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samedi 26 novembre 2022

Ultracrépidarianisme

 

A l'origine de ma découverte, cette image dont la légende comporte une faute de syntaxe.
Ceux qui la découvriront auront droit à mes sincères complients.

Ah que voilà un mot rare ! Moi même en soixante-douze ans de vie, je ne l’avais jamais rencontré. Il a fallu qu’une amie Facebook en publie la définition en anglais pour que je vérifie son existence dans notre langue. Je l’ai même, en vain, recherché dans mon Petit Robert. Il faut dire que mon édition est ancienne (elle m’avait été offerte lorsque j’avais remporté le banco du Jeu des 1000 Euros, au début des années 2000). Selon M. Wikipédia, il s’agirait en fait d’un mot emprunté à la langue anglaise où il apparut en 1819 sous la plume d’un certain William Hazlitt, écrivain, fustigeant l’incapacité du critique littéraire William Gilford*. Toujours selon ce bon vieux Wiki (à force de le fréquenter, je me sens autorisé à cette familiarité) ce n’est qu’en 2014 qu’il serait apparu en Doulce France.

Son étymologie est intéressante. A l’origine du mot, une locution latine : Sutor ne supra crepidam (cordonnier pas plus haut que la chaussure) qui trouverait son origine dans une anecdote narrée par Pline l’Ancien (à ne pas confondre avec Pline le Nouveau dont les anecdotes manquaient de saveur !) où un cordonnier se rendant dans l’atelier d’un peintre fait remarquer à ce dernier une erreur dans sa représentation d’une sandale. Le peintre en tient compte mais le cordonnier, enhardi par son premier succès, continue à critiquer l’œuvre et se fait rabrouer par l’artiste qui utilise pour ce faire la locution précitée, lui signifiant que s’il est compétent en matière de sandales, son expertise s’arrête là. En d’autre termes : Occupe toi de tes oignons.

Ainsi, l’ultracrépidarien a la fâcheuse tendance à exprimer son opinion sur des sujets auxquels il ne connaît rien. Tendance TRÈS répandue, comme quoi un mot sibyllin peut recouvrir une réalité très banale. L’ultracrépidianisme est une pratique très commune dans les conversations de bistrot et ailleurs. L’interminable défilé d’autorités auto-proclamées lors de la crise du Covid (sujet sur lequel on ne connaissait pratiquement rien à l’origine) est la preuve flagrante qu’il se pratique dans les milieux scientifiques.

J’en suis à me demander s’il n’est pas un élément constitutif de la démocratie et plus particulièrement du referendum. Demander leur avis sur un traité constitutionnel européen à des gens qui, comme moi, n’ont aucune notion de droit constitutionnel, m’en paraît une preuve indiscutable. De même quand les partisans d’un président élu par des gens craignant l’élection de sa concurrente, feignent de croire que les électeurs ont voté pour son programme, c’est accuser ces derniers de s’être prononcés sur un texte, si tant est qu’il existe, qu’il ignorent totalement ou qu’ils connaissent peu.

Météo, climatologie, géopolitique, politique macro-économique, corrida, etc. : les domaines où sévit l’ultracrépidianisme sont légion et font les choux gras des instituts de sondage. Dans bien des cas, les réponses les plus honnêtes apportées à ces derniers sont celles des « sans opinions ».

* Il semblerait que, depuis, la mésentente entre ces éminents personnages se soit apaisée.

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