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mercredi 19 octobre 2011

Réflexions sur le verbe décéder.



Hier soir, écrivant de mes nouvelles à une amie, j'eus soudain un doute : le verbe "décéder" se conjuguait-il avec l'auxiliaire être ou avoir ? Incapable de trancher, je consultai donc mon fidèle Google qui m'amena vers un tableau de conjugaison. La bonne réponse était "être".

Ce tableau me plongea cependant dans une grande perplexité. Si, pour la première personne du singulier ou du pluriel, on peut à la rigueur envisager d'utiliser ce verbe au présent et au futur ( "je décède, nous décéderons") en revanche, il est difficile d'envisager comment pourraient être utilisées les temps du passé. Exemple : "En 1992, j'étais décédé mais maintenant ça va beaucoup mieux".

De même, la deuxième personne, même au présent et au futur me semble difficile à caser dans la conversation : des phrases telles que "Marcel, il me semble que tu décèdes !" ou "Selon moi, vous décéderez demain !" font preuve d'un manque de tact certain. Il en va de même pour les temps du passé : "On m'a dit que vous étiez décédé, je m'aperçois avec bonheur qu'il n'en est rien !"

Ne serait-il pas plus convenable de considérer que ce verbe est défectif  et que seule la troisième personne lui convient ? Surtout qu'il ne s'agit que d'un euphémisme remplaçant "mourir" devenu tabou et qu'il me semble lui-même être devenu trop violent laissant la place à "partir" ou "quitter"...

14 commentaires:

  1. Good Morning , Jacques Etienne!

    Il peut être utilisé pour les adeptes de la réincarnation du style: " C'est le pré où je suis mort"; si vous êtes un fan de la série X.Files, il y a un épisode sur la réincarnation.

    Avec celui sur la jeunesse éternelle, c'est un de mes préférés.

    Bonne journée.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Eh bien, précisément, passons outre ce tabou stupide et rendons toute leur tragique noblesse à ces mots, superbes dans leur concision et leur poids d'existence : mort, mourir…

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  4. On peut clamser aussi, crever (la gueule ouverte de préférence), défuncter, etc.

    S'il fallait un euphémisme à "mourir", au lieu de ce sinistre "décéder", je préfère "disparaître".

    Ceci dit, on ne décède pas d'un accident de voiture. On est tué, donc on meurt, on est mort. le décès me semble plus apte à décrire la mort de quelqu'un qui s'éteint paisiblement à un âge avancé et tout naturellement. On meurt soudain, on décède à petit feu. "Le décès de M. Trucmuche nous a beaucoup affecté" : oui, s'il est mort dans son fauteuil ou dans son lit (sauf si le plafond s'est effondré sur lui et qu'il en est mort). "Mon frère a été mortellement agressé par deux jeunes Danois en capuche. Depuis son décès, je ne dors plus" : on a envie de ricaner, n'est-ce pas ?

    Etc.

    Sujet fort intéressant, ma foi, comme toutes les questions linguistiques.

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  5. Même les animaux décèdent. Les chiens, les chats, le hamster du petit. Allez voir sur les forum des zamis des bêtes, où Pupuce et fandecats racontent leur dépression après le décès de Coquine, la petite tortue. Les animaux domestiques de la ferme ne décèdent pas encore. La poule, la lapine, la vache meurt ou crève, c'est selon. Les méchants hommes meurent: la mort de Ben Laden. Le loup d'Alfred de Vigny meurt. On imagine mal "Le décès du loup", d'Alfred de Vigny.

    Quand le décès a-t-il remplacé la mort ? depuis quand est-il sorti des papiers administratifs, certificat de décès, acte de décès ?

    Théodore Monod disait: rendre sa barque.

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  6. Ygor : mais "disparaître" peut entrainer des mal-comprenances gênantes :

    « Mon frère a disparu voilà tout juste un an.
    – Te bile pas, il finira bien par revenir… »

    Suzanne : j'aime bien "rendre sa barque" ! Et aussi : "replier son ombrelle".

    Quand à "décès", en effet, il est trop administratif pour être de bon aloi.

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  7. Replier son ombrelle, c'est joli. L'ombrelle toute fragile protège de l'aveuglement, et le mort ne craint plus le soleil...

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  8. Didier :

    Ton frère a disparu ou il est disparu ?

    Les mal-comprenants entendent ce qu'ils veulent ou peuvent : "J'ai remis ma montre à l'heure et mon dîner."

    Dans une nouvelle, je m'étais amusé avec "miction", "uriner", "faire pipi", "pisser".

    Les médecins ont des mictions douloureuses. Un malade éprouve des difficultés à uriner. Une femme ou une petite fille fait pipi. Une vache et un beauf pissent. Voilà, en gros.

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  9. Là-dessus, je vais aller lansquiner un broc.

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  10. Mais pas dehors, car il pleut comme bovidé qui mictionne.

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  11. De mon côté, je vais aller me tordre le chicon.

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  12. Grandpas : Les séries américaines et moi... Je reviendrai peut-être un jour là-dessus.

    Didier et Ygor : changer l'eau des olives est également charmant.

    Merci à tous pour vos intéressantes considérations.

    Ma grand tante parlait de "fermer son parapluie". Il est vrai qu'en Bretagne, une ombrelle...

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  13. Je ne suis pas idolâtre des séries américaines mais certaines valent le détour.

    Il st vrai que je suis juge et partie car je suis un fou des romans noirs américains, des films américains mais pas tous, de leurs automobiles avec Hénorme V8.

    Pour revenir au sujet, je suis mort le jour où je suis né., seul la durée du fil que les fileuses Nona, Decima et Morta (Clotho, Lachesis et Atropos chez les Grecs) nous laissent.

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  14. "rendre sa barque" ! "replier son ombrelle" ou son parapluie.
    Refermer son Opinel ?

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