..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

vendredi 12 mars 2021

Adoptez un islamophobe !

Étant actuellement souffrant, je vous prie d'excuser les fautes ou coquilles que ma fatigue aurait pu laisser passer.

Plus je connais les animaux, plus j’aime les humains. Robert Tugdual Le Squirniec, Philosophe Breton, in Être Breton et philosophe n’est qu’apparemment paradoxal.

Il arrive parfois que, lassé de la compagnie d’un animal à pattes, nageoires ou ailes, à poil, à plumes ou à écailles et des nombreux inconvénients qu’ils présentent on se tourne vers cette espèce plus proche de soi que l’on appelle l’humain. Seulement, vue sa grande diversité, il est parfois difficile de déterminer de quel type d’humain on aimerait se rapprocher. C’est pourquoi, afin d’éclairer votre lanterne, j’ai décidé de vous en décrire quelques-uns et de vous en indiquer les éventuels inconvénients et avantages. Vous serez ainsi, je l’espère mieux à même de choisir celui ou celle qui sera votre pote, avec qui vous boirez des canon, repeindrez la cuisine et irez taquiner le goujon (Toutes choses dont on est souvent privé en cas d’absence de beau-frère) . Il est important de le souligner d’emblée, l’humain, quel qu’il soit, présente un avantage indéniable sur l’animal  : comme le montrèrent clairement Messieurs Montaigne et La Boétie, vous pouvez profiter de sa compagnie sans pour autant vous voir contraint de l’installer chez vous, de le nourrir et de payer ses frais de santé, d’habillement, de toilettage et autres produits de beauté.

Nous commencerons par définir ce qu’est au juste un islamophobe et à quoi on le reconnaît. L’islamophobie est une maladie qui, comme toutes les autres phobies, consiste en « une peur démesurée et dépendant d’un ressenti plutôt que de causes rationnelles, d’un objet ou d’une situation précise. L’objet ou la situation qui déclenche la phobie est nommé « phobogène » ». C’est ce qu’en dit M. Wikipédia et pourquoi ne lui ferait-on pas confiance ? Le phobogène qui plonge l’islamophobe dans des abîmes de terreur est tout ce qui de près ou de loin rappelle l’Islam. C’est totalement incompréhensible pour vous et moi qui savons que cette religion n’est qu’amour, douceur, bonté et paix, mais c’est comme ça. Encore plus bizarrement, à la différence de l’arachnophobe, du claustrophobe ou de l’agoraphobe, cet être fragile est parfois mis au ban de la société. C’est pourquoi, lui témoigner votre amitié fera de vous ce rayon de soleil qui illuminera sa vie et il se montrera envers vous d’une fidélité constante. Votre absence de préjugé sera donc largement récompensée.

En dehors de tout indice de présence musulmane réelle ou supposée, l’islamophobe se comporte aussi rationnellement qu’il en est capable. Si donc, pour d’autres raisons, vous vous sentez des affinités avec lui, il sera un ami aussi acceptable que reconnaissant. Afin d’éviter qu’il ne se mette à trembler comme une feuille avant de s’enfuir en courant et n’attire l’attention des éventuels passants par ses cris de terreur, il est prudent de ne pas l’exposer à quoi que ce soit qui puisse provoquer une crise. Je vous en donnerai quelques exemples.

Si vous êtes musulman, inutile d’essayer : au contraire des racistes et autres antisémites que, comme le proclament leurs ennemis, l’on reconnaît à ce qu’ils déclarent selon le cas, avoir des amis arabes, noirs, berrichons ou juifs, il ne pourra que vous éviter. C’est plus fort que lui. Il réagira de même, si par coquetterie, vous vous êtes laissé pousser une barbe par trop fournie et/ou portez une djellaba.

L’Islamophobe, par prudence, ne vit que dans des endroits ignorant largement l’immigration musulmane. Ses crises étant proportionnelles à la densité de musulmans , ou supposés tels, dans son environnement, il est préférable d’éviter en sa compagnie les métropoles où, quoi qu’il en pense, notre enrichissement se fait le plus sentir.

Il est également conseillé de ne pas fréquenter avec lui les boulangeries-pâtisseries où la seule vue d’un croissant, surtout au beurre*, l’irriterait gravement.

Il est toutefois, pour peu qu’il soit amateur d’art et en particulier d’architecture romane ou gothique des lieux où vous pouvez l’emmener en toute quiétude : il est en effet assez rare de rencontrer ses phobogènes dans les musées, abbatiales et autres cathédrales, lieux que leur timidité les pousse à ne pas trop fréquenter.

J’espère que ces quelques conseils vous encourageront à accorder votre amitié à ces malheureux dont la maladie ne saurait raisonnablement engendrer le réflexe d’exclusion qu’ont, à tort, certains partisans de valeurs de la république mal comprises.

*Jeu de mots d'une finesse remarquable ! 

mercredi 10 mars 2021

Pour en finir avec les tartines

 Je m’aperçois que ces derniers temps, suite à la lecture de commentaires et d’articles consacrés à un petit livre de M. Bettini, je me suis lancé dans une série de longues tartines où je faisais le point sur ma manière de concevoir les apports culturels, l’identité nationale et le travail de sape des déconstructeurs. Alors que je rédigeais un article sur la pseudo-générosité des immigrationnistes, d’autres sujets concomitants firent surface qui auraient soit rendu mon article interminable soit constitué la matière de nombre de longs articles en suscitant à leur tour de nouveaux et transformant ce blog qui se veut futile, primesautier, distrayant, foutraque, en un recueil des idées nauséabondes de Tonton Jacquot. Métamorphose d’autant plus vaine que vu que l’on n’est jamais « doctus » que « cum libro », ces idées, on peut les trouver ailleurs. Ce que je pourrais écrire sur les méfaits de l’immigration sur notre pays comme sur ceux des migrants, sur la constitution, subie ou volontaire, de ghettos, sur le mythe des métiers dont les Français sont censés ne pas vouloir, et autres fariboles a déjà été dit ailleurs avec plus de talent.

Si on ajoute à ça le risque de prêcher des convertis ou dans le désert, ce qui d’une certaine manière revient au même, continuer serait s’engager dans une impasse et cela d’autant plus que je crains que l’évolution culturelle des sociétés occidentales ne les mène aussi inéluctablement à la déchéance que le gâtisme individuel mène à l’Ehpad. Alors que la Chine s’est éveillée, que l’Inde et toute l’Asie lui emboîtent le pas, que l’Islam est en ébullition, l’Occident n’en tremble plus que ça, trop occupé qu’il est à d’ineptes bisbilles pour percevoir les menaces réelles.

Le problème, quand , comme moi il arrive que l’on prenne plaisir à écrire, est de trouver d’autres sujets que les folies idéologiques ambiantes. L’actualité, qu’elle concerne la politique, les évolutions sociétales ou les faits divers peut paraître une source infinie de sujets sur lesquels s’enthousiasmer, s’étonner, se scandaliser ou s’indigner. Malheureusement, elle m’intéresse si peu que je ne regarde pas plus les journaux télévisés que je n’écoute la radio ni ne lis les journaux. Il se trouve que je me suis lassé des politiques qui nous expliquent comment ils font, feraient ou envisageraient de faire mieux en ne changeant rien afin de maintenir les déséquilibres fondamentaux. Ce qu’on nous raconte des changements supposés, souhaitables ou profonds de la société ne fait que confirmer mon idée que l’Occident est un asile à ciel ouvert. Quant aux faits divers, même si on tend à y masquer ou minimiser le rôle qu’y joue la « diversité » ils ne font souvent qu’illustrer de manière redondante les conséquences des pertes de repères.

Ayant la chance de m’intéresser à des domaines d’activité variés, je pourrais parler de mes lectures, de mes bricolages, de mon jardinage, de mon cuisinage mais je craindrais à la longue de lasser. Reste à trouver des thèmes qui sortent de la routine par le ton comme par le fond. Les NACS et les pays à ne visiter à aucun prix sont des domaines que j’ai déjà explorés, mais somme toute restreints.

Je pourrais envisager une rubrique culinaire donnant des recettes à éviter, un courrier des lecteurs entièrement bidonné, me faire l’avocat de réformes sociétales plus absurdes que celles en cours, écrire la biographie de personnages hauts en couleurs dont le seul défaut serait de n’avoir pas existé, commenter des fake news, tenir mes lecteurs informés d’une actualité locale totalement fictive, etc.

J’espère qu’une muse foutraque saura m’inspirer et me détourner des sentiers par trop battus et faire qu’ici on se contente de rire, batifoler, plaisanter, ricaner comme il est indiqué en exergue. Que faire d’autre quand on se trouve sur un Titanic que des pilotes fous font foncer vers un iceberg tandis que les embarqués pour partie applaudissent, pour partie disputent du sexe des anges, et que ceux qui réalisent le péril passent pour insensés ?

vendredi 5 mars 2021

Des déconstructeurs

Comme j’ai pu l’exposer dans mes deux articles précédents il est difficile de cerner la notion d’identité française et beaucoup plus simple de dire ce qu’elle n’est pas. Quiconque tend en définir avec précision les composantes s’expose aux critiques fondées des déconstructeurs* auxquels il est facile de montrer que TOUS les Français ne possèdent pas ces caractéristiques et partant que cette identité n’existe pas.

Si on parle de l’existence d’un substrat catholique dans notre pays, il est aisé de dire que des minorités juives y ont toujours (ou presque) résidé. Pour le Professeur Djamel Debbouz, de l’Université de Trappes, l’Islam serait même présent en Europe depuis trois mille ans**. Dans certaines régions, et malgré les guerres de religion et les persécutions subséquentes demeurent des communautés protestantes. A partir de ces constats, les déconstructeurs s’empressent d’en tirer la conclusions que ce substrat catholique n’est pas une composante pertinente de la culture et de l’identité du pays. Curieuse conclusion si l’on considère que le moindre village possède une église et que le nom d’environ 12 % des communes françaises commence par « Saint- » ou « Sainte- ».

La démarche de déconstruction est simple : pour elle, la moindre exception infirme la règle au lieu de la confirmer. Les phénomènes les plus marginaux se trouvent de ce fait hissés à la hauteur des majoritaires et tout est d’égale importance. La méthode a pour but d’exalter le particulier aux dépens du général et de fractionner la société.

Si la méthode est contestable, le but en est limpide : il s’agit de faire passer toute identité nationale pour illusoire afin de laisser la place à un multiculturalisme présenté comme aussi ancien qu’incontestable. Les défenseurs de l’identité sont non seulement d’incorrigibles rêveurs mais de dangereux rétrogrades désireux de nous ramener aux heures les plus sombres de notre histoire car le sentiment d’appartenir à une nation ne peut logiquement que mener au nationalisme et inéluctablement au nazisme. Cette reductio ad hitlerum si ridicule soit-elle, véhiculée par des « élites » auto-proclamées et perpétuées par la cooptation, continue de trouver un certain écho dans l’opinion et même, hélas, un écho certain.

Face à l’enfer identitaire et au repli sur soi le multiculturalisme propose le paradis divers et ouvert du « vivre ensemble » non seulement avec les éléments allogènes déjà présents mais avec tous ceux que l’envie saisirait de venir les rejoindre. Dans ce nouvel Eden, les multiples minorités vivraient en harmonie dans le respect mutuel et l’amour. Ça fait envie !

Sauf que…

Une des conséquence du refus de l’identité et de l’exaltation des minorités s’oppose à l’assimilation de ces dernières vu que, si on suit les déconstructeurs, il n’existe rien à quoi s’assimiler. Tout minoritaire doit donc conserver ses caractéristiques propres que, curieusement, on néglige de lui contester. Parallèlement et paradoxalement, alors les races n’existent pas, ces mêmes progressistes attribuent aux blancs (qui n’existent pas) en général et aux Français en particulier, des caractéristiques peu flatteuses : ils sont tous racistes, colonialistes, esclavagistes, la voilà leur véritable identité ! Ayant martyrisé des siècles durant le reste du monde comment pourrait-on s’attendre à ce que leurs malheureuses victimes qui, « chassées par la misère », viennent s’installer sur leur sol ne leur en veulent pas un tout petit peu ? Suivant l’argument imparable du loup de La Fontaine, on dit au français du XXIe siècle : « si ce n’est toi, c’est donc ton trisaïeul ou bien quelque autre ancêtre ». Tu dois donc expier ses fautes jusqu’à la énième génération.

C’est ainsi que nous voyons fleurir des mouvements de défense des Noirs ou décoloniaux qui tiennent à l’encontre des blancs (notez l’absence d’une majuscule que selon certains ils ne sauraient mériter) des discours de haine que l’observateur distrait pourrait juger à la limite du racisme. On les voit organiser des manifestations où ils défilent bras dessus, bras dessous avec les déconstructeurs. Bref, il devient incertain que l’harmonie rêvée du paradis multiculturaliste soit aussi harmonieuse qu’on essaie de nous la vendre…

En encourageant le ressentiment des immigrés contre le pays qui les accueille plutôt qu’en les incitant à s’assimiler, il me semble qu’on prépare mal le monde merveilleux de demain. On m’opposera que ce ressentiment est le fruit non seulement de l’histoire mais de la mauvaise qualité de l’accueil qui leur est réservé. Le problème est de savoir si nous sommes en mesure d’en offrir un meilleur à ceux que les apprentis-sorciers déconstructeurs sont si impatients, dans leur fausse générosité, d’héberger. J’y reviendrai.

* Par déconstructeurs j'entends tous ceux qui, dotés d'une âme généreuse autant que belle et animés par de nobles idéologies consacrent toute leur énergie à  mettre en cause ce autour de quoi pourraient se rassembler les Français afin de constituer une société plus ou moins homogène.

**Présence d’autant plus méritoire que nous n’en sommes aujourd’hui qu’à l’an 1442 de l’Égire.

mercredi 3 mars 2021

De l’enracinement et de l’identité

J’ai, dans mon précédent article, exprimé mon scepticisme sur la valeur des notion de racines et celle de fleuve chère au bon Maurizio Bettini. En filant la métaphore des racines ne pouvant se concevoir que comme la partie de l’arbre qu’elles nourrissent. Cependant, l’enracinement est ou plutôt a été une réalité. J’en veux pour preuve les recherches généalogique faites par un membre de la famille de mon ex et défunte épouse qui montraient que du XVIIe siècle au début du XXe tous leurs ancêtres avaient vécu près de Luçon, en Vendée. Dans la première moitié du siècle dernier, pour une raison que j’ignore le grand-père de mon ex-femme vint s’installer comme métayer dans le département voisin de la Vienne où trois de ses cinq enfants demeurèrent également. Jusque relativement récemment donc, on pouvait considérer que cette famille de petits paysans était enracinée dans son terroir vendéen, parlant le patois local et vivant ou survivant grosso-modo de la même manière, en dehors des périodes de troubles civils, dans une société stable . Seulement, le grand-père, probablement doté d’un esprit aventureux, rompit cette chaîne et devint un déraciné en s'installant comme métayer dans le département voisin de la Vienne, certains de ses enfants n'y retèrent pas et ses petits enfants s’éparpillèrent encore davantage…

De mon côté, bien que n’ayant fait aucune recherche généalogique, je suppose qu’il en alla de même pour mes ancêtres maternels et paternels vivant dans le Trégor. Si je croyais aux racines, je devrais donc me considérer comme Breton. Mes parents, parlant la langue, considérant leur exil francilien de trente et quelques années comme une parenthèse, retournèrent dès que mon père prit sa retraite au pays. Ce fut pour ma mère une source de désillusion, la Bretagne réelle ne ressemblant plus vraiment à la Bretagne idéalisée de sa jeunesse. Quant à moi, mis à part une mise en nourrice dans le pays de ma mère jusqu’à deux ans et demi et bien qu’ayant vécu jusqu’à 18 ans en Île-de-France, je ne me sens pas pas plus Breton que Francilien. Plutôt qu’à des « petites patries » je me sens appartenir à une plus grande : la France. Si j’ai une identité, celle-ci est Française et rien d’autre.

Le Larousse donne entre autres définitions du mot "identité" la suivante : « Caractère permanent et fondamental de quelqu’un, d’un groupe, qui fait son individualité, sa singularité : Personne qui cherche son identité. Identité nationale. ». Pourtant, le terme « permanent » mérite d’être précisé. Rien n’est immuable, tout évolue. Bien qu’indéniablement et fondamentalement Français, les paysans du XVIIe siècle que j’évoquais plus haut, étaient bien différents de moi. Ils s’en distinguaient par la langue ou le patois, le mode de vie, un rapport différent à la religion, un manque de mobilité, de moyens de communication, des accoutrements différents, etc. De même, à soixante-dix ans, je ne suis plus ce que j’étais à vingt ni même à quarante ans. Des influences, des expériences sont venus me modifier cependant je n’ai pas pour autant perdu mon identité personnelle. Pour ce qui est de mon identité nationale, il en va de même. La France de 2020 n’est pas celle de 1970 ou de 1990 je ne lui demeure cependant pas moins viscéralement attaché. C’est, je crois, la durabilité de cet attachement qui fait la permanence de mon identité française. Je me sens Français, en ce que j’appartiens à la communauté française et que je ne saurais appartenir à aucune autre.

J’ai pris conscience de cette appartenance au cours de plusieurs séjours prolongés à l’étranger, d’abord au Sénégal puis par deux fois en Angleterre. Il est évident qu’il était plus facile de me sentir davantage d’affinités avec les Anglais que les Sénégalais. Cependant je n’aurais à aucun prix pu devenir Anglais malgré toute l’affection que je peux porter à cette nation et les liens forts que j’ai pu, un temps, y nouer. Je n’ai, malgré les années que j’y ai passé, pu sentir la moindre appartenance à ce pays. Sentiment d’ailleurs réciproque vu que, sans que mon accent puisse me faire identifier comme Français, j’y étais considéré comme étranger. C’est à dire qu’à la différence de certains Cockneys, Jordies ou Glaswegians, que leurs accents respectifs rendent difficilement compréhensibles mais dont personne ne remettrait en cause l’appartenance à la communauté anglaise ou britannique, je n’y étais qu’un élément allogène.

Cela dit, tenter de donner une liste des éléments constitutifs de l’identité française ou de toute autre identité nationale me paraît illusoire. Pour une simple et bonne raison qui est la diversité de toute population. On pourrait commencer par éliminer des critères non pertinents comme par exemple, la couleur de peau, la religion, l’adhésion à un système politique, des traits de caractère et de manière générale tout critère que seraient censés partager l’unanimité des Français. Même la connaissance de la langue si elle est devenue une condition nécessaire de l’appartenance à la communauté nationale n’est pas une condition suffisante vu qu’on peut très bien en avoir une maîtrise supérieure à celle de bien des Français sans pour autant être Français. Considérer que posséder une culture commune serait nécessaire me paraît également erroné, tout individu n’en possédant qu’une partie voire de simples bribes.

Plus qu’un ensemble de caractéristiques généralement partagées qui seraient censés constituer l’identité française, il me semble qu’il serait plus sage de se borner à une sorte de plus petit dénominateur commun qui fait qu’en dehors de la classe sociale, du niveau d’éducation, de la race, de l’origine, de la région etc., on se sent chez soi en France et qu’on est certain d’appartenir à la communauté française. Je serais bien en mal d’en décrire avec exactitude les composantes. Toutefois, il est certain que ce PPCD existe et qu’il est ressenti par une majorité de Français.

Une autre évidence est que des forces sont en œuvre pour détruire ce fond commun et faire primer l’individuel sur le collectif afin d’atomiser les nations et de mieux les amener à se dissoudre dans une sorte de gloubi-boulga humain (ou Matière Humaine Indifférenciée pour reprendre l’expression de Renaud Camus), la « citoyenneté du monde » notion aussi vague qu’inexistante devenant, du moins pour certains membres des sociétés occidentales, l’idéal à atteindre. Malheureusement, il ne semble pas que cet idéal enthousiasme le reste de la planète… J’y reviendrai.




dimanche 28 février 2021

Du fleuve et des racines

 Avertissement : j'ai décidé après mure réflexion de  fermer les commentaires de ce blog, lassé que je suis d'avoir à jouer au chat et au cloporte (à la souris serait flatteur pour l'individu en question) avec un énergumène qui m'importune depuis des années et me fait perdre mon temps à censurer ses cloporteries. J'espère que mes commentateurs fidèles et les autres comprendront cette décision que je ne prends pas de gaité de coeur. Elle risque fort d'être définitive vu que les cons ne prennent jamais de vacances.

Un ami Facebook vanta récemment les mérites d’un livre d’un certain Maurizio Bettini intitulé Contre les racines. Si j’ai bien compris d’après la discussion qui s’ensuivit, le bon Maurizio semblait préférer la métaphore du fleuve à celle des racines. Les racines seraient immuables autant qu’imaginaires tandis que le fleuve est en mouvement et sans cesse alimenté par des affluents qui le grossissent et l’enrichissent.


Point n’est besoin d’être grand clerc pour deviner que M. Bettini, par sa métaphore ne fait que défendre la vieille balançoire des progressistes qui tendent à nous persuader que tout change depuis tout temps, que la sagesse veut que nous nous laissions emporter par le courant, enrichir par les apports des affluents et que s’accrocher à une illusion identitaire est un leurre.


Sans compter qu’évidemment cette aspiration identitaire ne saurait que nous ramener à la barbarie qu’a entraînée certaine idéologie du siècle dernier avec les terribles conséquences que l’on sait.


Je suppose que, logiquement, se laisser porter par le courant du fleuve et la force que lui ajoutent ses affluents ne saurait selon ce grand philosophe que nous mener à un océan de félicité.


Posé ainsi, la controverse qui oppose fleuve et racines ne saurait se résoudre que par une victoire totale des « fleuvistes ».


Seulement, si belle soit-elle, une métaphore n’est qu’une métaphore et avant de l’adopter, il serait bon de préciser en quoi elle est adaptée à la réalité qu’elle est censée illustrer.


La métaphore du fleuve est certes tentante. Au départ, ce n’est qu’un ru que viennent peu à peu grossir des affluents, c’est à dire des cours d’eau moins importants que lui, lesquels se trouvent relégués au rang de ru,de ruisseau ou de rivière. Il arrive que par erreur on mésestime le débit de l’affluent et que l’on désigne comme fleuve l’affluent. C’est le cas de la Seine qui à son confluent avec l’Yonne à Montereau-Fault-Yonne en Seine-et-Marne n’a qu’un débit moyen de 80 m3/seconde quand celui de l’Yonne est de 93m3/seconde. Si l’on corrigeait cette erreur séculaire, nous devrions changer le nom de plusieurs départements, de l’Yonne-et-Marne à l’Yonne-Maritime en passant par les Hauts-d’Yonne et L’Yonne-Saint-Denis. Sans compter que pour maintenir le mètre des vers des poèmes et autres chansons consacrés à la Seine, on serait contraint à opérer une diérèse : « Car l’Y-yonne est une amante et son amant, c’est Paris » aurait dû chanter le grand Maurice Chevalier.


Mais, dans le fond, que le fleuve soit nommé Yonne ou Seine ne change rien au cours d’eau, ses deux constituants se fondant en un seul cours homogène par le mélange de leurs eaux. Peut-on en dire autant des apports culturels des « affluents » à une société préexistante ? Oui, en cas d’assimilation de la minorité à la majorité. Si cette assimilation n’a pas lieu, qu’elle amène à la simple juxtaposition de multiples minorités, qu’elle amène à terme une minorité à surpasser en nombre l’ancienne majorité sans fusionner avec elle ou encore qu’une minorité pour une raison ou pour une autre en vienne à dominer la majorité ou les autres minorités, la métaphore du fleuve est totalement inadaptée. Il suffit de voir ce que la non-assimilation a pu produire et produit encore aux USA ou en Afrique du Sud.


Venons-en aux racines, lesquelles laissent supposer qu’elles sont métaphoriquement celles d’un arbre qu’elles nourrissent en s’enfonçant dans un terroir. Là encore, certains problèmes se posent. En effet, sans intervention extérieure un arbre donnera toujours les mêmes fruits, c’est même à ça qu’on le juge. Seule la technique de la greffe peut y changer quelque chose. En implantant un rameau venu d’un arbre donnant de meilleurs fruits sur le tronc ou la branche d’un arbre vigoureux, on obtient de bons fruits. Toutefois, pour que la greffe fonctionne il faut que celle-ci soit d’une espèce semblable ou proche de celle du tronc. Greffer un pommier sur un tronc de cerisier ne donnera rien. J’ai, chez un ami Eurélien, pu constater qu’une greffe de poirier sur pommier était possible : un ancien propriétaire s’étant aventuré à pratiquer ce genre de greffes, une branche donnait des poires tandis que sur les autres se développaient des pommes. Toutefois, ne s’opérait aucun mélange… La métaphore « racinaire » est donc très limitée pour décrire les interactions culturelles humaines.


En conclusion, il me semble que les deux métaphores sont inapte à rendre compte des apports que peuvent apporter des éléments exogènes à une identité culturelle. L’une par un optimisme exagéré, l’autre en ne permettant que des changements marginaux.


Reste à savoir, si elle existe, en quoi consiste une identité culturelle, comment elle s'acquiert ou on en hérite. J’y reviendrai.