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samedi 27 décembre 2014

Le roman des siècles



Ne vous y trompez pas : ce titre n’a rien d’hugolien. Il s’agit simplement d’évoquer une mienne et ancienne ambition : écrire le roman qui, le roman que, le roman dont, le roman où, bref, LE roman. Celui avant lequel il semblerait n’y avoir jamais eu de roman et après lequel on s’excuserait d’encore en écrire. J’étais jeune alors. Je rêvais.



De menus obstacles cependant se dressaient entre mon projet et sa réalisation : je manquais d’imagination, je n’avais pas grand-chose à dire, et mon style était pour le moins pataud. De plus, en admettant que je surmonte ces embuches, rien ne me garantissait que le résultat obtenu serait nettement supérieur au Voyage au bout de la nuit ni même à L’Angoisse du roi Salomon. La peur de ne pas égaler et encore moins distancer Louis-Ferdinand Céline ou Romain Gary paralysait ma plume.  Du coup, en dehors de mes listes de courses, de lettres demandant des délais de paiement au service des impôts ou de correspondance amoureuses ou amicales, je n’écrivais jamais rien. Et j’en ressentais une certaine tristesse : un rien chagrine la jeunesse.



N’importe comment, vu ma forte tendance à m’abandonner à la délectation morose, si j’avais succombé à la tentation de noircir des pages, celles-ci eussent été lugubres et pour tout dire chiantes comme la pluie. A un professeur ami qui s’étonnait, vue mon humeur générale, que je n’apprécie pas certain écrivain russe, je répondis qu’il me rappelait trop la vie. C’est tout dire… Dieu merci, le temps et  les expériences m’ont amené à considérer l’existence de façon plus légère et anéanti mes ambitions. Je ne m’en porte que mieux.



Pourtant, de temps à autre, me viennent des idées d’histoires. Pas plus tard qu’à la veille de Noël j’ai imaginé les amours de Kevin, jeune Romorantinais saisi dès sa plus tendre enfance par l’ambition de devenir le plus grand mangeurs de choucroute qu’ait jamais porté la terre. A cette passion, il sacrifiera tout : d’une intelligence supérieure, alors qu’à quatorze ans, en classe préparatoire, tous le voient intégrer Normale Sup, Les Mines, l’X, etc. en position de major, il abandonnera ses études car la saison des concours d’entrée est aussi celle des foires à la choucroute. Son destin l’amènera à croiser, à la fête aux ânes d’Issoudun, Lola,  diététicienne castelroussine un rien nymphomane qui ne rêve que d’obèses et qui, dès qu’un de ses patients fait monter en elle des pensées impures, ce qui n’est pas rare, plutôt que de lui faire perdre un surpoids parfois léger, lui prescrit des régimes aptes à lui donner une ampleur de sumotori.  Cela nuit comme on s’en doute à sa réputation professionnelle et ses amant la quittent bien vite, hantés qu’ils sont de rêves de gringaletude. Entre les deux jeunes gens c’est le coup de foudre : tous deux adorent Heidegger et rient aux mêmes passages d’Emmanuel Kant. D’autre part, les entraînements intensifs du Romorantinais lui ont acquis la silhouette dont rêve la diététicienne. S’ensuit une passion dévorante sur fond d’enchanteurs paysages berrichons et de foires à la choucroute. Hélas, alors que Kevin après avoir gagné nombre de compétitions et de nouveaux kilos est soudain frappé d’anorexie. Lola, craignant de voir son amour (la personne et en conséquence le sentiment) s’étioler, se lancera dans une lutte désespérée pour lui rendre son appétit d’antan. Je ne vous dirai pas la fin de l’histoire. Sachez simplement qu’avant une conclusion surprenante, elle sera semée de péripéties d’autant plus nombreuses que viendront se mêler aux  démêlés sentimentaux des deux personnages principaux les destinées croisées d’autres protagonistes qui feront, à peu à la manière de Dos Passos dans Manhattan transfer, du roman une épopée tendant à brosser une fresque complète de ce microcosme qu’est le Berry du début du XXIe siècle.



Il y a là-dedans du Corneille, du Dostoïevski, du Balzac, du Shakespeare, du Cervantès et même, en cherchant bien du Homère. On y passe, le fatum aidant, du rire aux larmes, le spécifique y tutoie l’universel. Un thème, si on le fignole un peu, à avoir le Goncourt et le Nobel la même année. Malgré tout ça croyez-vous que je m’y attèlerai dès demain ? Eh bien non : j’ai la flemme.

23 commentaires:

  1. Tiens ça alors c'est rigolo!
    Figurez vous qu'il m'arriva naguère de caresser les mêmes velléités, sauf que moi, tout en ne disposant pas
    d'une trame de la qualité de la vôtre, loin s'en faut, j'ai concrétisé...et, naturellement n'ai jamais réussi à publier
    le fruit de mes fantasmes écrivassiers. Et, c'est la que la coïncidence devient surprenante, je viens à l'instant
    de le mettre en ligne sur le nouveau blog que j'ai créé suite aux manœuvres dolosives de mon ancien hébergeur,
    lequel m'interdit d'administrer Onefoutus, sous de vagues prétextes de "mise à jour".
    Pour ceux qui disposeraient d'un peu de temps à perdre...
    Vive Kévin et amitiés.

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    1. Ben c'est bien biau tout ça, mais comment et où on le trouve, votre nouveau blog ? Une adresse?

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    2. Très fier de moi, je l'ai trouvé. En cliquant sur Nouratin en tête de son commentaire.

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    3. J'ai suivi le conseil de Pangloss (qu'il soit remercié au passage) et j'ai trouvé !

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    4. Je viens de lire le premier chapitre. J'adore ! On aimerait être éditeur pour éditer un livre aussi truculent, plein de vie et en même temps si personnel.
      Bravo Nouratin ! Je vous fiche mon billet que vous allez en avoir des lecteurs. C'est en tous les cas ce que je vous souhaite car votre écrit, pour ce que j'en ai pu en voir, le mérite absolument !

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    5. Chapitre 2 - J'ai éclaté de rire plus d'une fois !

      Remarques ch1 - Je ne mettrais pas de S à Pall-Mall. De temps à autre sans S non plus.

      Page 22 - entre temps plutôt que entre tant - chiards plutôt que chiares

      Voilà, voilà, j'y retourne.

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    6. @Mildred : gros bisous, je vous aime!
      Juste, pour "entre tant", cela vient d'"entre tant et tant", il semble donc plus correct de
      l'écrire ainsi. Pour le reste, je vais corriger.
      Merci beaucoup.
      Nouratin.

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  2. C'est bien dommage. Il y a manifestement un truc quoi, j'veux dire, euh, enfin, il y a effectivement, dans l'incroyable histoire de cet étonnant Kévin, matière à creuser.
    Mais bon la flemme... comme je vous comprends!
    Combien de fois je me suis dit au réveil qu'il faudrait que je pense un de ces quatre matins à révolutionner l'économie mondiale, trouver un vaccin contre le téléthon ou résoudre le conflit israélo-palestinien? Et puis toujours un truc qui urge, une séance de yoga à rattraper, mes cours de danse orientale, le dernier épisode des Feux de l'amour etc. Misère...

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    1. C'est vraiment dommage, ce côté velléitaire ! Surtout pour ce qui est du vaccin anti-téléthonique ! D'un autre côté, rater un épisode des Feux de l'amour serait dommage.

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  3. Malgré tout ça croyez-vous que je m’y attèlerai dès demain ? En bien non : j’ai la flemme.

    Hi hi hi hi !!!
    Et pourquoi donc faire autrement ?
    Bloguer vous va si bien !
    Pour ça aussi il faut un certain talent ; et vous l'avez.

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    1. Vous me flattez , Fredi. Je finirai peut-être par vous croire !

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  4. Au fin fond de l'Univers, à des années et des années-lumière de la Terre,
    Veille celui que le gouvernement intersidéral appelle
    Quand il n'est plus capable de trouver une solution à ses problèmes,
    Quand il ne reste plus aucun espoir :
    le Capitaine Flemme !

    (Refrain)
    Capitaine Flemme tu n'es pas
    De notre galaxie
    Mais du fond de la nuit
    (Capitaine Flemme)
    D'aussi loin que l'infini
    Tu descends jusqu'ici
    Pour sauver tous les hommes

    Capitaine Flemme tu n'es pas
    De notre voie lactée
    Mais tu as traversé
    (Capitaine Flemme)
    Cent mille millions d'années
    Pour sauver de ton bras
    Les gens de Mégara



    Il y a dans ton Cyberlab
    Et dans ton Cosmolem
    Ton petit copain Ken
    Il y a aussi
    Tu vois
    Ta douce amie Boutfil
    Nouratin et Fredi M.
    Qui ne te quittent pas

    (Refrain)
    Capitaine Flemme tu n'es pas
    De notre galaxie
    Mais du fond de la nuit
    (Capitaine Flemme)
    D'aussi loin que l'infini
    Tu descends jusqu'ici
    Pour sauver tous les hommes

    Capitaine Flemme oui c'est toi
    Un jour qui sauveras tous ceux
    De Mégara ...

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    1. C'est malin, j'ai l'air dans la tête maintenant !

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    2. Ce n'est pas de ma génération ! La télé n'existait pratiquement pas dans ma lointaine enfance...

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  5. Votre histoire n'est pas crédible, cher ami, tout le monde sait qu'il n'y a pas de fête aux ânes à Issoudun !

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    1. J'ai placé cette foire à Issoudun parce que c'est une des métropoles les plus prestigieuses du Berry. L’Indre regorge littéralement de foires aux ânes (Poulaines, Le Magny, Lignières, pour ne citer que les plus célèbres). Qu'il n'en existe pas encore à Issoudun est un scandale. Pourtant, ce n'est pas les ânes qui y manquent : André Laignel (Allias le Nain sectaire), PS, élu maire au premier tour en 2014 avec 67% des suffrages !

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  6. Ecrivez ce beau roman, Jacques, et vous serez publié...

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  7. C'est marrant, car j'avais également, entre vingt et trente ans, ces velléités d'écrire des romans: j'en ai imaginé plusieurs dizaines mais je ne m'y suis jamais mis: la flemme, mais aussi la fâcheuse tendance de toujours remettre mon ouvrage au lendemain, un peu comme s'il fallait attendre que l'inspiration se manifestât d'une manière spéciale pour s'y mettre... Aujourd'hui, même pour bloguer, il faut que je me fasse violence: c'est dire à quel point je suis flemmard.
    Ceci dit, Jacques, vous devriez vous y mettre: les amours de Kévin semblent prometteuses.

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    1. Quel jeune à tendances littéraires ne s'est pas rêvé romancier ? La procrastination fait avorter bien des chef-d'oeuvres ...

      Je m'y suis mis hier. Seulement, irai-je jusqu'au bout ?

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  8. Moi, c'est plutôt vos lettres d'amour que j'aimerais lire.

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    1. Vu que je n'en faisais pas de doubles, je ne les ai plus. J'espère d'ailleurs que les destinatrices ont eu la sagesse de faire ce que je fis il y a quelques années : tout brûler !

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