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jeudi 28 janvier 2021

Vive le renard !

 

Y'a pas à dire, il a plus d'allure qu'un teckel, un poisson rouge ou une perruche !

Il fallait s’y attendre : à force de régaler Robert, votre pangolin, de soupe d’aile de chauve-souris, il commence à montrer d’inquiétants signes de faiblesse : il tousse, a plus de 40 de fièvre, son souffle se fait court et, après avoir reniflé son écuelle de soupe et en avoir lapé une larmichette, s’en est détourné avec la moue caractéristique qu’affecte son espèce quand elle trouve sa nourriture insipide. Pas besoin d’être un spécialiste en infectiologie pour arriver à la conclusion que Robert développe une une forme grave de Covid. Qu’il s’agisse du variant anglais ou d’une bonne vieille souche chinoise importe peu. Ses jours sont hélas comptés ! Le temps est venu d’envisager de le céder au propriétaire d’un restaurant asiatique de votre choix qui, s’il ne vous en donnera pas, vu son état, le prix du neuf sera trop heureux de lui prodiguer les soins culinaires qu’il mérite appropriés.


Toutefois, cette question réglée, vous ne sauriez envisager de passer les confinements à venir sans la présence affectueuse d’une compagnie animale. Seulement, quelle espèce choisir ? Quand on a, comme vous, connu la douleur de se voir contraint d’abandonner un compagnon exotique à la santé délicate, pourquoi n’adopterait-on pas un animal indigène, robuste, de taille raisonnable et au poil roux ? Hein, pourquoi ? N’étant pas végan, qu’il soit carnivore ne vous gênerait pas. Qu’il ait des oreilles pointues et une queue touffue serait pour vous un plus ? Un mammifère correspond en tout point à vos attentes : le renard.


Je parle de l’espèce vulpes vulpes, ou renard roux. L’Isatis, ou renard polaire, serait tentant si sa magnifique fourrure blanche ne laissait place, les chaleurs revenues, à un pelage brunâtre et hirsute en laissant des polis partout. D’autre-part, vu qu’il est s’accommode allègrement de température de – 40 ° C, même en baissant le chauffage, il crèverait de chaud chez vous.


Le renard est un animal si rusé qu’il a su, le moment venu, changer son nom de goupil afin de faire un peu oublier les méfaits dont les paysans l’accusaient. Et ça a marché. J’en veux pour preuve que son principal prédateur, le loup gris, faute de devenir un Ysengrin, a fini par être éradiqué (avant qu’on ne le réintroduise pour la plus grande joie des bergers et de leurs ouailles). On peut dire que je le connais, l’animal ! J’ai passé une année en sa compagnie, à éplucher toutes ses branches à la recherche de l’image que donnaient ses clercs de biographes du clergé, bas, moyen ou haut, régulier ou séculier. 80 000 vers octosyllabiques en vieil françois ! Avec pour résultat une centaine de pages dactylographiés qui me valurent une mention très flatteuse… Mais je digresse car peut-on accorder à ces récits médiévaux une réelle valeur éthologique ? Il m’arrive d’en douter.


Plus sérieusement, le renard est un canidé dont la taille au garrot est d’une quarantaine de centimètres et dont la longueur varie, suivant les sous-espèces de 48 à 90 cm auxquels il faut ajouter de 32 à 49 cm de queue. Si votre logement est exigu, préférez donc une sous-espèce de petite taille. Sinon, le renard se nourrit de rongeurs, d’insectes, d’oiseaux, et même de fruits. Il pourra donc vous assister efficacement dans votre lutte contre la pullulation des rats, souris et autres vermines qui infestent votre logis.


Contrairement à ce que pense un peuple dont la vanité n’est plus à démontrer, ce n’est pas par son urine mais par ses déjections que le renard peut contaminer l’homme via les baies que ce dernier récolterait en bas des mûriers ou ronces à fruits. Vous pouvez donc continuer de vous régaler du subtil parfum qu’un peu d’urine de renard ajoute à ces fruits sauvages. En revanche, assurez vous que lesdites baies ne sont pas polluées de déjections, celles-ci étant susceptibles de vous faire attraper une échinococcose alvéolaire, maladie que son nom aurait tendance à faire considérer comme plutôt rigolote mais qui, après une lente progression, peut vous envoyer le chrétien vérifier si les pâturages sont plus verts de l’autre côté de la tombe.


Un autre problème est le fait que le renard, à l’état naturel, occupe un territoire de plusieurs kilomètres carrés et a tendance à creuser des terriers. Si vous ne disposez pas d’un jardin de plusieurs milliers d’hectares, ce qui est fréquent dans nos grandes métropoles, oubliez-le car vous ne feriez pas son bonheur. Toutefois, une expérience menée sur des décennies, a permis, par sélection, d’obtenir des animaux relativement domesticables.


Reste le problème de l’odeur. Vous devriez le résoudre en prenant plus souvent douches et bains. Si vous n’y êtes pas disposé, dites vous bien qu’au bout d’un moment le renard finira par s’y faire…


La longévité du renard captif est d’une quinzaine d’années alors qu’elle n’est au mieux que du cinquième dans la nature. Ce rusé animal devrait donc être conscient du côté où sa tartine est beurrée et se montrer reconnaissant à votre égard.


Il y aurait tant à dire sur ce charmant petit animal, que je ne saurais en dresser un portrait exhaustif. Une chose est sûre : entendre un renard glapir gaiement dans votre jardin apportera, quelle que soit la saison, du soleil dans votre cœur et de l’envie dans celui de vos saloperies de voisins.



12 commentaires:

  1. Sans oublier que la mode et le confort vestimentaire, contrairement à Greta, ne sauraient se passer du renard quand, le moment venu, vous aurez décidé de le rendre utile -néanmoins, l'été dernier, à l'heure (tardive, donc) de la dernière clope et du dernier verre, j'en ai vu un traverser le jardin, pourtant étroit, à St Pierre Quiberon. Et bien ça fait drôle, tout de même, surtout quand il s'est tourné vers nous, le regard et la queue droits.)

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    1. Me croirez-vous ?
      Dans mon Bas-Vivarais j'en ai suivi un sur plusieurs mètres : il allait nez au vent et ne m'avait pas flairé. Ce n'est que quand j'ai fait rouler une pierre qu'il s'est avisé de ma présence et a détalé... comme un lapin !

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    2. J'y vais de mon anecdote. Lors de vacances au Pays de Galles, de la terrasse où je me trouvais, j'aperçus un renard qui courait comme un fou dans un pré sur le flanc d'une colline. Étant plutôt nocturne, sa présence m'étonna en ce matin ensoleillé. De temps à autre, il faisait un grand bond avant de reprendre sa course. La raison de cet étrange comportement m'apparut quand je vis une qu'une meute de chiens était à sa poursuite. J'assistais à une chasse à courre ! Les bonds assez spectaculaires avaient pour but de retarder la meute. Car le bond avait pour effet de lui faire perdre sa trace. Les chiens se mettaient à tourner, désorientés, jusqu'à ce qu'un d'entre eux retrouve sa trace là où il avait atterri. Une ruse de renard, enfin, de fox !

      Je n'ai pas pu voir si le renard était parvenu à semer ses poursuivants, car tous disparurent au détour de la colline.

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  2. Bonsoir,
    je suis un lecteur fidèle de votre blog. Je profite de cet article pour vous demander quelle édition du roman de Renart vous me conseilleriez. Que pensez-vous de de celle de Jacques Haumont (E. Piazza 1966) ? Par avance grand merci.

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    1. Merci de votre fidélité. Malheureusement, je ne connais pas l'édition en français moderne du Roman de Renart dont vous parlez, vu que, dans le cadre d'une Maîtrise de Lettres (pas très) modernes, j'ai travaillé sur l'édition en 6 volumes du texte en ancien français qu'en donna Mario Roques aux Éditions Honoré Champion (entre 1948 et 1963). Désolé.

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    2. merci d'avoir pris le temps de me répondre. Bonne journée

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  3. Chacun semble avoir son histoire de renard à nous servir. J'ai beau me creuser la cervelle, je n'en trouve aucune ! Vous auriez dit chat ou chien, c'était plus facile.
    Mais, pourquoi le nier, ce qui a retenu mon attention ce sont ces "gentilles dames en blanc".
    Dites-nous en plus. Êtes-vous encore entre leurs mains ?
    Et excusez-moi si je vous semble intrusive, Oncle Jacques, j'ai essayé de me retenir mais je n'y suis pas parvenue.

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    1. Je n'ai jamais été entre les mains de "gentilles dames en blanc". J'ai simplement conjecturé que c'était le cas du regrettable leon...

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  4. Je suis étonné que vous n’écriviez pas que le renard est l'animal emblématique de la ruse. Il n'y a que deux moyens pour réussir : la Force et la Ruse. La Ruse est moins fatigante !

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    1. Surtout que, face à un loup, un chien et même un chat, le renard ne peut faire appel qu'à la ruse.

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  5. Bravo! Il fallait réparer une injustice, voilà qui est fait!
    Grâce à vous nombre de ces petits animaux sympathiques pourront connaître une vieillesse paisible sinon heureuse...vu que vieillesse heureuse, même chez les canidés, cela semble un peu antinomique.
    Amitiés.

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    1. Personnellement, jusqu'à maintenant, ma vieillesse est plutôt heureuse...

      Amitiés.

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