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lundi 12 mai 2014

Devoir de mémoire et commémorations



En nos temps de grande repentance, il est fort bien vu que nos gouvernants assistent ou participent à des cérémonies commémoratives, sortes de rites expiatoires où sont rappelés les faits et méfaits (surtout ces derniers) qui font  de notre longue histoire une succession de crimes abominables (car même les événements heureux servent plus à souligner l’ampleur du malheur qui les a précédé que le bien qu’ils ont engendré). L’idée est que ce faisant, on ravive le souvenir de nos fautes afin d’éviter que nous ne les commettions à nouveau. Il y a deux jours, on célébrait l’abolition de l’esclavage.  Ainsi, après avoir pleuré sur le malheur des pauvres victimes de la traite au lieu de nous réjouir de sa proscription, nous voyons-nous incités à ne pas rétablir cet odieux commerce. Bien qu’à ma connaissance, peu de partis aient inscrit ce projet à leur programme, ça n’en reste pas moins méritoire car il vaut mieux prévenir que guérir.

Les commémorations et autres journées mondiales de ceci ou de cela sont censées permettre  aux descendants des coupables de se couvrir la tête de cendre tandis que les descendants des victimes  se livrent sans retenue à la délectation morose qu’entraîne l’exposition de plaies aussi anciennes qu’inguérissables.

Ayant très mauvais esprit, j’ai cependant l’impression que mis à part quelques politiciens qui feignent de ressentir une tristesse de commande, quelques associations qui espèrent en tirer quelque avantage et une poignée de gauchistes qui ne sauraient vivre sans leur dose quotidienne d’auto-flagellation, tout le monde s’en fout. Et c’est bien naturel car pas plus qu’un individu, une nation ne peut aller de l’avant en regardant sa vie dans le rétroviseur.  Tirer des leçons de ses erreurs passées est une chose, se passer la rate au court-bouillon à cause d’elles en est une autre. Regretter ses égarements est admissible, se repentir de ceux de lointains ancêtres alors même que les circonstances ne se prêtent aucunement à leur reproduction est  absurde (si Simon IV de Montfort, dont je ne pense pas être un descendant direct, se montra un peu rude avec les Albigeois, les chances qu’une croisade en pays Cathare soit bientôt prêchée me semblent bien  minces).

Si de telles manifestations nationales avaient une utilité quelconque, ne pourrait-on pas envisager que chaque individu les imite en dédiant un jour spécifique de l’année à la commémoration des moments marquants de sa propre vie ? Jours de liesse ou de tristesse ? Cela existe déjà : on fête son anniversaire comme celui de son mariage, événements réputés heureux.  Mais peu instaurent des jours de deuil consacrés au souvenir de tristes périodes où selon qu’ils en soient les victimes ou les responsables  ils inviteraient leurs tourmenteurs au repentir ou iraient s’excuser auprès de ceux auxquels ils ont nui. Une telle idée ne viendrait pas à  l’esprit du pire ressasseur de malheurs, tant on est bien conscient que le conjoint infidèle se fout comme de l’an quarante du jour où il quitta le foyer pour vivre de nouvelles aventures ou que le gars de l’URSSAF ou des impôts qui précipita une entreprise dans  la faillite s’en bat le coquillard. C’est peut-être triste, mais c’est comme ça. Personnelle ou nationale l’histoire n’est pas un livre de morale à méditer mais une série de faits, heureux ou pas, qu’aucun regret ou remord ne saurait changer pas plus que sa connaissance ne saurait éviter qu’on retombe dans les mêmes ornières si des circonstances similaires se présentaient à nouveau.

C’est sur l’avenir qu’il faut s’efforcer de faire porter ses attentes ou ses principes. Porter sur le passé des jugements anachroniques est stérile.

13 commentaires:

  1. Notre sinistre garde des sots doit être d'accord avec vous car il paraît qu'elle n'a pas desserré les lèvres au moment de chanter la Marseillaise ("ça fait karaoké" aurait-elle argué).

    Dites-donc, avec ce qu'il pleut actuellement sur le pays nantais, je me demande si le redécoupage des régions n'aurait pas été un peu anticipé. La Normandie serait-elle appelée à s'étendre jusqu'à Nantes ?

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    1. Jusqu'à Nantes ? Mais elle s'est déjà étendue jusqu'en Angleterre et en Sicile, alors vous pensez, Nantes...

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  2. Oncle Jacques, comment voulez vous que des gens ayant une idéologie passéiste puissent penser simplement au futur, c'est impossible

    Que la greluche guyanaise ne chante pas Marseillaise ne m'émeut point, elle est honnête dans attitude car elle se fout bien de ce pays mais pas de son argent qui lui permet de vivre grassement, point barre.

    Ce qui me chagrine, c'est que cette chose vaguement humaine puisse me regarder en face, qu'elle aille au purgatoire, l'enfer s'est trop doux pour elle.,

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    1. Qu'elle chante ou pas, je m'en fous. C'est plutôt ses mois qui m'ennuient !

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    2. Que cette personne reste les dents serrées, me laisse indifférent mais qu' elle parle de la Marseillaise comme un chanson de karakoé, là je ne suis pas d'accord et pourtant croyez moi, je n'ai guère la fibre patriotique mais il y a des hommes et des femmes qui sont mort en chantant cet hymne alors simplement pour eux, un peu de respect.

      Quant aux cérémonies de repentance, cela deviendra notre lot, l'homme occidental a tellement de tares.

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  3. L'avalanche des commémorations signale un pays perdu dans la grande compétition qui se raccroche à de vieux trucs pour ne pas sombrer. Le 10 mai est un gag taubiresque mais le 8 mai, sans être une fabrication de l'histoire, en est quand même une exagération.

    Un million de personnes ont célébré le V-Day le 8 mai en Grande Bretagne, c'était en 1945. Depuis lors, on a chômé pour le cinquantenaire et pour le reste on envoie les couleurs.
    Ici on fait le pont dans l'illusion d'avoir vaincu le nazisme alors que nous ne fûmes que des supplétifs des armées alliées. A preuve, la capitulation de Reims du 7 mai ne nous enregistre que comme témoin, le local de l'étape, pas comme vainqueur.

    Giscard d'Estaing n'avait pas tort de vouloir regrouper en un même jour de recueillement tous nos soldats morts à la guerre, le 11 novembre.

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    1. Je suis bien d'accord. Quel que soit l'événement qu'on commémore, on est tourné vers le passé. Je ne plaide pas en faveur de l'amnésie ou de l'ignorance. Connaître l'histoire est important : ça aide à savoir d'où on vient et qui on est. De la à en faire un objet de culte ou de culpabilité, il y a de la marge.

      Pour le rôle de la France en 1944-45 je partage votre avis. Le côté "vainqueur" de la France est très sujet à caution. C'est une construction de De Gaulle plus qu'une réalité.

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  4. Le futur n'ayant aucun avenir, se retourner vers le passé permet d'échapper au présent.

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    1. C'est une manière un rien pessimiste de voir les choses...

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  5. Remarquons tout de même qu'à part le maire de Villers-Cotteret tout le monde a convenablement respecté la liturgie contritionnelle. Même la dame Taubirat qui, pour marquer le coup, s'est ostensiblement abstenue de chanter La Marseillaise, déclarant par la suite que la commémoration de l'esclavage et de son abolition ne saurait donner lieu à une séance de karaoké. On. ne saurait mieux cracher sur le sale Céfran...tout cela prouve qu'un bon coup de pied au cul à certains vaut souvent mieux que battre sa propre coulpe.
    Amitiés.

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    1. Plutôt que de saluer ce progrès que fut l'abolition, on fustige le pays pour l'avoir jamais pratiqué. Alors que d'autres pays (USA, Brésil) ont continué bien plus longtemps à le pratiquer...

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  6. L'histoire n'est qu une série de faits ! ah si seulement cela pouvait etre ainsi considéré ça éviterait toutes les manipulations pernicieuses . je sais, on rêve !

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    1. L'histoire au lieu de se contenter d'être un sujet de connaissance, que ce soit d'un bord ou de l'autre, n'est qu'un prétexte pour étayer une propagande. Si les autres science en faisait autant, ce serait considéré comme ridicule : que dirait-on d'un naturaliste qui fustigerait les mœurs des insectes ?

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