..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

vendredi 27 septembre 2019

Peindre, c'est aimer à nouveau.


Si je reprends ce titre de Henry Miller, auteur qui fut du temps de ma jeunesse folle (Ouquel j’ay plus qu’autre gallé) un de mes favoris et dont je ne songerais plus à lire une page aujourd'hui, c'est parce qu'il s'applique parfaitement aux deux Monochromes mobiliers corréziens auxquels je viens de mettre la dernière main.

Monsieur Fredi M., s'il émet son éternel « C'était mieux avant » fera montre d'une mauvaise foi éhontée car je n'accompagnerai ces deux œuvres d'aucune photo de leur état antérieur. Voyez plutôt :



La difficulté dans les Monochromes mobiliers n'est pas la peinture elle même mais la préparation des supports. Ces deux meubles furent abandonnés sur place par les héritières du précédent propriétaire, probablement parce qu'ils leur semblaient manquer d'intérêt et auraient eu du mal à s'intégrer dans leur intérieur. Il faut dire que le buffet était surmonté d'un haut d'un style différent (qui a fini à la déchetterie) et la disparition du grand tiroir du bas laissant une béance que j'ai bouchée d'une planche en contreplaqué. Je voudrais souligner au passage que les vols de tiroirs sont une catégorie de méfaits dont l'ampleur n'est pas suffisamment signalée par les media. Mais revenons à nos Monochromes. Ces meubles étaient par ailleurs habités. Non pas qu'ils aient eu, comme disait l'autre « une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer » mais plutôt que les vers s'y offraient de copieux banquets. Les xylophènes en vinrent à bout. Restait à supprimer la vieille cire dont, des décennies durant on les avait nourris. Le décireur dont j'avais fait l'emplette se révéla inapte à la tâche. C'est donc au papier de verre à gros grain, afin de permettre à la peinture d'y adhérer, que je préparai mes supports. Une sacrée corvée ! Deux couches de noir permirent à l'armoire de mieux s'intégrer aux autres meubles de ma chambre. Il en fallut trois de blanc pour obtenir le même résultat avec le buffet.

Vous savez tout sur la genèse de ces œuvres. Pour en revenir à ce vieux cochon de Henry, il avait raison : peindre ces meubles m'a fait les aimer à nouveau.

Vu qu'il pleut sur la Corrèze, je me trouve aujourd'hui au chômage technique n'ayant rien à faire à l'intérieur et le temps n'étant pas favorable à la taille des haies, j'hésite entre passer mon après-midi à pleurer Jacques Chirac histoire d'avoir l'air Corrézien et visiter quelques églises romanes. Je crains que la deuxième possibilité ne me séduise plus que l'autre.

mercredi 25 septembre 2019

Un brave vieux

Quand j'ai aperçu sa silhouette, marchant avec difficulté, s'aidant d'une canne anglaise, ça m'a fait plaisir. J'adore parler avec ce vieil homme. Pour diverses raisons dont la moindre n'est pas qu'il parle d'une voix très douce avec cet accent limousin que seuls les vieux possèdent encore alors qu'il y a trente ans, quand j'ai découvert la Corrèze, il était le fait de beaucoup. Je parle de voix douce, pas efféminée.C'est un bonheur de l'entendre. Il me héla d'un « Alors, toujours au travail ? » à quoi je répondis d'un simple «  Toujours ! » Une longue conversation s'ensuivit. Nous parlâmes santé, bien sûr. Le pauvre a connu trois AVC et l'an dernier une chute qui lui brisa des côtes. Le diabète, l'hyperthyroïdie (quatre ans de traitement!) n'ont plus de secrets pour lui. Depuis quatre ans que je le connais, les choses ne s'arrangent pas. Il est vrai qu'il se traîne vers les quatre-vingts ans, comme il peut mais avec le sourire. Il se plaint un peu, certes, mais sans geindre...

Je ne me souviens pas de comment nous nous sommes connus. Je me souviens par contre qu'il y a un an ou deux il m'avait salué d'un « De retour au pays ? » me donnant un sentiment d'appartenance à un village où, prenant la suite de son père, il avait exercé toute une vie la profession de menuisier. Fier de ses réalisations, il m'en cita quelques unes dans le village. Je fis semblant de voir de la porte de quel garage il était l'auteur... Il m'apprit que c'était son père, alors qu'il était tout gamin, il y a plus de 70 ans de cela, qui avait fabriqué mes volets, content de les voir toujours fonctionnels et en bon état malgré les ans avec leurs petites ouvertures circulaires pratiquées afin qu'on pût voir s'il faisait jour. On sentait l'homme à sa place, l'homme qui aimait son métier et en tire une modeste fierté. Il m'arrive d'envier, moi 'éternel nomade, les gens qui sont de quelque part, qui y ont passé toute leur vie, entourés de leurs parents et des mêmes amis, y voyant grandir puis partir leurs enfants, aux côtés de la même femme... Mais étais-je fait pour ça ? J'en doute.

Une particularité de langage que j'ai remarquée chez lui comme chez le vieil homme avec qui je partageai ma chambre à l'hôpital de Tulle et qui ne saurait donc être une idiosyncrasie, c'est qu'évoquant leur épouse, ils ne disent pas « Ma femme » mais « La femme ». Comme si, ce disant, à la possession ils préféraient l'unicité.

La conversation fut longue. On parla de ci, de ça, d'autres choses et surtout du reste. Un peu honteux, j'appris son aversion pour la peinture des meubles, surtout s'ils étaient d'un bois noble comme le châtaignier ou le merisier. J'étais justement occupé à peindre un vieux buffet et une armoire moins ancienne. J'atténuai plus tard mes remords en arguant, dans mon for intérieur, que ces meubles, abandonnés par les héritières de l'ex-propriétaire, n'étaient pas de première beauté ni jeunesse, que les vers s'en étaient copieusement repus, que je leur avais rendu un peu de leur lustre, bref, je me trouvais toutes les excuses que le fautif ou son avocat trouve à ses forfaits...

Nous finîmes par nous quitter. L'heure de la soupe approchait.Il ne fallait pas que « la femme » s'inquiète.

lundi 23 septembre 2019

Ras le bol !

Je ne regarde plus les infos. Je lis de moins en moins les statuts Facebook de mes amis dont j'ai supprimé un grand nombre durant l'épisode des Gilets Jaunes. J'apprends, en gros, ce qui se passe en regardant L'Heure des Pros, émission qui présente l'avantage de donner la parole à des gens défendant des positions proches des miennes. Malheureusement, ce que j'y apprends ne fait que confirmer mon ras-le-bol et monter en moi la certitude que, sauf improbable miracle, les carottes de l'Occident sont cuites. La folie y règne en maître et le simple bon sens est moqué car passéiste et par conséquent condamnable.

Nous sommes en 2019 entend-on comme s'il s'agissait d'un argument et que les conservateurs n'en étaient pas conscients. L'opinion change ! Ah oui, pour ce qui est de changer, elle le fait. On pourrait même la soupçonner de versatilité. Mais qu'est-ce qui la transforme cette fameuse opinion, sinon la reprise par les media des opinions d'illuminés ultra-minoritaires mais qui finissent par voir leurs inepties adoptées par une majorité sans colonne vertébrale éthique ou intellectuelle et redoute plus que tout de prendre du retard par rapport à la folie ambiante.

Les politiques ne font qu'enregistrer les variations d'une majorité décervelée. Ainsi voit-on un président découvrir le Pérou à Romorantin et esquisser la téméraire hypothèse que l'immigration devrait être un peu contrôlée. Ainsi voit-on la droite dite de gouvernement, celle qui se juge plus à même d'instaurer le collectivisme que ne l'est la gauche, pratiquer une forme d'homéopathie en diluant son peu d'idéal dans tant de gloubi-boulga centriste qu'on se demande en quoi elle s'oppose à la majorité instable d'aujourd'hui. Ainsi entend-on les populistes, que les gauchistes continuent de fustiger du qualificatif infamant d'extrême droite, tenir des discours que ne renieraient pas leurs pires ennemis.

Aucune idée n'apparaît suffisamment absurde pour que celui qui l'énonce se voit demander s'il pense vraiment que ce sont les marmottes qui emballent le chocolat dans le papier d'alu. Tout se valant, on donne la parole au fou et, au lieu d'en rire, on l'écoute avec autant, voire plus, d'attention et de respect qu'on en accorderait au sage si, par une inversion des valeurs, on n'en avait fait un aliéné passéiste.

Comment dans ces condition faire autre chose que le Candide de Voltaire ? Cultiver son jardin, peindre sa façade, tailler sa haie, lire de bons livres, regarder des films comiques, me paraît plus sage que de s'indigner de la politique du président Trucmuche ou Machin. Que ce soit l'un l'autre ou encore un troisième, qu'importe au fond ? Quel qu'il soit, il aura été élu par un peuple qui ne saurait qu'avoir les dirigeants qu'il mérite et les haïr ensuite, comme si la triste image qu'ils leur renvoient de lui-même lui était intolérable.

Le ramassis de truismes qui précède est inutile, j'en suis conscient. Disons que ça soulage de les exprimer de temps à autre...

samedi 21 septembre 2019

Dans les prunes

Dans les prunes

Je le signalais ici le neuvième jour du joli mois d'août, les prunes qui surchargeaient mon arbre au point qu'elles en cassèrent la branche maîtresse allaient bien finir par tomber. C'est pratiquement chose faite tout autour de ce prunus le sol et le toit de mon abri de jardin sont couverts de prunes. :







Et cela ne va pas sans de menus inconvénients : marcher sur des prunes, dans un terrain en pente peut provoquer, dans le pire des cas, une chute et n'est aucunement agréable. De plus, ces énormes réserves de nourriture sucrée ne manque pas de provoquer la venue d'une faune plus ou moins sympathique. On voit de jolis papillons :


De grosses mouches aussi :


Hélas, et c'est ce qui m'ennuie, les guêpes, auxquelles je suis allergiques, sont également là : 



Le vrombissement caractéristique du frelon se fait aussi entendre.

N'étant pas amateur d'un nouvel œdème, je me vois contraint de repousser le nettoyage à un moment où, le froid venu, je serai débarrassé de ces insectes peu amènes quand on les dérange à l'heure des repas. Toutefois, afin de pouvoir accéder à mon abri de jardin et d'en sortir outils et barbecue, je me suis, un matin, avant que les agapes ne commencent, dégagé au râteau un passage afin d'éviter de marcher par accident sur guêpes ou frelons.

Cet hiver, je vais sévèrement élaguer l'arbre et je continuerai de le faire afin d'éviter que cette situation ne se reproduise ou au moins si elle revient que ce soit de manière moins importante.


mercredi 18 septembre 2019

Boomers

Il m'arrivait de lire, dans des statuts Facebook le mot « boomers ». Je n'y prêtais d'abord pas grande attention, pourtant, la violence des critiques qu'on leur adressait, la haine que certains leur portaient finit par m'intriguer. C'était quoi, au juste un boomer ? Visiblement une sale espèce d'individus dont d'aucuns souhaitaient la disparition pure et simple. Si je ne voyais pas quelles pouvaient être les caractéristiques spécifiques à ces nuisible peut-être était-ce parce qu'on n'en trouvait ni en Corrèze ni dans la Manche mais seulement dans les grandes métropoles où toutes sortes de racailles pullulent ou apparaissent ?

Et puis un jour, comme ça, la lumière se fit : ces charognes n'étaient autres que les baby-boomers, c'est à dire, en Occident, les natifs des années allant de 1946 à 64 ! Pas étonnant qu'on ait supprimé le « baby » car les plus âgés comptabilisent 73 ans au compteur et les plus jeunes 55. Il faut avouer que pour un bébé ça commence à faire beaucoup. Je pris donc conscience que non seulement des boomers, j'en connaissais des tas, à commencer par mes frères, mais j'en étais un moi même.

On ne dira jamais assez combien il est doux de cultiver un sentiment de haine. On peut haïr quelqu'un pour sa race, ses mœurs, son comportement, sa façon de s'exprimer, ses goûts vestimentaires ou musicaux, son physique avantageux ou ingrat, etc. La haine a tant de motifs possibles que le haineux a l'embarras du choix et peut pratiquer le cumul sans problèmes. Ce sentiment m'est, hélas, étranger. Je ne hais rien ni personne et c'est bien triste car cela me prive des plaisirs ineffables que semble procurer cette douce manie.

Toutefois, haïr quelqu'un sur la base de sa date de naissance me parut tout de même curieux. Bien évidemment, mes « amis » contempteurs de boomers sont relativement jeunes. Ce sont souvent des enfants de boomers, je suppose. A part être stupides, incultes, vulgaires, parfois à l'aise financièrement et pour tout dire cons comme autant de valises sans poignées, que leur reproche-t-on au juste ? Entre autres de se l'être coulée douce, de bénéficier de grasses retraites financées par ceux qui n'en toucheront aucune et d'avoir, avec leurs conceptions soixante-huitardes mis la société dans le triste état où elle se trouve, semble-t-il.

Mouais. Sans vouloir trop contrarier ces braves jeunes gens, j'aimerais leur rappeler un fait : en 1973 a commencé ce qu'il est de bon ton d'appeler « la crise ». Les boomers avaient alors entre 27 et 9 ans. Les plus anciens d'entre eux, dont je fais partie (j'entrerai dans quelques jours dans ma soixante-dixième année), se sont retrouvés dans une société en changement, bien différente de celle à laquelle ils avaient été préparés. Leur jeunesse, c'était la croissance sans limite et le plein emploi. Les choses se corsèrent et la vie se fit moins douce. Beaucoup se trouvèrent mis hors du jeu social : nombre d'entreprises, des secteurs entiers de l'économie disparurent laissant certains de leurs employés sur le carreau. Quant à leur responsabilité dans l'établissement de la société de merde que déplorent mes « amis », je crains qu'elle ne soit pas si grande qu'ils veulent le croire. Il est possible que plus qu'eux, ce soit la logique d'un système économique et les conséquences d'une démographie en chute libre qui en soient la cause.

Quoi qu'il en soit, je ne me reconnais pas vraiment dans le portrait-robot que ses ennemis brossent du boomer. Réac depuis plus de quarante ans, mon progressisme est très modéré, j'ai connu bien des vicissitudes, quelques hauts, bien des bas. Si aujourd'hui je bénéficie d'une certaine aisance ce n'est pas de mon fait mais de celui de mes parents qui, eux, de la fin de la guerre à leur fin de carrière ont connu un parcours sans accidents. Ayant connu la pénurie leur génération était rarement cool et les jeunes étaient impatients de quitter un nid pas toujours très douillet. Pouvait-on leur en vouloir pour autant ? Ça ne me paraît pas raisonnable. Chaque génération est le produit de son environnement socio-économique. Que les plus jeunes tentent de créer, avec les moyens qui sont les leurs, une société qui leur convienne ! C'est ce qu'ont tenté leurs aînés.