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mardi 27 novembre 2012

Divorce à l’italienne



Ce petit texte m’a été inspiré par un article du Telegraph sur le plus vieux divorcé du monde : 99 ans et toutes ses rancœurs ! On s'amuse comme on peut...



Antonio était vieux comme les ponts,  vieux à tutoyer la mort. Sa vue baissait à mesure que ses articulations  accentuaient leur  torture. Mais l’accepter…  C’est pourquoi  ce soir, s’étant mis en tête que ses vieilles lunettes étaient bien meilleures que celles qu’on lui avait vendues à prix d’or il y avait de cela  quoi ? Cinq, dix ans ?  Il entreprit de les chercher.

Il chercha, fouilla, fureta. Le tiroir du buffet de la cuisine, les boîtes de biscuits fourre-tout des placards où gisaient pêle-mêle photos de morts, calendriers d’années fanées, médailles pieuses et élastiques durcis par le temps, les étagères où de vieilles chemises finissaient de jaunir : rien.

Il monta au grenier, escalade douloureuse. Pourquoi y aurait-il rangé ces lunettes ? Pourquoi pas ? Sa mémoire se faisait brumeuse. Quand on n’a pas tout fait, on n’a rien fait ! Pourquoi pas là ? Parmi les épaves d’une vie longue vie, objets inutiles à la perte desquels on ne saurait se résigner,  il aperçut une commode. Il lui manquait un pied. Il tira avec effort un premier tiroir que le déséquilibre du pied disparu  faisait coincer un peu. Des paquets de correspondance apparurent. Rosa gardait tout.  Cartes de vœux, lettres des garçons pendant leur service, faireparts  de deuils, de naissances, reliques des temps pré-téléphoniques…

Tout au fond du tiroir, entourées d’un ruban,  quelques missives à la seule Rosa adressées, l’intriguèrent. Datées de 1942, du temps de la guerre, de l’époque où il servait loin d’elle, où les premiers feux s’étant déjà calmés, par devoir et routine il adressait du front à la mère de ses enfants des lettres rassurantes. Elles n’étaient pas de sa main. Pas de celle tremblante d’aujourd’hui, bien sûr. Mais pas plus de celle du jeune père d’alors.

Il en ouvrit une et la lut. Une lettre passionnée. Adressée à Rosa !  Ainsi pendant qu’il jouait les héros d’une cause perdue, elle s’envoyait en l’air la garce !  Partager sa vie n’avait pas été simple. Combien de fois avait-il songé à la quitter ? Il y avait d’abord eu les enfants, les convenances, et puis,  l’âge venu, la résignation, la lâcheté, l’idée qu’il était trop tard. Ainsi va la vie, ni heureuse ni malheureuse, tiraillée entre désir du large et nécessité d’un port…

Soixante-dix-sept ans de vie commune, de heurts et de rabibochages, avec  dix ans plus tôt, un départ chez son fil et un prompt retour. Sur base «  d’à quoi bon ? ». Il n’était pas encore prêt. Ni à perturber son fils ni à renoncer à la douce amertume du foyer.  Mais cette offense faite à son honneur d’homme c’était trop.  Le peu de temps qu’il lui restait, il le passerait seul. Sa décision de divorcer était prise.

10 commentaires:

  1. Il attendait peut être que les enfants soient morts.

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  2. Ce n'est qu'un latin...ces gens-là, si tu ne leur mets pas le nez dans la crotte, ils te disent que tout va bien.
    Jard

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  3. Elle a plutôt de la chance cette dame, car d'autres auraient sans hésitation décidé de la trucider !
    A 99 ans il ne risquait pas grand chose, alors que sa faute à elle était tout simplement impardonnable.

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    1. Oui, mais peut-être avait-il égaré sa pétoire ou son poignard... A moins que, prudente,elle ne les ait cachés

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  4. Qui, de Giono ou de Pagnol, avait écrit cette petite histoire sur la Mère des Compagnons ? Une femme gardait rancune à son mari d'avoir couché avec la mère des Compagnons quand il était jeune et qu'il faisait son Tour de France. Enfin, elle le pensait mais n'en était pas absolument certaine. Devenus bien vieux, elle lui demanda avec les formes, lui assurant qu'elle ne lui en tiendrait pas rancune, après tout ce temps de vie commune, bref, elle lui demanda s'il avait fauté. L'époux avoua. Alors, elle le mordit brutalement et y laissa sa dernière incisive.

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    1. C'est dans les "Souvenirs d'enfance" de Pagnol, je ne me souviens plus dans lequel des quatre...

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  5. Comme quoi, il aurait mieux fait d'y penser plus tôt, vu que l'homme marié est toujours cocu d'une manière ou d'une autre. On en prend son parti ou on casse mais alors, sans attendre la prescription, c'est préférable.
    Amitiés.

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