien-fondé des mesures prises ? Le peuple manquerait-il de maturité éducative ?

Ça fait frémir mais c’est hélas possible. Il n’y aurait là, au fond, rien d’étonnant vu que plus qu’éduquer (dérivé du latin ex ducere, c’est à dire « guider ou conduire hors » hors de quoi si ce n’est de l’ignorance et des comportement puérils ?) le «pédagogisme » met l’enfant au centre de l’enseignement et se propose de l’épanouir. Épanouissement de ses tendances égocentriques et capricieuses ou bien de ses capacités cognitives ? Je crains que les résultats obtenus ne fasse pencher vers la première hypothèse…

Je pense qu’aux niveaux de la société comme de l’école on ait plus besoin d’un minimum de discipline et de rigueur que d’un surcroît de pédagogie et qu’un gouvernement  digne de ce nom, plutôt que de fluctuer en fonction des attentes contradictoires d’ultra-minorités devrait après avoir pris les mesures qui lui semblent convenir , quitte à les adapter en fonction de l’évolution des situations, faire respecter ses décisions. Mais je rêve. Une telle attitude serait le fait d’hommes d’État, État qui, de renoncement en lâchetés, finira par totalement disparaître.


jeudi 5 août 2021

Du refus de l’enfant.

 

Le hasard a voulu qu’en peu de temps, j’aie par deux fois été confronté à des écrits dont les auteurs proclamaient leur refus de l’enfant d’abord dans Apprenti de Pierre Magnan puis lors de la lecture du journal de Didier Goux (je suis un des douze!). Je cite ce dernier : 

«  Le 9 décembre 1993, Muray déjeune en tête à tête avec Milan Kundera qui, entre le confit d'oie et quelques verres de madiran, tient à savoir si son commensal a des enfants. Devant la réponse négative de Muray, son visage s'épanouit, il pousse un “ah !” de contentement et ajoute : « Comme je dis toujours, si on n'a pas d'enfants on a réussi existence ! Même si on a tout raté par ailleurs ! » J'approuve avec d'autant plus de chaleur que cela m'arrange bigrement. »

J’avoue ne pas comprendre. Comment attribuer une quelconque réussite à l’absence d’une expérience dont on ne peut savoir ni deviner les effets qu’elle aurait eu sur nous  ? 

Cette expérience a été, est et restera pour moi jusqu’à nouvel ordre la plus importante que j’aie vécu. Je dois pourtant avouer que si je ne me suis retrouvé père qu’à 34 ans, c’est que ce n’était pas une de mes priorités et qu’en vérité, prendre une telle décision m’effrayait. En étais-je digne ? Saurais-je l’assumer ? 

Il a fallu une conjonction de circonstances inouïes. D’abord une histoire d’amour, comme on n’en trouvera pas plus dans les livres que chez ses voisins. Une vraie, pleine de folie, de fantaisie, de tendresse, de sensualité, de complicité, de confiance, d'outrances d’estime, de rebondissements et d’aventures. De celles qui vous transforment  à jamais un être et sa vie. Nous la vivions depuis près de dix ans. Financièrement aussi, la vie nous souriait et je ne doutais pas un instant qu’elle continuerait de nous combler toujours davantage (erreur de jeunesse !). Nous avions tout et nous vint l’idée du partage. Cet amour, ce bonheur, cette aisance, qu’en faire sinon l’offrir à un enfant ? Vous voyez, notre décision ne devait rien à un coup de tête ou au conformisme.

J’étais bien conscient qu’il s’agissait là de l’aventure d’une vie. Et je ne me trompais pas. 

Il arriva que, quelques années plus tard, une conjonction de circonstances, défavorables celles-là, fit que la merde attînt le ventilo et qu’amour et aisance  s’évanouirent. Aux vaches grasses succédèrent les vaches étiques, à la fusion, la solitude, au bonheur la déprime, à la sérénité, le chaos. . N’empêche qu’au bord du gouffre, il me restait un trésor : ma fille.  Plutôt que de céder au sirènes du laisser-aller, il me fallait, pour elle comme pour moi, reconstruire. Ce fut long, hasardeux, compliqué, difficile, mais je ne perdis jamais ce nord que ma fille-boussole, sans le savoir , m’indiquait avec constance.

Raconter ce que furent les bientôt 37 années de cet amour inconditionnel et constant n’est pas mon objet. Je voudrais simplement dire à quel point je me sens éloigné de ceux pour qui réussite rime avec absence d’enfants. Je déplore leur manque de confiance en la vie qui les prive de bien des joies, d’inquiétudes, de peines (parfois), d’actes désintéressés, de dévouement sans attente de retour, bref de bien des choses qui agrémentent une vie puisqu’à mes yeux du moins, le positif l’emporte toujours sur le négatif. 

A ceux qui me diraient que c’est parce que ma fille comble mes attentes que je dis ça, que certains enfants font le malheur de leurs parents, je rétorquerais qu’il n’est pas impossible que ces parents ne soient pas totalement étrangers au malheur de leurs enfant qui les afflige. A ceux pour qui le monde où leurs potentiels enfants vivraient serait trop cruel pour qu’ils osent les y faire vivre, je répondrai que le monde n’a jamais été particulièrement mignon, que chaque génération depuis la  nuit des temps a bien dû se débrouiller pour faire face aux problèmes de son temps et que toute génération nouvelle est normalement plus apte que l’ancienne à affronter les défis nouveaux qui apparaissent. 

Un enfant, c’est comme une bouteille remplie d’espoir qu’on lance dans la mer de l’existence. Bien malin qui saurait ce qu’il en adviendra... Mais sans actes d’espoir, la vie n’offrirait,  n’en déplaise à M. Kundera, que de bien piètres « réussites ».