..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

dimanche 13 juin 2021

Du risque populiste

 

A la fin d’une journée agréable passée en bonne compagnie, j’allumai hier soir mon poste de télévision. Sur C news, je découvris une émission où la jolie Eugénie Bastié et la sémillante Gabrillelle Cluzel interrogeaient M. Domnique Reynié sur son dada, à savoir le populisme et le(s) risque(s) (probablement mortels) qu’il représente. Ce professeur à Sciences Po, directeur général du cercle de réflexion (think tank, pour mes lecteurs franglophones) Fondapol, et en tête de la liste LR-UDI lors des régionales de 2015 en Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées avant de voir son élection invalidée n’est, on le voit, pas n’importe qui. Comme disait l’ex-logeuse de ma première affectation professionnelle, c’est le genre d’homme qui « parle mieux qu’un lièvre mais qui ne court pas si vite ». Un sachant à qui on ne la fait pas. C’est donc avec piété que j’écoutai ses propos.

Pour résumer, en gros, le populisme c’est pas bien mais alors pas bien du tout. Pour être plus précis, le populisme a à sa tête des « entrepreneurs en démagogie (sic) » qui n’ont « pas idée de ce qu’il faut faire (resic) »ce qui mènera forcément à des catastrophes telles que la destruction du système démocratique qui est « moralement indépassable » suite à une « trahison de la volonté populaire » . Le populisme est donc une « pathologie politique »(sic, resic et sic de der!) issue d’une crise de la démocratie.

Mme Cluzel lui fit remarquer que, pour se voir détruit, le système démocratique n’avait pas eu besoin du populisme quand on faisait rentrer par la fenêtre parlementaire un traité qu’on avait mis à la porte par voie référendaire* et quand le parti qui recueille le plus de suffrages est ridiculement représenté au parlement. Sans en disconvenir, le brillant Reynié admit qu’une certaine crise existait mais que le système démocratique était quand même un truc vachement bien.

Sans me mettre en rage (je suis d’un naturel paisible) ces propos m’agacèrent un peu. Ne serait-ce que parce que ce sont les tenants de la gauche et de la droite dites « de gouvernement » qui stigmatisent du terme de « populistes »ceux qui ne partagent pas leurs opinions, principalement quand il s’agit d’immigration, d’identité ou de sécurité. De plus, l’électorat « populiste » est présenté comme un ramassis d’inconscients bernés par des démagogues aussi incompétents que malhonnêtes. Je m’en sens un rien insulté.

Il faudrait donc n’accorder ses faveurs qu’à des gens dont l’expertise et le talent nous ont amenés à cette situation de chaos (jusqu’ici à relativement bas bruit) qui a progressivement amené à l’émergence et à la croissance de cet haïssable populisme, l’ancienneté dans l’impéritie étant présentée comme un gage de compétence ! On ne change à aucun prix une équipe qui perd !

Plutôt que de réaliser que leur discours passe de moins en moins bien, MM. Reynié et consorts préfèrent continuer de défendre un système, selon eux, « moralement indépassable » mais économiquement et culturellement destructible comme nous pouvons chaque jour le constater et qui parvient de moins en moins à assurer la sérénité sociale qu’il est supposé garantir.

* La reformulation de ses propos est de votre serviteur.

mercredi 9 juin 2021

Le trousseau

 

Il y a quelques jours, j’ai regardé le film « L’entourloupe » avec Jacques Dutronc, Gérard Lanvin et surtout le génial Jean-Pierre Marielle dont le numéro de camelot baratineur justifie à lui seul la vision de ce film. Marielle y encadre une équipe de bras-cassés qui, dans le marais poitevin, tente de vendre à de pauvres paysans des encyclopédies médicales de luxe dont ils n’ont pas plus l’utilité que les moyens de les payer.

Cela m’a fait me souvenir d’un curieux épisodes de ma vie commerciale. Un jour un individu demanda à me voir. Je le reçus dans mon bureau et il me demanda si je faisais le trousseau. Je ne saisis pas bien où il voulait en venir. Il m’expliqua qu’il s’agissait d’un colis de linge de maison que la jeune mariée était censée apporter au ménage lors de son mariage. J’avais bien entendu parler de cette coutume mais nous étions au milieu des années quatre-vingts et je pensais qu’elle avait depuis belle lurette disparu. Il m’expliqua qu’il n’en était rien dans le fin fond des campagnes berrichonnes et que si je pouvais lui en fournir de beaux, il me les achèterais. Je lui assurai que lors de mon prochain voyage à Paris, je tenterais de trouver son bonheur. Rendez-vous pris après mon retour, je me rendis donc rue Sedaine, dans le XIe, Mecque du linge de maison.

Sans trop y croire, j’exposais à X (je ne me souviens plus de son nom), le vendeur de mon principal fournisseur, la curieuse requête qui m’avait été faite. Loin d’en être surpris, il me répondit qu’il n’y avait pas de problème, qu’il allait me préparer ça. Il se mit donc à rassembler divers articles (couvertures, draps, nappes, serviettes de bain et de table, gants de toilette, etc) susceptibles de répondre aux besoins en linge de maison d’un foyer. Seulement, ils constituaient un ensemble totalement hétéroclite par la couleur, la nature des tissus. Un bel ensemble d’articles dépareillés dont je n’aurais voulu d’aucun chez moi.


- Tu es sûr que ça peut convenir, lui demandais-je ?

- Pas de problème, il va être content ton gars !

- Et à combien tu me le fais ?

- Cinq-cents Francs.

- Et je le lui vends à combien ?

- 1000.

- Tu crois qu’il va accepter ce prix ?

- Bien sûr, il va le faire péter à 2 ou 3000. Bon, il faut que j’emballe tout ça. Se servant d’un fort papier kraft (on faisait décidément dans le luxe le plus effréné) il confectionna un volumineux colis qu’il ficela avant de m’expliquer qu’il fallait nouer la ficelle de telle façon qu’en tirant dessus cela permettait que se répandît sur la table de ferme, un flot de linge propre, par sa magnificence, à lever les dernières hésitations du potentiel client.

Je chargeai ledit colis et mes autre achats dans le camion et retournai à Châteauroux, toujours aussi sceptique quand au succès de cette transaction. Au jour et à l’heure dite mon client se présenta, parut pleinement satisfait et me régla les 1000 Francs rubis sur l’ongle. Quelques jours plus tard, je le vis revenir. J’étais un peu inquiet comme le jour où après avoir vendu un bon prix quelques centaines de paires de chaussures que je n’arrivais pas à vendre à un manouche, je vis son camion arriver sur le parking. Craignant qu’il ne vienne au renaud (m’exprimer vertement ses désillusions) je n’en menais pas large. Il n’en était rien. Enchanté de son lot, il était venu m’acheter le reste de mon stock.

Mon trousseautier était dans le même état d’esprit. Il me demanda de lui ramener au plus tôt 3 trousseaux. Ensuite, je ne le vis plus. Je suppose que le succès lui ayant donné des ailes, il avait décidé de se passer de mon intermédiaire…

Cela confirme que, si bien des espèces d’oiseaux se raréfient, le pigeon, quant à lui, ne risque pas de disparaître.


lundi 7 juin 2021

Le fraisier, un végétal de compagnie méritant

Le cadeau que mes fraisiers m'ont offert ce matin : presque une livre de succulentes fraises !

Il m’est souvent arrivé de recommander ici tel ou tel NAC (Nouvel Animal de Compagnie). Je n’ai aucune idée du nombre de familles, de couples ou de personnes seules qui ont pu, grâce à mes conseils, voir leur foyer égayé par la présence , entre autres, d’un lycaon, d’un capybara, d’un lombric ou d’une hyène, mais je dois avouer que me semble venu le temps d’élargir aux végétaux les sources de compagnie pour une humanité en besoin d’affection.

Cette évolution, je la dois à M. Aymeric Caron, qui avec MM. Mélenchon, Mamère, Plenel et, à un moindre degré, Joffrin, est de ces homme qui accompagnent le difficile cheminement des Français vers la lumière. Végan, antispéciste, ses paroles alimentent ma réflexion. Car en fait, de quel droit excipons-nous pour asservir nos frères animaux ? La question, sans que j’aie encore pu y trouver une réponse, me taraude. J’en suis à me dire que sans totalement exclure la compagnie animale, nous pourrions accorder une place plus importante à celle des végétaux.

Parmi les espèces végétales les plus sympathiques, le fraisier et son pseudo-fruit la fraise me paraît tenir une place de choix. Depuis des millénaires l’homme aime la fraise qui le lui rend bien. Très longtemps, en Europe, il lui fallut se contenter de fraises des bois dont le goût délicieux ne parvenait pas à faire oublier la taille réduite. On essaya bien des sélections et des croisements mais sans résultats probants. Il fallut attendre ce jour béni que fut le 17 août 1714 pour qu’un ingénieur français, un certain Amédée-François Frézier (cliquez sur le lien si vous croyez que je délire) de retour à Marseille ramenât du Chili une fraise blanche qu’y cultivaient les Indiens. Croisée avec une fraise d’Amérique du Nord, elle donna ensuite naissance à notre fraisier cultivé. Quelle aventure !

Aimée de tous, sa culture ne demande que peu de soins. Elle produit, grâce à ses stolons, de nouveaux pieds. Quand vient le joli mois de mars, les plants se couvrent de fleurs qui, plus ou moins rapidement selon le temps qu’il fait, deviendront de délicieux fruits. Peu de soins, des pieds qui se multiplient, une grande générosité fruitière, si au compare le fraisier, par exemple, au chat, au chien, au canari ou au poisson rouge il n’y a pas photo ! De plus, le fraisier est paisible et ne saurait vous nuire. Si coqs, grenouilles, vaches, cloches, tronçonneuses provoquent parfois l’ire des néo-ruraux, on n’en a jamais entendu un seul se plaindre du voisinage d’un champs de fraises.

J’espère vous avoir convaincu d’en adopter.

Pour finir, une anecdote linguistique concernant l’expression « ramener sa fraise ». Contrairement aux idées reçues, la fraise dont je vous parlais n’a rien à voir là dedans. Pas plus que celle du dentiste ou du tourneur-fraiseur. En fait, on trouve son origine dans les Mémoires de Maximilien de Béthune, duc de Sully. Le grand ministre, compagnon d’armes du futur Henri IV, recueillit une confidence de ce dernier du temps qu’il était l’époux de Marguerite de France. Je cite : « Elle nous les casse, la belle doche à toujours ramener sa fraise* » signifiant que sa belle mère, Catherine de Médicis, célèbre pour les fraises qui ornaient son cou, l’agaçait en étant toujours fourrée dans ses pattes. La mode des fraises a passé, l’expression est restée. Ainsi quand un importun intervient de manière inepte dans une conversation continue-t-on de le prier de ne point ramener sa fraise.


* Notez au passage que, bien que Béarnais de naissance, le bon roi Henri entravait et jaspinait parfaitement l’argomuche parigot. 

samedi 5 juin 2021

Un sentiment de bonheur

 

Les Français sont d’incorrigibles sentimentaux. Toutes sortes de sentiments les agitent : sentiment d’insécurité, sentiment d’être envahis, sentiment d’être pris pour des cons, sentiments de ne pas être aussi enrichis qu’on veut leur faire accroire, sentiment que M. Macron n’est pas parfait, etc.

En tant que Français, je ne saurais déroger à la règle et je partage les sentiments sus-mentionnés à part peut-être celui d’insécurité vu que j’ai choisi de vivre dans des endroits paisibles. Mais depuis ce matin, encore plus que d’ordinaire, j’ai le rare sentiment d’être pleinement heureux.

Il faut dire que j’ai d’excellentes raisons pour cela. Alors que je me rendais au magasin de la coopérative pour y faire l’emplette de dahlias, le ciel était bien bleu, le soleil brillait. Ma petite ville normande me parut, et elle l’est, pimpante, propre, fleurie. Un endroit où il fait bon vivre. N’est-ce pas une raison de se sentir heureux ? Et s’il n’y avait que ça…

Les Anglais ont une expression que je mets en pratique : « Count your blessings »que l’on pourrait traduire par « Comptez vos bénédictions » et qui pour moi est l’exact opposé de « Ressassez vos malheurs » maxime trop souvent mise en pratique.

Arrivé à l’automne de ma vie, ma principale source de contentement est de n’avoir aucun regret. J’ai pourtant connu de mauvaises passes mais elles me furent utiles. Comment apprécier le printemps quand on n’a pas connu les rigueurs de l’hiver ? Un peu de soleil quand, comme le disait si bien Brassens, on vit dans « des pays imbéciles où jamais il ne pleut, ou l’on ne sait rien du tonnerre » ? Ça n’a pas toujours été un long fleuve tranquille, et tant mieux ! Je n’en apprécie que davantage ma sérénité actuelle.

Si on met à part les petits ennuis de santé qui de temps à autre m’ont amené à faire un tour à l’hôpital sans pour autant perturber mon équanimité, j’ai vraiment tout pour être heureux : je bénéficie de revenus qui sans être importants me suffisent, je vis dans un endroit qui me plaît, ma maison est spacieuse et agréable, sauf accident ma forme est plutôt bonne, je sais m’occuper de façon à éviter ce que cet incorrigible boute-en-train de Baudelaire nommait « les longs ennuis », si je vis en solitaire, j’ignore les affres de la solitude. Que rêver de mieux ?

Pour certains, les éléments constitutifs de ce bonheur seraient autant de sources de plaintes. Ils ne supporteraient pas de voir leur santé décliner, auraient l’impression de vivre dans le trou-du-cul du Monde, leur maison serait trop petite (ou trop grande), leurs moyens trop restreints, ils s’ennuieraient comme des rats morts, rechercheraient de la compagnie à tout prix.

N’étant pas un ravi de la crèche, je sais qu’il est possible que les choses se gâtent, que d’insupportables souffrances ou infirmités viennent m’affliger, que des deuils m’accablent. Qu’importe ? J’aurai connu de bons moments. J’aurai su les apprécier. Ce qui est pris n’est plus à prendre…

Pour illustrer mon propos, une vue de mon modeste coin de paradis :


Demain soir, en sirotant du whisky, je compte bien y faire cuire du travers de porc et des tomates sur le barbecue puis m’en régaler arrosé d’un rosé de Corse tout en profitant du serein. Et ça m’suffira.

vendredi 4 juin 2021

Une si longue absence...

 

Presque un mois s’est écoulé depuis mon dernier article. Délai inégalé depuis la création de ce blog, il y aura bientôt dix ans. Comment expliquer cela ? Les raisons en sont multiples. Bien sûr, la lassitude qui fait que ma blogroll ressemble de plus en plus à un cimetière et que depuis une assez jolie lurette le rythme de publication des survivants s’est bougrement ralenti y a sa part. Une perte totale d’intérêt pour ce qui est censé constituer l’actualité n’y est pas non plus étrangère, Toutefois, la raison principale de mon silence est tout autre.

Ce qui a motivé mon absence est une nouvelle crise de bricolite aiguë. Les mois d’avril et de mai se sont avérés climatiquement déplorables, vous l’aurez probablement noté. Alors que pour moi l’arrivée du printemps est synonyme de jardinage, la froidure ou les pluies m’ôtèrent toute envie de renouer avec cette tradition. Plutôt que de me résigner à une coupable oisiveté laquelle est comme chacun sait mère non seulement de tous les vices mais aussi de cette calamité qu’est l’ennui, j’ai donc décidé de mener à son terme la rénovation de ma maison commencée trois ans auparavant. Ne restaient plus à rafraîchir que deux pièces d’eau à savoir les toilettes du rez-de-chaussée et la salle de douche contiguë. Comme à mon ordinaire je m’attelai donc à cette tâche avec l’optimisme habituel qui me fait grandement sous-estimer les difficultés et les délais de mes entreprises.

Nous étions à la mi-avril. Voulant commencer par remplacer le mitigeur du lavabo de la salle de douche, je m’aperçus que cela était impossible sans déplacer la cabine du même nom. Ce faisant, je découvris pourquoi l’écoulement de l’eau d’icelle était défectueux : mon prédécesseur, bricoleur sans talent, avait installé l’évacuation maladroitement, si bien qu’en mettant la cabine en place il en avait écrabouillé le flexible. Y remédier fut aisé. Profitant du déplacement de la cabine, je réalisai qu’en perçant le mur il me serait possible d’installer à partir de l’alimentation en eau froide de la douche une conduite d’eau menant à l’extérieur vers un robinet permettant d’arroser mon jardin. Ce que je fis. Quand le meuble du lavabo et la cabine furent remis en place, j’eus la désagréable surprise de constater que cette dernière fuyait de partout : ses joints en silicone avaient rendu l’âme suite au déplacement. Résoudre ce problème ne fut possible qu’après de multiples tentatives. Le changement du lavabo des toilettes et de son mitigeur fut également l’occasion de nombreux problèmes de plomberie.

Ces questions résolues, je pus terminer mon chantier. Changer le papier peint , installer des lambris en PVC pour masquer les affreux carrelages muraux, remplacer goulottes, interrupteurs et prises, recouvrir le sol de lino et poser des plinthes ne présenta pas de problèmes majeurs. Et voici le résultat :



Les frimas s’étant calmés, je vais donc pouvoir jardiner, activité moins prenante...

Dernière minute : J’ai décidé de rouvrir les commentaires.

lundi 10 mai 2021

Dies irae !

 

La vision d'une telle image peut choquer les personnes sensibles et sensées

Il y a quarante ans de cela, j’avais encore quelques heures d’espoir devant moi. Quand l’heure fatidique sonna et qu’un crâne déplumé commença d’apparaître à l’écran il ne me resta plus que quelques secondes d’illusion avant que la lugubre nouvelle ne tombât : M. Mitterrand était élu.

Ce fut pour moi un choc. J’eus du mal à y croire. Ce n’était après tout qu’une estimation, tous les bulletins n’avaient pas encore été comptés. Comme un naufragé accroché à une planche dérisoire, j’espérais encore un improbable retournement de la situation. Il ne vint pas.

Cinq semaines d’espoirs suivirent : le 14 juin, les Français allaient rectifier le tir, réparer leur erreur, recouvrer la raison. Il n’en fut rien. Le sursaut de participation du second tour ne servit qu’à confirmer et amplifier la catastrophe. Au moins cinq années durant la France allait être dirigée par un vieux cheval de retour de la quatrième, un politicien arriviste, à qui seule son appartenance à un groupe charnière avait permis à de multiples reprises de se pavaner sous les lambris dorés de la République suite à des « combinazione » politiques.

Pour moi, l’année 81 fut un tournant amorcé quelques semaines avant ce jour de colère. Avec mon épouse, nous avions décidé de nous lancer sur les marchés. Enseignant alors dans un collège rural aux confins de la Touraine, je m’y sentais aussi à l’aise qu’une grenouille au cœur du Sahara. Je voulais faire de ma vie autre chose que cette lente décrépitude qu’entraîne le statut de fonctionnaire. On y est certes protégé des aléas qu’entraîne une prise en main de son destin mais au prix d’une lente sclérose. J’avais trente ans. Depuis longtemps déjà, suite à un mouvement syndical qui m’avait fait réaliser que derrière des idées supposées généreuses ne se cachaient que de misérables revendications corporatistes, j’avais tourné le dos à ces quelques années durant lesquelles les sirènes de la gauche m’avaient attiré. Le temps de l’adulescence, au moins en matière politique, était pour moi, à la différence d’autres qui s’y maintiennent jusqu’à ce qu’une mort de vieillesse ne les en sépare, terminé.

Un an plus tard, je quittai l’Éducation Nationale pour huit ans d’aventures que j’ai narrées ici. Si j’avais le goût des regrets, le seul que j’aurais serait de m’être trouvé, faute de choix et poussé par la nécessité, contraint de retourner à l’enseignement d’abord en Angleterre puis dans le privé en France.

Je ne me lancerai pas dans l’établissement d’une liste exhaustive de mes griefs vis-à-vis de celui qu’il est aujourd’hui de bon ton de considérer comme un GRAND président. Je ne vois en lui qu’un habille magouilleur qui de reniements en changements de caps et en tripatouillages divers est parvenu, bien que les urnes l’aient par deux fois désavoué, à se maintenir coûte que coûte à un poste qui, après lui, a été occupé par trop de politiciens et aucun homme d’État digne de ce nom. A mes yeux, il n’a fait que s’inscrire dans la droite ligne du processus de décomposition amorcé par M. Giscard d’Estaing, pour lequel et par défaut j’avais voté en ce jour de colère.

Quarante ans plus tard, je suppose que les media vont nous abreuver de dithyrambiques éloges du « Grand homme », on lui attribuera toutes les vertus de la Terre et probablement d’autres venues du Ciel. Je ne les écouterai pas. Si ma colère s’est apaisée, Il n’en demeure pas moins qu’au contraire de M. Lang pour qui, en ce jour de mai 1981, on serait passé de la nuit à la lumière, je n’y ai vu que quelques lueurs d’espoir disparaître.

lundi 26 avril 2021

Tuer le cochon

 

Brûlage des soies

Les plus perspicaces d’entre vous s’en doutent peut-être déjà mais mon enthousiasme pour le véganisme est assez tiède. Il faut dire que, bien que né dans la banlieue parisienne et y ayant passé mes jeunes années, je n’ai jamais perdu le contact avec la vie campagnarde et que depuis plus de vingt-cinq ans, je vis dans un environnent rural. Voir tuer un animal, que ce soit une poule, un lapin, un agneau ou un cochon ne m’a jamais choqué et encore moins traumatisé. A Sartrouville, mes parents, dans le jardin de leur pavillon, élevaient poules et lapins. Il fallait bien en passer par là pour les retrouver dans nos assiettes. En vacances en Bretagne, je voyais mon oncle charcutier abattre dans son arrière cour (c’était alors permis) les porcs qui alimentaient son commerce. Plus tard, que ce soit en Poitou ou dans le Berry, quand l’occasion se présentait, nous achetions un demi cochon sur pied et nous rendions à la ferme pour assister au rite du cochon.

Si je parle de rite, c’est que j’ai pu constater, au musée de Brive, sur une une série de gravures du XVIIe siècle qu’en trois siècles rien n’avait changé. Gestes et outils étaient les mêmes.

Par un matin d’hiver, les protagonistes de la cérémonie se retrouvent dans la cour de la ferme en toute illégalité, car au contraire des siècles passés, dans les années 70 et 80 du XXe, il était déjà interdit d’abattre une bête ailleurs que dans un abattoir. Dire que cela nous posait problème serait exagéré. Si se trimballer avec une moitié de cochon partiellement transformé en charcuteries dans sa voiture était une infraction, on ne peut pas dire que la peur du gendarme nous tétanisait. D’autant moins que la maréchaussée étant alors généralement d’origine rurale, cette pratique n’était pas toujours étrangère à ses membres.

Le tueur ou saigneur de cochon arrivé, le rite peut commencer. La première étape consiste à sortir le porc de sa bauge, ce qui ne va pas de soi. Allez savoir pourquoi, l’intrusion du saigneur et de ses aides dans son logis semble inquiéter l’animal qui se débat et pousse des cris aigus. Des corde nouées à ses pattes et à son cou permettent de l’en extraire. On lui entrave ensuite les pieds puis, d’un maître coup de gros maillet sur la tête, on l’assomme. Ce coup n’est aucunement mortel. Il faut que son cœur batte pour qu’il soit bien saigné. L’officiant lui tranche alors la gorge et son sang est recueilli dans une grande poêle et on le bat pour éviter qu’il ne coagule avant d’être transformé en boudin.

Vient ensuite le brûlage des soies. Le cadavre du porc est placé sur un lit de paille auquel on met le feu. Opération délicate car un feu trop vif endommagerait la couenne. Les flammes éteintes, à l’aide d’une boîte de pilchards percée par de trous, on gratte la couenne après quoi on passe aux choses sérieuses. Le suidé est placé sur une échelle où on l’attache par ses pieds arrières. L’échelle est placée contre un mur pieds en haut et tête en bas, le saigneur lui ouvre le ventre et en extrait viscères et boyaux. Ces derniers seront retournés, grattés et nettoyés afin des participer à la confection du boudin, des saucisses et autres andouillettes. L’eau pour cuire le boudin est en train de chauffer car celui-ci ne saurait attendre. La confection de saucisses, pâtés et rillettes peut être remise au lendemain.

La bête est ensuite débitée et sa viande mise dans des jarres emplies de sel ou plus modernement congelée ou encore hachée pour préparer la charcuterie. La graisse sera fondue pour en faire du saindoux.

Si cette chronique d’une mort annoncée vous a choqués, j’en suis désolé mais n’en éprouve aucun remord. En effet, cette pratique multi-centenaire, faisait partie de notre culture, cette culture qui tend à totalement disparaître. Je doute que même en campagne on trouve encore beaucoup de saigneurs. La tyrannie hygiéniste a dû avoir raison de leur activité. Tout doit être aseptisé. Une niaise sensiblerie mène à l’anti-spécisme qui place l’animal à égalité avec l’humain. Plus qu’un progrès le véganisme me semble une dégénérescence découlant d’une rupture entre l’homme, la nature et sa culture. Le chemin vers le monde « apaisé » et mignon qu’il prône, comme celui de l’enfer est apparemment pavé de bonnes intentions mais où mène-t-il vraiment ?

Quand on s’indigne autant, voire davantage, de la mise à mort d’animaux (qui ne sont nés et élevés que pour ça) que de l’égorgement d’humains par des fanatiques, je crains qu’on se prépare mal à affronter les menaces qui se profilent...

lundi 19 avril 2021

Coup de tête

 


L’autre soir, j’ai, pour la énième fois et toujours avec le même plaisir, regardé ce merveilleux film qu’est Coup de tête, avec le formidable Patrick Dewaere. Si j’étais du genre à établir des hit parades, ce film y occuperait sans doute la première place. Il tient dans mon histoire familiale une place spéciale : pour moi, pour ma défunte ex-épouse, pour ma fille, « Allez Trincamp ! » a été et reste une sorte de cri de guerre ou plutôt d’encouragement. Quand un problème se pose, quand le moral connaît un petit ou grand coup de mou, ce sont ces deux mots magiques (parfois accompagnés de «  But ! But ! But !» qui viennent soutenir notre courage. Bien qu’aucunement intéressés par le foot, l’utilisation de cette formule dérisoire a pour but d’amoindrir la gravité d’obstacles que ferveur et courage ne peuvent que surmonter.

Je ne vois pas l’intérêt que j’aurais d’expliquer les raisons de mon inconditionnelle admiration pour ce film de Jean-Jacques Annaud. Tout y est au top : scénario, personnages, acteurs. Toutefois, le film terminé, je me suis pris à réfléchir sur ce qui pouvait le rattacher aux autres du « triumfilmat » que je place au-dessus de tout, à savoir La Fiancée du Pirate et Coup de torchon. La réponse est claire : bien que situés dans des contextes très différents, ces films montrent, au sein de microcosmes, des personnages qui, pour une raison ou pour une autre, s’y trouvent marginalisés. Marie, vit dans une misérable cabane à l’écart du village, les minables « notables » du pays l’exploitent elle et sa mère éhontément, lui imposent un droit de cuissage. François Perrin, injustement viré de l’équipe de foot, ayant perdu son emploi, se voit accusé d’un viol qu’il n’a pas commis, on l’emprisonne avant d’aller le rechercher pour qu’il joue suite à un accident du car des joueurs. Lucien Cordier, flic d’une bourgade d’Afrique « colonisée » est en butte au mépris et aux humiliations de tous. Chacun à sa manière va se venger…

N’étant pas de tempérament vengeur, ce qui me plaît dans ces trois films, c’est la manière dont, à partir d’un microcosme où les traits des personnages sont parfois forcés jusqu’à la caricature, leurs auteurs dépeignent des archétypes de la comédie humaine. On n’y est loin du Comte de Monte-Chisto ! Question de ton. Les persécuteurs n’y sont que de pathétiques guignols. Aussi risibles que mauvais. Leurs victimes, quoi qu’ils fassent, y restent de brave gens. La comédie, quoi qu’il arrive, n’y cède jamais le pas au drame.

La vision du monde qui en ressort n’est guère flatteuse pour ce dernier. Il n’empêche que je la partage. Avec le temps, j’ai progressivement perdu tout réel intérêt pour une comédie humaine généralement jouée par de bien piètres acteurs. Je continue, avec de plus en plus de recul, d’en observer le spectacle sans trop d’émoi. Les bisounours, les ravis de la crèche, les indignés de tout bord, les âmes auto-proclamées « généreuses », les hypocrites sincères, les salauds de toute obédience, je les regarde avec un amusement teinté de dégoût. S’il m’arrive de temps à autre je leur donne un coup de griffe, c’est histoire de détendre mes opinions en toute gentillesse. Je ne saurais leur faire de mal vu que leur certitude d’être du bon côté des choses les rend invulnérables.

Puisque vous avez été sages je vous offre un super bonus :


PS : Puisqu’on en est à parler cinéma, hier soir, j’ai regardé Bonnie and Clyde. C’était pas mal. Comme quoi, il arrive de temps en temps que les Américains fassent des films acceptables. Ou du moins que, dans le passé, ils en étaient capables.


vendredi 9 avril 2021

La pseudo-intelligence des vrais cons

 

Exemple d'agriculture intensive parisienne

On se demande, quand on n’a vraiment rien d’autre à foutre, qui a commencé : l’œuf ou la poule ? Quoi qu’il en soit, l’œuf donne des poules et les poules donnent des œufs. La question du rapport entre le bobo-écolo, ou néo-connard pour employer un terme scientifique, et la grande ville est plus simple à traiter. En effet, si la grande ville est un véritable nid à bobos-écolos ce ne sont pas les bobos-écolos qui sont à l’origine des villes. J’en conclus donc que c’est la grand ville qui génère le bobo-écolo comme un organisme génère son cancer.

Contre toute logique, l’écolo-bobo se développe donc dans les milieux apparemment les plus hostiles à ses convictions affichées. Ses efforts pour pallier les inconvénients environnementaux de la ville ont un côté dérisoire quand ils ne sont pas carrément risibles. On vous parle de végétalisation des façades, de Potagers Urbains Collectifs, de forêts urbaines, et autres ersatz de « nature ». Mme Audrey Pulvar est adjointe au maire de Paris en charge entre autres fariboles de l’agriculture !

Si je parle de « convictions affichées » c’est que je ne suis pas vraiment convaincu de leur sincérité. J’ai plutôt l’impression qu’il ne s’agit pour nos bobo-écolos que d’afficher des opinions supposées correctes, histoire de se donner bonne conscience. Quand on est « amoureux » de ce qu’on appelle « la nature » et qui en fait n’a rien de naturel comme je me tue à le répéter, on ne vit pas en ville. Le bon Paul Guth, parlant des célibataires, les déclarait être ceux qui connaissaient le mieux les femmes et les enfants. Il en donnait pour preuve le fait qu’ils n’en avaient pas. L’écolo-bobo s’apparente en partie à ces célibataires en ce qu’il évite la nature comme eux femmes et enfants mais en diffère quand il professe un amour inconditionnel pour une nature idéalisée dont il se tient prudemment éloigné.

En fait, ces braves gens sont d’incurables citadins dont les convictions écologistes ne me paraissent, comme leurs idées politiques « progressistes », n’être qu’une partie du prêt-à-porter idéologique BCBG qui revêt leur vacuité intellectuelle. On ne peut pas leur en vouloir : pourquoi s’ennuierait-on à se construire une grille d’analyse personnelle quand on en trouve de toutes faites à pas cher dans tous les media mainstream ? Sans compter qu’adhérer à la pensée correcte vous permet de vous considérer comme intellectuellement et moralement supérieur aux ignares bas-du-front qui ne la partagent pas. Ces vrais moutons et faux rebelles oublient un détail : les dits bas du front ont, eux aussi été soumis à l’endoctrinement idéologique ambiant. Ne serait-il pas possible d’envisager que réflexions, lectures et expériences les en aient éloignés ? Que la fidélité à ses idées de jeunesse est peut-être moins un titre de gloire qu’un symptôme de paresse et/ou de sclérose intellectuelle ?

Se poser de telles questions reviendrait à mettre en cause le doux cocon idéologique qui, en l’éloignant de la réalité, lui offre cet enviable confort dans lequel se complaît tout décérébré qui se respecte.


mardi 6 avril 2021

C’est au pied du mur qu’on verra le maçon…

 

En l’an soixante-et-onzième de mon âge, que toutes mes hontes j’eus bues, ne du tout fol ne du tout sage, il m’arrive de penser à la mort en général et à la mienne en particulier. Ça ne date d’ailleurs pas d’hier. Certains cherchent à donner un sens à leur vie. Comme s’il n’était pas évident que la vie a un sens, qu’il est unique et mène en un temps indéterminé de la conception à la mort. Entre temps, on s’occupe comme on peut, on se construit. Il arrive hélas que sur la fin on se déconstruise. C’est compliqué, d’être humain. C’est très larvaire les premières années. Ensuite, que ce soit physiquement, intellectuellement ou moralement, on évolue. Vers un mieux, vers un pire ? Ça dépend et ça se discute.

Certains vouent leur vie à exceller dans un domaine de leur choix. Pourquoi pas ? Il s’agit là, comme disait ce bon Blaise, d’un divertissement généralement innocent. D’autres n’ont que la modeste ambition de survivre, ce qui se défend tant que ça ne devient pas une manie dictée par la crainte irrationnelle du trépas. La longévité, à mesure que la foi religieuse s’estompe, devient pour beaucoup une sorte de palliatif à leur mise en doute d’une vie éternelle.

En fait, je ne suis tenté ni par l’éternité ni par une vieillesse interminable. Je ne suis ni impatient de mourir ni enclin à m’accrocher à la vie à tout prix. A mon pneumologue qui m’agita sous le nez la perspective, probablement séduisante à ses yeux, de pouvoir vivre 120 ans en renonçant au tabac et à l’alcool, je répondis : « Pour quoi faire ? » Quant à la vie éternelle, elle me paraît aussi adaptée à cet être limité qu’est l’humain que peuvent l’être des bretelles à un lapin. Surtout si on y ajoute la conception anthropomorphique à mes yeux puérile et simpliste d’une vie terrestre qui ne serait qu’une sorte de stage destiné à évaluer nos mérites et partant à conditionner une éternité de félicité ou d’atroces souffrances. Comme si la réussite à un test pouvait assurer une vie entière de rêve et son échec une vie de merde.

Ces portes ouvertes étant dûment enfoncées, il se trouve qu’en ce moment on débat au parlement de la « mort dans la dignité ». Délicate question. Comment définir une telle notion ? Certains verront l’inéluctable déchéance physique qu’entraîne le grand âge comme une perte de dignité. D’autres considéreront que seule l’extrême souffrance alliée à l’incurabilité la font perdre. Les partisans de la belle mort, ou euthanasie, sont en faveur du suicide assisté que le désir de mort soit dû à une souffrance physique ou psychique.

Je suis opposé à l’acharnement thérapeutique. J’eus un jour, alors que mon épouse était hospitalisée, une conversation intéressante avec un anesthésiste, rencontré à son chevet et qui ne devait pas être trop bousculé. Je lui signifiai mon acceptation d’une mort inéluctable comme mon refus des inutiles souffrances qu’une sédation pouvait éviter. Il me surprit en me racontant que la sédation était bien tentante mais qu’ayant eu l’expérience de voir un sien confrère en bénéficier c’était loin de constituer la panacée que j’imaginais. Son malheureux ami avait en effet vu ses douleurs disparaître mais, resté conscient, il avait pu assister à la destruction progressive de ses organes par les métastases, durant une longue agonie indolore mais horriblement anxiogène.

Je suis tranquillement installé devant mon écran et je peux donc écrire sereinement que je suis en faveur du suicide médicalement assisté, lequel évite des traitements aussi coûteux qu’inutiles ainsi que des douleurs parfois dues en grande partie aux effets secondaires de ces traitements. Qu’en serait-il si je me trouvais au pied du mur ? Je n’en sais rien car la douleur comme la dégénérescence peuvent occulter toute conscience. Sans compter qu’existe en tout être vivant un fort instinct de survie. Il me semble cependant que refuser une loi qui en offrirait la possibilité à qui le réclamerait est manquer d’humanité. N’achève-t-on pas, par compassion les chevaux, les chats et les chiens inguérissables que pourtant l'on aime?

samedi 27 mars 2021

Les végétarismes

 

Cette affiche, aperçue  il y a quelques années sur les routes du Lot-et-Garonne
m'a bien fait rire mais je vous déconseille de mettre ce conseil en pratique

Dans la série les NHC (Nouveaux Humains de Compagnie), nous allons aujourd’hui traiter des différents types de végétarisme et des avantages et inconvénients que chacun présente afin que vous puissiez choisir celui de votre compagnon à deux pattes en toute connaissance de cause.

Le végétarisme est très tendance, surtout auprès de ceux qui veulent à tout prix sauver une planète supposée en danger de disparition. L’idée est généreuse, surtout si on réalise qu’en cas de disparition pure et simple de la Terre, cela aurait de très fâcheuses conséquences pour la Lune qui n’aurait plus rien autour de quoi se satelliser.

Comme dit souvent ma coiffeuse, « On gagne toujours à fréquenter des âmes généreuses ». Plus qu’à son pourboire, je pense que, ce disant, elle pensait à l’élévation spirituelle que les côtoyer apporte aux êtres en quête d’absolu. Fréquenter des adeptes du végétarisme ne peut donc que vous apporter un bénéfice moral.

Nous examinerons donc les dix tendances recensées du végétarisme en allant de la plus stricte à la moins sévère.

Les végans en constituent la branche la plus extrême. Non seulement ils se refusent à tout aliment d’origine animale mais répugnent à se vêtir ou se servir de tissus ou d’objets de la même provenance. Je suppose que, logiquement, ils refusent tout produit issu de la pétrochimie vu que le pétrole résulte généralement de la décomposition de planctons. De même, ils doivent s’interdire de demeurer ou de pénétrer dans tout bâtiment en calcaire, roche dont l’origine largement animale est connue de tous. Cela crée bien des contraintes mais dans la vie il faut savoir ce que l’on veut. Le bon côté des végans les plus enragés c’est qu’ils sont distrayants. Écouter discourir M. Aymeric Caron est pour moi une source inépuisable d’hilarité. Avec certains éléments radicaux, on peut s’adonner à des activités originales comme les attaques de boucheries ou la réalisation clandestine de films dans les abattoirs.

Un cran en dessous on trouve les végétaliens qui ne mangent que des légumes, des fruits, des céréales, des noix, des légumes et des graines mais à qui leur laxisme permet de porter des vêtements et chaussures de cuir et des foulards ou cravates de soie.

L’ovo-végétarisme permet, comme son nom l’indique, en plus de végétaux, de consommer des œufs. Si votre spécialité culinaire est l’omelette aux cèpes, vous pouvez la partager avec eux.

S’il bannit les œufs, le lacto-végétarisme, autorise les produits laitiers. On peut donc avec ses adeptes deviser gaîment entre la poire et le fromage.

L’ovo-lacto-végétalisme permet de se repaître en plus de végétaux d’œufs et de produits laitiers.

Plus laxiste encore, le pesco-végétarisme autorise en plus des œufs et des produits laitiers la consommation des poissons, des crustacés et des fruits de mer. Outre le fait que ce régime réduit le risque de carences alimentaires, il vous permet de partager leur repas avec ses adeptes sans trop vous emmerder.

Le pollo-végétarisme se rapproche du précédent mais remplace le poisson par la volaille comme il arrive à certains commentateurs des recettes du site Marmiton de le suggérer.

Le crudivorisme consiste à ne manger que des aliments crus. Il peut constituer une variante anti-cuisson du végétalisme mais certains crudivores ne répugnent pas à se goinfrer de viandes, poissons, fruits de mer, produits laitiers et œufs. On peut donc partager en leur compagnie un steak tartare ou divers carpaccios accompagnés d’une petite salade verte. C’est déjà ça…

Le semi-végétarisme, lui, me paraît une curieuse école. Vu qu’il permet de manger viandes, poissons, produits lactés et œufs. On ne saisit donc pas bien la différence entre ses pratiquants et les omnivores. Peut-être qu’ils reprennent systématiquement une deuxième portion de légumes ?

Pour finir parlons du flexitarisme. Le flexitarien sans aller jusqu’au végétarisme s’efforce de réduire, autant que lui permet son côté velléitaire, sa consommation d’aliments carnés. Est-ce que celui qui ne craignait pas d’ingurgiter une côte de bœuf à lui seul devient flexitarien quand il se contente d’une entrecôte de 300 g ?

Voilà, vous savez tout. Faites votre choix ! N’importe comment, vous n’avez rien à craindre car le végétarisme n’est pas contagieux : j’en suis la preuve vivante ayant partagé 3 ans durant la vie d’une végétalienne, cela n’a rien changé à mes habitudes alimentaires ni réfréné mon goût prononcé pour la barbaque.


mercredi 24 mars 2021

Indépendance charcutière

S’il est une chose dont un homme ou une femme puissent s’enorgueillir, c’est bien, à force d’efforts et de ténacité, d’être parvenu à s’émanciper de l’odieuse tutelle qu’exercent sur eux ces filous de charcutiers, leur vendant à prix d’or des produits souvent frelatés. En effet, comment connaître la proportion exacte de viande de pangolin, de chat ou de chauve-souris que contiennent leurs terrines, rillettes et autres préparations  ?

J’ai accompli en partie cet exploit mais je dois dire que ce ne fut pas sans mal. La première étape de mon activité charcutière fut de m’attaquer à la confection de pâtés de campagne. Je la relatai dans un article prônant cette activité comme remède à l’angoisse covidienne qui saisissait la France en ce triste mois de novembre 2020. J’en donnai alors la recette mais ce que j’omis de dire ce sont les affres par lesquels je passai en hachant les viandes. Mon vieux hachoir, s’il remplissait sa mission sans problèmes quand il s’agissait de préparer le bœuf bouilli  d’un hachis parmentier se montra bien moins performant face à de la viande crue. Je tentai de pallier ses bourrages en achetant de nouvelles grilles aux trous d’un diamètre supérieur mais en vain. Le désespoir commençait à me gagner quand, en dernier ressort, je décidai de changer la lame. Miracle : le problème était résolu ! Depuis, les fournées de pâté se sont succédé pour mon plus grand régal.

Ensuite, je m’attaquai à la préparation de rillons, charcuterie que j’avais découverte en Touraine mais à laquelle je n’avais plus goûté depuis trente ans. La nostalgie me poussa à rechercher des recettes sur le Net et j’en trouvai une à la fois simple et rapide. A la différence de celle que j’appliquais en Touraine et dans le Berry la cuisson n’impliquait pas que les morceaux de poitrine de porc cuisissent longuement dans le saindoux mais seulement 40 minutes dans une cocotte-minute. J’avoue qu’un certain doute me saisit quant au résultat mais ma nature aventureuse me le fit surmonter et j’obtins un mets délicieux. Depuis, coupés en morceaux, ces rillons font les délices de mes apéros. Comme le pâté, ils se conservent au congélateur et y gardent toute leur saveur. 

Mes rillons maison

Encouragé par ce succès, je décidai de m’attaquer aux rillettes. L’échec fut cuisant. J’expérimentai une première recette où, après avoir cuit à feu doux six heures durant dans le saindoux jambon et poitrine étaient censés se transformer en rillettes en les écrasant à la fourchette. Le résultat fut déplorable car je me trouvai au bout du compte avec des viandes trop frites et si dures que la plus obstinée des fourchettes n’aurait su les écraser. La raison en était que même après avoir été réglé au plus bas le plus petit des feux de ma plaque produisait trop de chaleur. J’étais sur le point de jeter l’éponge quand je réalisai que mon four, lui, pouvait cuire à basse température. Seulement, pouvait-on cuisiner des rillettes au four ? Une rapide recherche m’apprit que c’était le cas. J’y trouvai la recette du regretté Jean Carmet. Je la mis en œuvre et après 10 heures de cuisson à 120 degrés (en sortant ma cocotte toutes les heures pour en remuer le contenu et en éliminer progressivement os et couennes), j’obtins, après écrasement des chairs à la fourchette, ces deux terrines de délicieuses rillettes :




Sera-ce là la fin de mes aventures charcutières ? Je l’ignore. Mais il m’arrive de caresser, entre autres, des projets de saucisses, de pâtés en croûte, de saucissons secs, de magrets de canard séchés et de bien d’autres gourmandises. L’avenir me dira si à terme je pourrai passer devant les étals de charcuterie sans le moindre regard d’envie, fier de ma totale indépendance charcutière.


mercredi 17 mars 2021

Ça ne date pas d'hier...

 

Les Chamards : un lieu de rêve !

Cet article, ramenant à ma mémoire une expérience ancienne, m’a été inspiré par le dernier billet de l’excellent Nouratin qui évoquait les angoisses d’un « petit blanc » face à la détérioration des conditions de vie dans sa résidence HLM au début des années soixante-dix. Je tiens à rendre hommage à l’auteur de ce texte émouvant.

En septembre 1972 , de retour du Sénégal où j’avais 18 mois durant effectué mon Service National dans la coopération, j’eus l’honneur et l’avantage d’être nommé instituteur en classe de 3e Terminale Pratique au collège Pierre et Marie Curie de Dreux. Ce collège se trouvait dans le quartier des Chamards qui connut quelques années plus tard sinon son heure de gloire du moins la célébrité nationale en tant que quartier à problèmes au point que sa réputation lui valut par la suite d’être débaptisé . Au début des années1960, on y construisit une première tranche de 400 logements d’un certain standing pour y loger employés et cadres moyens…

En cet automne 1972, les choses avaient déjà commencé à changer. Je n’habitais pas les tours, m’étant vu offrir un petit logement au sein même du collège mais certains de mes collègues y logeaient. La répartition des logements y était organisée d’une main de fer par un homme dont les sympathies envers les « nouveaux venus » étaient plus que tièdes : les immigrés dans les petites tours, les Français dans les grandes. « Pour vivre heureux, vivons séparés », telle était sa devise. Moyennant quoi, la vie y était encore assez paisible. Il y avait même, en bas des grandes tours de petits commerces.

Qui étaient ces immigrés ? En plus des Portugais on y trouvait une large majorité de Marocains qu’on était allé chercher dans leur pays afin d’approvisionner en main d’œuvre bon marché les usines automobiles et électroniques locales ou plus ou moins proches. N’oublions pas qu’alors le plein emploi faisait rage. Bien que le regroupement familial n’ait pas encore été promulgué, les petites tours abritaient des familles. Ça se ressentait dans les effectifs scolaires.

La classe qui m’était confiée était disparate, n’ayant pour commun dénominateur que l’échec scolaire. Les Marocains y constituaient le groupe le plus important. Souvent débarqués du bled de fraîche date en ignorant tout du français, il n’y avait là rien d’étonnant. Venaient s’ajouter à eux deux portugais, un fils de harki (méprisé des autres pour son ignorance de l’arabe et sa traîtrise héritée), et quelques français dont un Juif à qui les musulmans n’oubliaient pas de rappeler sa religion.

Dire qu’encadrer ma petite équipe était une sinécure serait exagéré. J’y jouissais d’une liberté quasi-totale, vu que les programmes pour ce genre de classes-dépotoirs, totalement hétérogènes étaient pour le moins flous. Partisan que j’étais des techniques Freinet, j’organisai la classe sur le modèle coopératif, nous avions un journal qui regroupait textes libres et rubriques diverses que les élèves vendaient pour alimenter les fonds de la coopérative et nous permettaient d’acheter des fournitures pour les travaux manuels, chacun définissait son programme. La grande majorité des élèves, en dehors de leur retard scolaire, ne posaient aucun problème. Toutefois il arrivait que se produisent des incidents.

Un beau jour, suite à un échange en arabe, une Marocaine, élève d’ordinaire calme et docile , fut prise d’une rage folle envers un de ses compatriotes. S’emparant du compas de tableau, instrument en bois d’une bonne trentaine de centimètre et muni d’une pointe métallique, elle le projeta vers ce dernier, avant de commencer à lui lancer tout ce qui lui tombait sous la main. Pour mettre fin à ce déluge de projectiles je dus m’emparer d’une table et la plaquer contre un mur jusqu’à ce que sa rage se transforme en pleurs puis qu’elle se calme. Je ne réussis jamais à savoir ce qui avait pu engendré cette violence.

Parmi mes ouailles, il s’en trouvait un dont le comportement violent et l’indiscipline perturbaient souvent l’ambiance. Il provoquait des bagarres que je parvenais à calmer par des interventions musclées. Il avait un père que son comportement général inquiétait. Comme bien des immigrés de l’époque, il n’avait pas quitté son pays pour la France afin que ses enfants y devinssent des voyous. Aussi venait-il régulièrement s’enquérir de la conduite de son fils. Le problème était que ce père avait une conception de la discipline un peu, disons, archaïque : il était arrivé que pour punir son fils de son inconduite, il le batte jusqu’à ce qu’il reste sur le carreau. L’ayant appris, j’hésitais à signaler ses incartades au père.

Un autre cas était celui d’un autre élève marocain qui lui était à la limite de l’incontrôlable. Seul le fait qu’il me craignait (j’étais alors jeune et vigoureux) l’empêchait de sortir de la classe pour aller semer le trouble dans l’établissement. Il réussissait parfois à tromper ma vigilance et alors s’amusait, entre autres facéties à jeter les seaux d’eau des femmes de ménage dans les escaliers ou à perturber les cours d’autres classes. Un jour que nous revenions avec des collègues de prendre un café en ville après le déjeuner, il s’amusa à nous foncer dessus au guidon d’un cyclomoteur probablement « emprunté ». Notre chauffeur dut faire un écart pour éviter qu’il ne nous percute. Quelques années plus tard, j’appris qu’il se trouvait en prison pour avoir assommé à coup de poings avant de lui voler son portefeuille un automobiliste naïf qui lui avait demandé son chemin et auquel ce brave garçon avait proposé de l’accompagner jusqu’à bon port.

Le temps a passé. Le quartier s’est vite détérioré, j’ai pu le constater en rendant visite à des amis  : les commerces ont peu à peu fermé, les français qui le pouvaient sont progressivement partis, le chômage et la délinquance se sont développés, les étrangers sont devenus français… Quarante ans plus tard un vaste et coûteux plan de réhabilitation fut mis en œuvre on changea le nom du quartier*. Les problèmes ont-ils pour autant été résolus ? Je n’en sais rien mais c’est que je sais, c’est qu’il y a cinquante ans de cela leurs germes étaient déjà présents.

Certains de mes élèves surnommaient, avec fierté, leur quartier « Chicago », signe qu’ils se considéraient dans un lieu à part où la loi n’était déjà plus la règle. La ghettoïsation rendit plus difficile voire impossible l’assimilation dont certains de leurs parents rêvaient et les maintint, eux et leurs descendants dans un « gloubi-boulga » culturel : pas mieux adaptés à la société où ils vivaient qu’à celle d’où ils venaient. Leur faible niveau d’éducation ne leur permettait de prétendre qu’à des emplois sous-qualifiés. Or, en 1973, la première crise pétrolière vint mettre fin aux « Trente glorieuses » et, partant, au plein emploi. Cerise sur le gâteau, le gouvernement Chirac par décret du 29 avril 1976 vint autoriser, sous conditions, le regroupement familial. Alors que le chômage s’amplifiait, le gouvernement Barre par décret du 10 novembre 1977 en suspendit l’application mais ce dernier fut annulé par le Conseil d’État en décembre de la même année. Depuis quarante-cinq ans, la porte est donc ouverte…

Alors que les difficultés d’assimilation étaient perceptibles au début des années soixante-dix, plutôt que de tenter de les résoudre alors qu’il en était peut-être encore temps, on a préféré ouvrir les vannes à une immigration de population. Nous en voyons en maints endroits les déplorables conséquences et ce n’est probablement qu’un début.

*Ce long article d’un blog de Mediapart vous en dira plus


Des nouvelles de l'ordinateur fou !

 Il a rechuté ! Voici les nouvelles estimations de ma consommation qui apparaissent ce matin  sur le site d'EDF : 

Ce site est censé aider le  consommateur à surveiller sa consommation afin, on le suppose, de la réduire celle-ci. Comment serait-ce possible si on y trouve n'importe quoi ? 

Les consommations raisonnables de février et mars ne font que souligner l'absurdité du reste.

lundi 15 mars 2021

Ils sont farceurs chez EDF !


Pour moi, le 18 décembre 2020 fut un jour à marquer d’une pierre blanche. Ceci à cause d’un compteur vert-jaune dénommé Linky. Comme Jack Lang le 10 mai 1981, je pensais « avoir franchi la frontière qui sépare la nuit de la lumière ». Adieu les factures estimées ! Adieu les visites du releveur de compteurs qui semblait prendre un malin plaisir à ne venir qu’en mon absence ! J’entrais enfin dans la modernité, et par la grande porte ! J’allais pouvoir changer mon contrat heures pleines/heures creuses dont je n’avais aucun besoin sans la coûteuse intervention d’un technicien !


Le 20 janvier, après une très longue période d’attente durant laquelle une suave voix féminine m’annonçait qu’on allait s’occuper de moi tout de suite, je finis par avoir le technicien qui sait et lui exprimai mon désir de changer de formule. Il m’assura que ce serait fait incessamment sous peu et je raccrochai, avec aux lèvres le sourire de l’homme dont l’âme est soulagée d’un grand poids. De temps en temps, je me rendais sur le site d’EDF pour voir si ma modification avait été enregistrée. Il n’en était rien.


Le vingt-six février au matin, je reçus l’appel d’un technicien qui m’annonça être en train de mettre la dernière main aux modifications que j’avais requises. Comme le bon vieux que chanta Brassens dans Le nombril des femmes d’agents et bien que la cause de ma félicité fût différente, je m’écriai in petto « Alléluia, de mes tourments voici la trêve, grâces soient rendues au Bon Dieu, je vais réaliser mon rêve » ! Je me rendis une fois de plus sur le site d’EDF, vis que rien n’y avait changé sauf un détail au niveau de mes estimations de consommation.



Pour une raison inconnue, depuis le mois d’octobre on m’attribuait une consommation pour le moins surprenante : des trente et quelques euros mensuels, ma consommation était passée à une estimation dix fois plus élevée avant de culminer en décembre à 519 €, de se stabiliser en Janvier avant de plonger à un modeste montant de 240 € à deux jours de la fin février. Je sais bien qu’en hiver on consomme plus qu’aux autres saisons à cause de l’éclairage mais quand même !


Je pris mon plus beau téléphone pour expliquer mon trouble à Qui-de-droit. N’étant pas du genre qu’un rien affole, je lui signalai, sur un ton guilleret, l’anomalie. Le M. Qui-de-droit en question n’était pas des plus brillants. Il commença par contester ma possession d’un Linky. Je lui répliquai que le fait qu’un gentil technicien était venu échanger mon antique compteur noir contre un nouveau et pimpant compteur vert-jaune sur lequel on pouvait lire « Linky » inscrit en creux dans son plastique constituait pour moi un faisceau d’indices m’amenant à conclure qu’il se trompait. Après quelques recherches, il admit que j’avais raison.


Il me demanda donc de lui indiquer les indices heures pleines et heures creuses que mon Linky affichait. Malheureusement, ce dernier ayant été mis à jour, il n’indiquait plus qu’un chiffre en KW de base. Toutefois, vu qu’un relevé avait été fait le 18 décembre lors du changement de compteur, je lui en indiquais les chiffres qui lui permirent après calcul de constater que les chiffres estimés, d’octobre, novembre et de décembre étaient totalement aberrants. Il les justifia en les attribuant à l’ordinateur. Je lui fis part de mes craintes que ledit ordinateur ne s’adonne sans modération à la consommation d’alcools forts et/ou de substances. Il reconnut que des erreurs pouvaient se produire mais que tout cela était ensuite contrôlé et que je ne risquais aucunement de recevoir une facture de plusieurs milliers d’Euros. Nous nous quittâmes bons amis après avoir bien ri.


Il me fallut attendre encore plus d’une semaine pour qu’au lieu des estimations aberrantes en apparaissent de plus raisonnables. Que ce soit la conséquence de mon intervention ou d’un retour à la sobriété de l’ordinateur, toujours est-il que l’estimation de ma facture se trouvait divisée par dix :



Cet épisode est certes, pour qui a le sens de l’humour et surveille ses comptes, plutôt réjouissant. Cependant, il peut être inquiétant car au cas où un abonné n’aurait pas ma vigilance, serait absent lors du relevé et n’aurait pu transmettre un relevé à temps, celui-ci recevrait une facture fantaisiste et se verrait prélever des sommes faramineuses qu’il risquerait de ne pas avoir sur son compte avec toutes les conséquences fâcheuses que cela pourrait entraîner. Il paraît que ça arrive...

vendredi 12 mars 2021

Adoptez un islamophobe !

Étant actuellement souffrant, je vous prie d'excuser les fautes ou coquilles que ma fatigue aurait pu laisser passer.

Plus je connais les animaux, plus j’aime les humains. Robert Tugdual Le Squirniec, Philosophe Breton, in Être Breton et philosophe n’est qu’apparemment paradoxal.

Il arrive parfois que, lassé de la compagnie d’un animal à pattes, nageoires ou ailes, à poil, à plumes ou à écailles et des nombreux inconvénients qu’ils présentent on se tourne vers cette espèce plus proche de soi que l’on appelle l’humain. Seulement, vue sa grande diversité, il est parfois difficile de déterminer de quel type d’humain on aimerait se rapprocher. C’est pourquoi, afin d’éclairer votre lanterne, j’ai décidé de vous en décrire quelques-uns et de vous en indiquer les éventuels inconvénients et avantages. Vous serez ainsi, je l’espère mieux à même de choisir celui ou celle qui sera votre pote, avec qui vous boirez des canon, repeindrez la cuisine et irez taquiner le goujon (Toutes choses dont on est souvent privé en cas d’absence de beau-frère) . Il est important de le souligner d’emblée, l’humain, quel qu’il soit, présente un avantage indéniable sur l’animal  : comme le montrèrent clairement Messieurs Montaigne et La Boétie, vous pouvez profiter de sa compagnie sans pour autant vous voir contraint de l’installer chez vous, de le nourrir et de payer ses frais de santé, d’habillement, de toilettage et autres produits de beauté.

Nous commencerons par définir ce qu’est au juste un islamophobe et à quoi on le reconnaît. L’islamophobie est une maladie qui, comme toutes les autres phobies, consiste en « une peur démesurée et dépendant d’un ressenti plutôt que de causes rationnelles, d’un objet ou d’une situation précise. L’objet ou la situation qui déclenche la phobie est nommé « phobogène » ». C’est ce qu’en dit M. Wikipédia et pourquoi ne lui ferait-on pas confiance ? Le phobogène qui plonge l’islamophobe dans des abîmes de terreur est tout ce qui de près ou de loin rappelle l’Islam. C’est totalement incompréhensible pour vous et moi qui savons que cette religion n’est qu’amour, douceur, bonté et paix, mais c’est comme ça. Encore plus bizarrement, à la différence de l’arachnophobe, du claustrophobe ou de l’agoraphobe, cet être fragile est parfois mis au ban de la société. C’est pourquoi, lui témoigner votre amitié fera de vous ce rayon de soleil qui illuminera sa vie et il se montrera envers vous d’une fidélité constante. Votre absence de préjugé sera donc largement récompensée.

En dehors de tout indice de présence musulmane réelle ou supposée, l’islamophobe se comporte aussi rationnellement qu’il en est capable. Si donc, pour d’autres raisons, vous vous sentez des affinités avec lui, il sera un ami aussi acceptable que reconnaissant. Afin d’éviter qu’il ne se mette à trembler comme une feuille avant de s’enfuir en courant et n’attire l’attention des éventuels passants par ses cris de terreur, il est prudent de ne pas l’exposer à quoi que ce soit qui puisse provoquer une crise. Je vous en donnerai quelques exemples.

Si vous êtes musulman, inutile d’essayer : au contraire des racistes et autres antisémites que, comme le proclament leurs ennemis, l’on reconnaît à ce qu’ils déclarent selon le cas, avoir des amis arabes, noirs, berrichons ou juifs, il ne pourra que vous éviter. C’est plus fort que lui. Il réagira de même, si par coquetterie, vous vous êtes laissé pousser une barbe par trop fournie et/ou portez une djellaba.

L’Islamophobe, par prudence, ne vit que dans des endroits ignorant largement l’immigration musulmane. Ses crises étant proportionnelles à la densité de musulmans , ou supposés tels, dans son environnement, il est préférable d’éviter en sa compagnie les métropoles où, quoi qu’il en pense, notre enrichissement se fait le plus sentir.

Il est également conseillé de ne pas fréquenter avec lui les boulangeries-pâtisseries où la seule vue d’un croissant, surtout au beurre*, l’irriterait gravement.

Il est toutefois, pour peu qu’il soit amateur d’art et en particulier d’architecture romane ou gothique des lieux où vous pouvez l’emmener en toute quiétude : il est en effet assez rare de rencontrer ses phobogènes dans les musées, abbatiales et autres cathédrales, lieux que leur timidité les pousse à ne pas trop fréquenter.

J’espère que ces quelques conseils vous encourageront à accorder votre amitié à ces malheureux dont la maladie ne saurait raisonnablement engendrer le réflexe d’exclusion qu’ont, à tort, certains partisans de valeurs de la république mal comprises.

*Jeu de mots d'une finesse remarquable ! 

mercredi 10 mars 2021

Pour en finir avec les tartines

 Je m’aperçois que ces derniers temps, suite à la lecture de commentaires et d’articles consacrés à un petit livre de M. Bettini, je me suis lancé dans une série de longues tartines où je faisais le point sur ma manière de concevoir les apports culturels, l’identité nationale et le travail de sape des déconstructeurs. Alors que je rédigeais un article sur la pseudo-générosité des immigrationnistes, d’autres sujets concomitants firent surface qui auraient soit rendu mon article interminable soit constitué la matière de nombre de longs articles en suscitant à leur tour de nouveaux et transformant ce blog qui se veut futile, primesautier, distrayant, foutraque, en un recueil des idées nauséabondes de Tonton Jacquot. Métamorphose d’autant plus vaine que vu que l’on n’est jamais « doctus » que « cum libro », ces idées, on peut les trouver ailleurs. Ce que je pourrais écrire sur les méfaits de l’immigration sur notre pays comme sur ceux des migrants, sur la constitution, subie ou volontaire, de ghettos, sur le mythe des métiers dont les Français sont censés ne pas vouloir, et autres fariboles a déjà été dit ailleurs avec plus de talent.

Si on ajoute à ça le risque de prêcher des convertis ou dans le désert, ce qui d’une certaine manière revient au même, continuer serait s’engager dans une impasse et cela d’autant plus que je crains que l’évolution culturelle des sociétés occidentales ne les mène aussi inéluctablement à la déchéance que le gâtisme individuel mène à l’Ehpad. Alors que la Chine s’est éveillée, que l’Inde et toute l’Asie lui emboîtent le pas, que l’Islam est en ébullition, l’Occident n’en tremble plus que ça, trop occupé qu’il est à d’ineptes bisbilles pour percevoir les menaces réelles.

Le problème, quand , comme moi il arrive que l’on prenne plaisir à écrire, est de trouver d’autres sujets que les folies idéologiques ambiantes. L’actualité, qu’elle concerne la politique, les évolutions sociétales ou les faits divers peut paraître une source infinie de sujets sur lesquels s’enthousiasmer, s’étonner, se scandaliser ou s’indigner. Malheureusement, elle m’intéresse si peu que je ne regarde pas plus les journaux télévisés que je n’écoute la radio ni ne lis les journaux. Il se trouve que je me suis lassé des politiques qui nous expliquent comment ils font, feraient ou envisageraient de faire mieux en ne changeant rien afin de maintenir les déséquilibres fondamentaux. Ce qu’on nous raconte des changements supposés, souhaitables ou profonds de la société ne fait que confirmer mon idée que l’Occident est un asile à ciel ouvert. Quant aux faits divers, même si on tend à y masquer ou minimiser le rôle qu’y joue la « diversité » ils ne font souvent qu’illustrer de manière redondante les conséquences des pertes de repères.

Ayant la chance de m’intéresser à des domaines d’activité variés, je pourrais parler de mes lectures, de mes bricolages, de mon jardinage, de mon cuisinage mais je craindrais à la longue de lasser. Reste à trouver des thèmes qui sortent de la routine par le ton comme par le fond. Les NACS et les pays à ne visiter à aucun prix sont des domaines que j’ai déjà explorés, mais somme toute restreints.

Je pourrais envisager une rubrique culinaire donnant des recettes à éviter, un courrier des lecteurs entièrement bidonné, me faire l’avocat de réformes sociétales plus absurdes que celles en cours, écrire la biographie de personnages hauts en couleurs dont le seul défaut serait de n’avoir pas existé, commenter des fake news, tenir mes lecteurs informés d’une actualité locale totalement fictive, etc.

J’espère qu’une muse foutraque saura m’inspirer et me détourner des sentiers par trop battus et faire qu’ici on se contente de rire, batifoler, plaisanter, ricaner comme il est indiqué en exergue. Que faire d’autre quand on se trouve sur un Titanic que des pilotes fous font foncer vers un iceberg tandis que les embarqués pour partie applaudissent, pour partie disputent du sexe des anges, et que ceux qui réalisent le péril passent pour insensés ?

vendredi 5 mars 2021

Des déconstructeurs

Comme j’ai pu l’exposer dans mes deux articles précédents il est difficile de cerner la notion d’identité française et beaucoup plus simple de dire ce qu’elle n’est pas. Quiconque tend en définir avec précision les composantes s’expose aux critiques fondées des déconstructeurs* auxquels il est facile de montrer que TOUS les Français ne possèdent pas ces caractéristiques et partant que cette identité n’existe pas.

Si on parle de l’existence d’un substrat catholique dans notre pays, il est aisé de dire que des minorités juives y ont toujours (ou presque) résidé. Pour le Professeur Djamel Debbouz, de l’Université de Trappes, l’Islam serait même présent en Europe depuis trois mille ans**. Dans certaines régions, et malgré les guerres de religion et les persécutions subséquentes demeurent des communautés protestantes. A partir de ces constats, les déconstructeurs s’empressent d’en tirer la conclusions que ce substrat catholique n’est pas une composante pertinente de la culture et de l’identité du pays. Curieuse conclusion si l’on considère que le moindre village possède une église et que le nom d’environ 12 % des communes françaises commence par « Saint- » ou « Sainte- ».

La démarche de déconstruction est simple : pour elle, la moindre exception infirme la règle au lieu de la confirmer. Les phénomènes les plus marginaux se trouvent de ce fait hissés à la hauteur des majoritaires et tout est d’égale importance. La méthode a pour but d’exalter le particulier aux dépens du général et de fractionner la société.

Si la méthode est contestable, le but en est limpide : il s’agit de faire passer toute identité nationale pour illusoire afin de laisser la place à un multiculturalisme présenté comme aussi ancien qu’incontestable. Les défenseurs de l’identité sont non seulement d’incorrigibles rêveurs mais de dangereux rétrogrades désireux de nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire car le sentiment d’appartenir à une nation ne peut logiquement que mener au nationalisme et inéluctablement au nazisme. Cette reductio ad hitlerum si ridicule soit-elle, véhiculée par des « élites » auto-proclamées et perpétuées par la cooptation, continue de trouver un certain écho dans l’opinion et même, hélas, un écho certain.

Face à l’enfer identitaire et au repli sur soi le multiculturalisme propose le paradis divers et ouvert du « vivre ensemble » non seulement avec les éléments allogènes déjà présents mais avec tous ceux que l’envie saisirait de venir les rejoindre. Dans ce nouvel Eden, les multiples minorités vivraient en harmonie dans le respect mutuel et l’amour. Ça fait envie !

Sauf que…

Une des conséquence du refus de l’identité et de l’exaltation des minorités s’oppose à l’assimilation de ces dernières vu que, si on suit les déconstructeurs, il n’existe rien à quoi s’assimiler. Tout minoritaire doit donc conserver ses caractéristiques propres que, curieusement, on néglige de lui contester. Parallèlement et paradoxalement, alors les races n’existent pas, ces mêmes progressistes attribuent aux blancs (qui n’existent pas) en général et aux Français en particulier, des caractéristiques peu flatteuses : ils sont tous racistes, colonialistes, esclavagistes, la voilà leur véritable identité ! Ayant martyrisé des siècles durant le reste du monde comment pourrait-on s’attendre à ce que leurs malheureuses victimes qui, « chassées par la misère », viennent s’installer sur leur sol ne leur en veulent pas un tout petit peu ? Suivant l’argument imparable du loup de La Fontaine, on dit au français du XXIe siècle : « si ce n’est toi, c’est donc ton trisaïeul ou bien quelque autre ancêtre ». Tu dois donc expier ses fautes jusqu’à la énième génération.

C’est ainsi que nous voyons fleurir des mouvements de défense des Noirs ou décoloniaux qui tiennent à l’encontre des blancs (notez l’absence d’une majuscule que selon certains ils ne sauraient mériter) des discours de haine que l’observateur distrait pourrait juger à la limite du racisme. On les voit organiser des manifestations où ils défilent bras dessus, bras dessous avec les déconstructeurs. Bref, il devient incertain que l’harmonie rêvée du paradis multiculturaliste soit aussi harmonieuse qu’on essaie de nous la vendre…

En encourageant le ressentiment des immigrés contre le pays qui les accueille plutôt qu’en les incitant à s’assimiler, il me semble qu’on prépare mal le monde merveilleux de demain. On m’opposera que ce ressentiment est le fruit non seulement de l’histoire mais de la mauvaise qualité de l’accueil qui leur est réservé. Le problème est de savoir si nous sommes en mesure d’en offrir un meilleur à ceux que les apprentis-sorciers déconstructeurs sont si impatients, dans leur fausse générosité, d’héberger. J’y reviendrai.

* Par déconstructeurs j'entends tous ceux qui, dotés d'une âme généreuse autant que belle et animés par de nobles idéologies consacrent toute leur énergie à  mettre en cause ce autour de quoi pourraient se rassembler les Français afin de constituer une société plus ou moins homogène.

**Présence d’autant plus méritoire que nous n’en sommes aujourd’hui qu’à l’an 1442 de l’Égire.