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mercredi 28 décembre 2016

Dix petits quoi ?

Hier soir je regardai Dix petits nègres mini-série tirée du célébrissime roman de Mme Agatha Christie. Bonne mise en scène, bons acteurs, bon rythme, belles images, du beau travail, comme savent faire nos voisins d'Outre-Manche. Seulement, quelque chose clochait. Les dix figurines disparaissant une à une à mesure que mouraient ceux qu'elles étaient censés représenter ne représentaient pas des nègres et dans la comptine qui accompagnait l'histoire on parlait de « petits soldats ». Curieux, non ?

Le spectacle terminé, perplexe, je me rendis sur Internet pour voir comment pouvait s'expliquer la métamorphoses de Niggers  en  Soldiers  ( Notons au passage que Nigger est défini soit comme une manière familière de désigner un nègre, soit comme un « terme raciste désignant un Noir », par l'Harrap's Unabridged Edition.).

Ce fut instructif. Le chef-d’œuvre de Mme Christie ou du moins son titre comme la comptine qui l'inspira connurent des métamorphoses : jugé raciste, il se transforma un temps en Dix petits Indiens avant de devenir And Then There Were None (Et alors il n'en resta aucun), dernier vers de la chanson éponyme. Ce dernier titre reprit celui utilisé aux États-Unis ( où le terme Nigger était déjà considéré comme injurieux) dès la parution du livre. Il fallut bien changer quelque peu le texte et y remplacer Nigger boys par ce Soldier boys qui provoqua ma perplexité.

En France on garda le titre d'origine. Probablement pour des raisons commerciales. Car notre moderne repentance n'a rien à envier à celle de nos amis britanniques ou Étasuniens. Toutefois ces derniers ont pris l'habitude de remplacer ce mot par d'autres comme en témoigne la comptine :

Eeny, meena, mina, mo,
Catch a tiger by the toe;
If he hollers let him go,
Eena, meena, mina, mo.

(Eeny, meena, mina, mo,
Attrape un tigre par l'orteil;
S'il braille, laisse-le partir,
Eeny, meena, mina, mo, )

Texte intéressant certes, mais où le tigre est venu remplacer le Nègre de l'ancienne version :

Eeny, meena, mina, mo,
Catch a nigger by the toe;
If he hollers let him go,
Eena, meena, mina, mo.

S'il est raciste d'attraper un nègre par l'orteil, est-il bien raisonnable d'encourager un enfant à saisir un tigre de cette manière ?  Dieu merci, il existe d'autres variantes où c'est un poulet, une araignée, un prof ou ce qu'on voudra qu'on saisit par l'orteil.

Nous connaissons les gravissimes problèmes que soulève Tintin au Congo mais, en y regardant bien, nombre de passages ou de personnages seraient à revisiter jusque dans les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale ou dans certains textes sacrés. Par exemple, ne serait-il pas souhaitable de faire du Juif Fagin d'Oliver Twist un Français, tout lecteur du Sun sachant que nos compatriotes sont par nature mauvais ? De même, ne devrait-on pas dans le Coran remplacer les termes Chrétiens et Juifs par canaillous, sauvageons ou taquins ?

1984 prévoyait la réécriture de l'histoire. Voici venu le temps de réécrire les chansons, la littérature et les textes religieux.


12 commentaires:

  1. Pour le roman de Mme Christie, je propose, en français, de l'appeler : Dix petits Lyonnais

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    1. Choix judicieux car rebaptisé "Dix petits Dionysiens" certains aurait pu croire qu'on n'avait rien changé...

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  2. Bonjour Monsieur des Collines :

    Mark Twain a reçu le même traitement de "faveur". Ses livres "Tom Sawyer" et "Huckleberry Finn" ont reçu leur dose de censure et réécriture :

    http://www.slate.fr/lien/32353/twain-huckleberry-finn-racisme-censure

    Nous vivons vraiment une époque "formidable". :(

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    1. Tout ça n'est probablement, hélas, qu'un début !

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    2. Monsieur des Collines :

      Oui, vous avez raison, ce n'est qu'un début : en Scandinavie la marque de bonbons Haribo a supprimé ses bonbons noirs pour ne pas être accusée de racisme.

      "La pression des consommateurs a fait céder Haribo. Le fabricant de bonbons a annoncé, vendredi 17 janvier (2014), qu'il arrêtait la vente en Suède et au Danemark de bonbons à la réglisse que certains clients de la marque trouvaient racistes. Ces bonbons faisaient partie de l'assortiment Skipper Mix, lancé par le confiseur allemand il y a de nombreuses années.
      Haribo a dit tenir compte de critiques qu'ont exprimées des internautes ces dernières semaines. « Nous avons estimé que nous pouvions garder ce produit et en retirer les parties que certains consommateurs ont jugées offensantes », a expliqué à l'AFP le directeur de Haribo Suède, Ola Dagliden.

      En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/vous/article/2014/01/17/accuse-de-racisme-haribo-elimine-ses-bonbons-noirs_4350208_3238.html#Vytw0K4P1dtv9bjl.99

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  3. Je vous rassure, ces mesures coercitives ne s'appliquent qu'aux qualifications des personnes d'origine africaine (lointaine ou récente, peu importe). Ainsi est il toujours parfaitement licite de parler de franchouilles, ritals, chinetoques, amerloques, boches et autres petits-suisses. Cette mise au point pour mettre en évidence les vastes pans de liberté qui restent encore à la parole.
    Amitiés.

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    1. L'emploi des termes nègre ou crouille n'est pas recommandé de nos jours, à moins d'être suicidaire. Et avisez-vous, malheureux, d'évoquer le youtre ou le youpin sur le ton de la gaudriole, je ne donne pas cher de votre peau.

      C'est l'hymne à l'amour des gens policés. Je n'aime vraiment pas les gens.

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    2. J'ai souvent pensé que si dans certains articles du "Sun" on remplaçait "French" par "Blacks" le journal aurait été gravement sanctionné.

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  4. Il aurait fallu choisir "Dix petits blacks" ?
    Mais c'est se rendre coupable de racisme anti-portugais, puisque le mot français "noir" est permis (encore que), le mot anglais "black" est permis, mais le mot portugais "negro" est banni.

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  5. Je ne pense pas qu'on puisse raisonnablement empêcher qui que ce soit d'utiliser le mot "nègre", pas plus que "négrier", "négresse", "art nègre", négritude" ou autre "negro-spiritual" puisque tous ces mots figurent au dictionnaire, contrairement à "crouille" qui devrait figurer entre "crottin" et "croulant" ou "youpin" entre "yougoslave" et "yourte", et qui n'y sont pas.

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    1. La présence d'un mot dans le dictionnaire ne garantit pas qu'on puisse en faire usage sans danger.

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