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mercredi 8 février 2017

Nouvelles de la décadence

Tandis que j'emmenai ma fille alors âgée de dix ans à son club équestre, nous vîmes de jeunes agneaux gambader auprès de leur mère dans un pré. Anna s'écria « Qu'est-ce que c'est mignon ! » avant d'ajouter après un temps de réflexion « Et en plus, bien cuisiné, c'est drôlement bon ! ». Voilà ce que j'appelle une attitude saine où la passagère émotion anthropomorphique n'efface pas le réalisme.

C'est tout le contraire de cela que j'ai entendu hier sur France Inter lors de l'émission la Tête au carré tandis que je me rendais à Vire afin d'y acheter, entre autres, des morceaux de cadavres, de la chair de mammifères (ou de volailles), bref, de la barbaque. Deux « spécialistes » y déblatéraient doctement sur la consommation de viande par l'homme. Et ça valait son pesant de choucroute (sans charcuterie). Si on en croit ces olibrius, manger de la viande poserait de plus en plus de problèmes à nos contemporains. Non parce que son prix augmente mais pour des raisons quasi-métaphysiques. Car qui dit viande dit abattage et qui abat commet un crime. Ben oui, à part les huîtres et autres fruits de mer, il est rare et peu aisé de manger des animaux vivants. Vous vous imaginez courir après un bœuf dans son pré, et d'un fort coup de mâchoire lui arracher un steak ? Moi pas !

Donc il y a meurtre. Il nous fut expliqué que par le truchement du sacrifice religieux, l'homme avait de tout temps tenté d'atténuer la barbarie de ce crime. On ajouta que cette barbarie est d'autant mieux ressentie aujourd'hui que les avancées de la science tendent à établir qu'il existe un continuum et non une scission entre homme et animal et qu'en conséquence l'humain répugne de plus en plus à tuer son quasi-semblable. Les honteuses conditions d'élevage ou d'abattage des animaux, dès lors devenaient insupportables : peut-on admettre que son (quasi) frère que l'on chérit tant soit élevé en batterie avant d'être brutalement assassiné  ? On rappela qu'à certaines époques, la viande étant réservée aux riches, lorsque cela devint possible, les modestes virent dans sa consommation un signe d’ascension sociale. On parla aussi de rendement alimentaire, celui des plantes étant supérieur à celui des viandes. Une consommation réduite voire nulle s'imposait donc.  Bref, on nous dit bien des choses mignonnes.

En tant que carnivore invétéré, je vois dans ces discours un signe de plus de la décadence de notre société et des ravages qu'opère l'anthropomorphisme forcené de citadins élevés hors sol. Quand il m'est arrivé de zigouiller un lapin ou un poulet, je n'ai ressenti aucun soupçon de culpabilité. Quand j'allais dans une ferme participer à l'abattage d'un cochon dont j'avais acheté la moitié, lorsqu'on saignait la bête, il ne m'a pas traversé l'esprit qu'elle ne méritait pas ce sort, pas plus que je n'ai vu en elle l'image du cousin Michel ou de l'oncle Charles. Il fallait fouetter le sang qui giclait dans la poêle afin qu'il ne caillât point avant qu'on en fît du boudin. C'est tout. 

Je n'ai, et j'en suis heureux, bien que né citadin, jamais rompu le lien avec la campagne et la vie rurale. Chaque fois que j'ai pu, je suis allé y vivre et j'espère bien continuer à le faire jusqu'à la fin de mes jours et à continuer de manger de la viande. Parce que ces animaux que l'on tue ne sont nés et n'ont été élevés que pour qu'on s'en nourrisse. Qu'on les élève dans des conditions correctes et aptes à rendre leur chair succulente, qu'on leur évite autant que possible d'inutiles douleurs lors de leur fin programmée, j'en suis entièrement d'accord. Mais voir en ces animaux mes semblables ou des objets d'affection : très peu pour moi. D'ailleurs, parmi les plus abrutis anthropomorphistes auquel viendrait l'idée d'adopter un goret de 120 kilos ou un bœuf d'une tonne comme animal de compagnie, de l'accoutrer d'un petit bonnet et d'un manteau pour l'hiver et de le câliner sur ses genoux ?

15 commentaires:

  1. Je suis moins carnivore que vous, étant un grand amateur de légumes (1/4 de viande, 3/4 de légumes et d'accompagnement), mais je partage votre avis, et moi aussi j'ai tué puis écorché poules et lapins, sans plaisir, sans honte non plus. De même que j'ai vu tuer des cochons à la ferme et au merlin (ce qui n'a rien de très amusant). Je me souviens parfaitement de nos truies Pauline et Benjamine, autant sous l'aspect de gros animaux roses pas mal crottés et bien agités quand on leur apportait la "caboulée" (pommes de terre cuites et son), qu'au goût, puisque nous en fîmes des jambons, des pâtés, du boudin, de la saucisse et mille choses du même genre, dont le souvenir gustatif me hante encore, 45 ans plus tard !

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    1. Le cochon de ma grand-mère, en Bretagne, avait le même menu sans que je sache le nom qu'on lui donnait.

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  2. Ne plus manger de bestioles pour ne pas les assassiner, je veux bien.
    Mais il faudra expliquer à ces mêmes bêtes d'arrêter de faire des petits et de ce fait une sorte de planning familial animalier devra être créer.
    Pour les animaux en liberté, une capture et hop, couic les roubignolles.
    Je laisse cela aux végétaliens qui avec leur angélisme naturel trouveront un terrain d'entente avec les mâles.
    On va bien rire, tout le monde n'est pas Obélix.

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    1. Si on ne les élevait pas, il y aurait beaucoup moins d'animaux (poulets, cochons, agneaux, veaux, bœufs,etc.). Pour ce qui est des animaux sauvages (cerfs, chevreuils, sangliers, etc), leurs prédateurs en réguleraient (peut-être) le nombre car, peu au fait des avancées de la science, loups, lynx et ours, ne verraient pas clairement que leurs proies sont des quasi-semblables.

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  3. Eh bien, au risque de passer pour la dernière des fiottes, je dois dire que je ne me sentirai jamais capable de tuer la moindre bestiole comestible, et encore moins d'assister à l'égorgement d'un cochon.

    (Ce qui ne m'empêche pas de manger de la viande avec grand plaisir ; d'où il ressort que, non content d'être fiotte, je suis fiotte hypocrite.)

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    1. Je crois qu'être capable de tuer un animal ou pas n'a rien à voir avec je-ne-sais-quelle virilité mais est culturel. Dans mon enfance, j'ai vu mon oncle charcutier abattre ses porcs dans sa cour, bien des gens de mon entourage élever et tuer poules et lapins etc. Ces actions m'ont donc toujours paru normales. L'éloignement progressif des citadins de la nature les amène à tomber dans une sensiblerie qui, bien que compréhensible, les amène d'abord à vouloir ignorer la réalité puis à lutter contre elle.

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  4. Un qui n'était vraiment pas une fiotte, c'est ce jeune boucher que je connaissais, du temps où je passais mes vacances à Saint-Dalmas-Valdeblore, qui tuait lui-même ses bœufs dans un hangar où j'avais été invitée au spectacle un fois.
    Ce n'était pas un hypocrite non plus, parce que lorsqu'il sortait une jeune fille dans sa camionnette, il ne lui venait même pas à l'idée de retirer l'affiche VIANDES, en gosses lettres, qui ornait le pare-brise au niveau où la demoiselle était assise.

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    1. Il y a belle lurette que, pour des raisons sanitaires il est interdit aux bouchers et charcutiers d'abattre chez eux. J'ai, moi aussi, quand j'étais enfant assisté à la mise à mort de porcs ou de bœufs. Je ne peux pas dire que ça m'ait traumatisé. C'était dans l'ordre des choses, vu que steaks et jambons, contrairement à ce qu'aimeraient penser certains, ne poussent pas sur les arbres.

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  5. Pour la première étape: "éduquer les humains" ça devrait pouvoir aller. Pour la deuxième, par contre, à savoir nourrir lions et autres carnassiers avec du potage poireau-pommes de terre, ça sera probablement plus long!

    Le Page.

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    1. D'accord avec vous. Même le loup, de nature si gentille, comme en attesteront toutes les brebis que vous interrogerez, hésitera à devenir végan.

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  6. Nous mangeons moins de viande, par gout, par contre, les abattre dans des conditions correctes au lieu de ce qui se passe actuellement permettrait sans aucun doute d'avoir une viande sans saloperies, plus gouteuse, on peut faire de la protection animale sans pour autant tomber dans la bêtise

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  7. Certes, toute personne née il y a seulement deux générations s'étonnerait fort qu'on pût même débattre de pratiques naguère aussi naturelles. En revanche, il ne fût venu à l'idée de personne d'élever des animaux en batterie. L'un dans l'autre, je doute donc que l'humanité ait beaucoup gagné au change entretemps, moins encore peut être les animaux eux mêmes, sans parler de la saveur et du goût. On n'abat plus à l'ancienne, mais on élève de manière sauvage...la belle affaire et quel progrès...

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    1. C'est une question de prix de revient. Un élevage moins industrialisé amènerait à des prix bien supérieurs et interdirait que les plus pauvres accèdent régulièrement à la viande. C'est, comme l'agriculture intensive, une question de choix.

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  8. Qui sait? sans vouloir épiloguer, l'essentiel du coût/prix de revient ne vient-il pas de contrôles/normes plus ou moins justifiés ou de marges commerciales exorbitantes de la part d'intermédiaires? J'aimerais bien savoir si la santé, le porte monnaie, la nature, le goût trouvent son compte dans tout cela. Pas si sûr. "Question de choix", en effet.

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