..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

jeudi 11 avril 2019

Notes


Dans un récent article, M. Goux se plaignait de la cuistrerie de l'éditrice d'un ouvrage de Mme Carson McCullers. Ce grand esprit, probablement en proie à un grave abattement, déclarait ne trouver aucun intérêt aux notes que la brillante universitaire avait rédigées afin d'éclairer le lecteur. Il laissait même entendre qu'il ne s'agissait aucunement d'un cas isolé. Je ne saurais partager ce genre de blasphèmes : en fait, en dehors des préfaces, les notes de bas de page ou de fin de volume sont souvent ce qu'il y a de plus intéressant dans bien des livres. Elles ouvrent de nouveaux horizons au lecteur. Au point que nombreux sont les vrais amateurs de littérature qui ne lisent qu'elles.

Si la vie, cruelle marâtre, ne m'avait pas contraint à suivre d'autres chemins, je pense que le métier de noteur m'aurait apporté une ineffable félicité. Quoi de plus noble, en effet, que d'accompagner, voire de guider un lecteur sur le chemin souvent malaisé qui mène à une profonde compréhension de l’œuvre comme de l'âme d'un auteur ? Je vous le demande !

D'ailleurs, et vu qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser ses rêves de gosse, je vais annoter, rien que pour vous, un texte que chanta Yvan-Chrysostome Dolto, plus connu sous le nom de Carlos, chanteur d'un grand talent qu'un malencontreux cancer du foie enleva bien trop tôt à notre affection. Parmi les chansons hautement poétiques qu'il interpréta, il en est une quai, tant par la forme que par le fond domine un répertoire pourtant riche et profond. Je veux parler, certains de vous l'auront deviné, de son célèbre « Papayou » :

Quand je suis v'nu au monde
Ma mère1 m'a tout donné
Une panse bien ronde
Des pieds, des grands pieds
Pour marcher, pour danser2
Mais la plus belle chose
Qu'elle ait pu me donner dans l'fond
C'est à peine si j'ose
Le dire... c'est mon...
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé3
J'ai le plus beau des Papayou lélé
Qu'on ait vu depuis des années
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
Ma mère me disait faut pas le montrer
Ca f'rait des jaloux dans le quartier4
Ca f'rait pleins de jaloux qui n'en n'ont pas du tout
Pleins d'envieux qui n'en ont pas chez eux
Pleins de méchants qu'en ont pas d'aussi grands
Il faut pas le montrer du tout, non!
Un jour l'institutrice5
Me dit: "Mais que t'as grandi"
Je réponds sans malice
"Mais mon Papayou il grandit lui aussi"6
Elle me dit "Je suppose
Que c'est une plaisanterie"
Mais en voyant la chose
Elle pousse un cri "Oh"7
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
C'est le plus beau des Papayou lélé
Que j'ai vu depuis des années
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
Garde le pour moi ne le montre pas8
Ca f'rait des jaloux dans le quartier
Ca f'rait pleins de jaloux qui n'en n'ont pas du tout
Pleins d'envieux qui n'en ont pas chez eux
Pleins de méchants qu'en ont pas d'aussi grands
Pleins de badauds qu'on rien vu d'aussi beau
Et qui diraient partout, drôle de joujou
Il faut pas le montrer du tout, non!
Un jour à colin-maillard
Une fille aux yeux bandés9
Le découvrant par hasard
Me dit: "Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est?"10
Depuis au village
Toutes les filles de la région
Me demandent en mariage11
Pour avoir mon...
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lél
Etc.

J'espère vous avoir été utile en favorisant votre compréhension de ce texte dont certains passages,sans être ésotériques, peuvent paraître obscurs.

1Françoise Dolto éminente psychanalyste qui fit tant pour que les parents cessent d'éduquer leurs enfants convenablement.
2Carlos voua, toute sa vie durant, un véritable culte à sa mère et plus particulièrement à sa légendaire générosité ainsi s'explique l'énumération de dons que des enfants moins reconnaissants eussent trouvé aller de soi.
3Le papayou lélé est un bonnet de coton mêlé de latex que, dans les familles grecques et russes, on offre aux nouveaux nés et qui partage avec la grenouillère « Babygro » la particularité de grandir avec l'enfant (du grec « papayos lèlos », bonnet de coton extensible).
4La famille Dolto, jouissant d'une certaine aisance n'avait pas mégoté sur le prix du bonnet ce qui risquait de provoquer des réactions d'envie chez les voisins moins favorisés.
5Ernestine Chombier, pédagogue émérite, toute entière dévouée à son apostolat était cependant très distraite au point de ne pas voir ses élèves grandir au fil des années.
6Cf. note 3
7Bien que très cultivée, Mme Chombier ignorait tout de l'extensibilité du papayou lélé.
8Notez la convergence des conseils de la mère et de l'institutrice qui de ce fait est présentée comme un substitut maternel.
9Précision inutile car jouer au colin-maillard sans bandeau constituerait une tricherie qui ferait perdre tout son attrait au jeu.
10Répétition suggérant habilement l'état de confusion où se trouve plongée la jeune fille suite au contact avec un objet textile inconnu.
11La misogynie de l'auteur pointe le bout de l'oreille laissant entendre que le possesseur du signe extérieur de richesse que constitue ce bonnet attirerait les bonnes grâces des filles de la région, supposées intéressées par un riche mariage.

mercredi 10 avril 2019

Discipline et autorité

Selon un sondage, les Français seraient nombreux à désirer voir s'installer un pouvoir autoritaire ! Il y a longtemps que je n'avais rien entendu d'aussi paradoxal. Les bisounours décadents rêveraient d'un pouvoir fort ? Il y a là de quoi rire !

Ce désir d'un régime autoritaire me rappelle celui du rétablissement de la discipline dans l' « éducation ». Tous les parents d'élèves sont pour que règne le calme dans les établissements scolaires et que les perturbateurs soient sévèrement sanctionnés. Sauf que... ...cela concerne uniquement les autres. Leur enfant, lui, même s'il est un emmerdeur de première classe ne saurait être considéré que comme un angelot et toute sanction prise à son égard ne saurait être qu'injuste. Tous ceux qui ont travaillé dans l'enseignement vous le confirmeront. De la discipline, certes mais à condition qu'elle ne s'applique qu'à autrui.

Dans ces conditions, restaurer l'autorité de l'État est totalement illusoire vu que les parents d'élèves se trouvent être également des citoyens. Se montrer inflexible mais seulement avec les autres revient à ne l'être avec personne vu qu'on est toujours l'autre de quelqu'un et que tout un chacun s'estime innocent ou excusable et par conséquent ne saurait être l'objet d'une quelconque sévérité sans qu'il s'agisse d'iniquité.

D'ailleurs on ne voit pas pourquoi les Français désireraient un pouvoir fort vu que nombre d'entre eux s'estiment déjà vivre dans une dictature sanguinaire. La pantalonnade Giletjaunesque que nous vivotons depuis quelques mois est la preuve évidente du refus de l'autorité. Certes, tous, enfin pas tout à fait, s'accordent à blâmer les exactions constatées lors des promenades du samedi mais beaucoup comprennent, soutiennent ou excusent le mouvement qui les provoque. Et un grand nombre parle des violences policières. On veut empêcher la casse mais sans dégâts collatéraux. Il faudrait réprimer mais aussi gentiment qu'efficacement. Circulent des vidéos où l'on voit des policiers tabasser, asperger de gaz ou simplement bousculer de braves citoyens forcément innocents. Elles ne montrent pas le contexte dans lequel se produisent lesdites violences. Pire, beaucoup pensent que le gouvernement actuel encourage sa police à crever systématiquement les yeux des passants et à leur arracher une main de temps en temps, histoire de passer le temps, je suppose.

Si la violence policière se mettait à réprimer les taquineries des petits gars des cités, nul doute qu'en cas de blessures graves, voire de morts, on assisterait également à une levée de boucliers, venant d'un autre bord certes mais l'action de l'état se trouverait tout de même fortement condamnée.

Quoi qu'il arrive, d'un bord ou de l'autre voire de tous les côtés, toute action musclée d'un quelconque gouvernement se verra fustigée. L'État fort ne peut qu'être un doux rêve dans un pays profondément divisé où on peut dire le souhaiter mais où son existence révolterait les belles et ultra-sensibles âmes de nos contemporains.

lundi 8 avril 2019

Catastrophismes

On se demande comment les Français peuvent encore dormir de temps en temps avec les catastrophes qui les menacent dans de nombreux domaines. Les Philippulus foisonnent mais à la différence de leur modèle, ils ne courent pas les rues d'une blanche robe vêtus et munis d'un gong en annonçant la fin du monde, ce qui tendrait à les faire passer pour un peu étranges, même au temps des Gay Prides et autres fantaisies. A la voie publique, ils préfèrent les media et parfois même sont vêtus correctement. Ils ne vocifèrent pas toujours. Certains parlent posément des cataclysmes qui nous pendent au nez comme un sifflet de deux ronds et étaient leurs discours de données scientifiques apparemment irréfutables que nul n'ira vérifier. L'origine de nos malheurs est diverse mais leurs conséquences, dramatiques voire fatales, sont généralement inéluctables. Parmi les prophètes de malheur, certains optimistes laissent entrevoir la possibilité d'un sursaut de dernière minute qui pourrait, s'il se produisait dans un avenir très proche, éviter que ne se produise les cataclysmes prévus.

Mais les catastrophes, comme toutes choses, connaissent leurs heures de gloire puis passent de mode. Les plus anciens se souviendront de la peur qu'occasionna il y a quelques décennies un éventuel conflit nucléaire. Des gens aisés se firent même, à grand frais construire des abris où ils entassèrent vivres et fournitures diverses. Personnellement, dès cet époque, je ne voyais pas très bien l'intérêt de ces coûteuses précautions, vu qu'un jour il faudrait bien sortir de l'abri et qu'on se retrouverait dans un monde à la Mad Max ou à la Cormac McCarthy où subsister serait pour le moins difficile voire carrément désagréable. Bizarrement, cette crainte semble avoir beaucoup perdu de sa prégnance. Heureusement, d'autres sont venues la remplacer ! En faire la liste complète serait laborieux. Je me contenterai donc d'en évoquer quelques unes parmi les plus populaires.

Le péril alimentaire en est une : suite aux errances de l'agriculture intensive, notre nourriture nous empoisonne. De grandes sociétés, avides de profits, imposent leurs produits dans le meilleur des cas hautement cancérigènes et qui entre autres effets secondaires présentent le léger inconvénient de détruire les sols ce qui, à terme, les rendra totalement infertiles et provoquera des disettes qui ravaleront la peste noire au rang de négligeable incident. Monsanto, puisqu'il faut l'appeler par son nom, va détruire l'humanité. Ce qui n'est pas très malin de sa part, vu qu'avec elle disparaîtront ses clients...

La submersion migratoire menace gravement notre société. Des millions et des millions de réfugiés économiques ou climatiques viendront s'installer chez nous pour y vivre à nos crochets, détruisant au passage la civilisation telle que nous l'avons connue. Je suis loin de sous-estimer cette menace. Seulement, l'économie, l'État providence comme les capacités de production de notre agriculture ont leurs limites. Viendrait un jour où plus rien ne justifierait un long voyage : si c'est pour y crever de faim ou de froid dans les ruines d'une Europe jadis florissante, autant rester mourir chez soi.

La prophétie la plus intéressante par sa globalité qui, au passage, rendrait toutes les autres caduques est celle de la « destruction de la planète ». Si nous n'agissons pas fortement et immédiatement, la planète est, selon certains, foutue. J'entends des voix dire que nous n'avons que quelques années pour redresser la barre. Si c'est vraiment le cas, à mon avis, notre sort est scellé car du train où vont les choses, un proche et salutaire rebond est pour le moins improbable.

Le problème du catastrophisme est son côté généralement inéluctable. Si rien ne peut être fait pour éviter l'extinction de notre civilisation, de l'humanité et de la planète, à quoi bon s'en inquiéter ? Autant s'indigner de notre mort individuelle qui, comme chacun sait, est, elle aussi, inévitable.

Plutôt que de prévoir de fatals cataclysme que ne sauraient éviter que d'immédiats et radicaux changement hautement improbables, ne vaudrait-il pas mieux envisager des solutions rationnelles et durables ? Je crois qu'au cours de son histoire l'humanité a toujours trouvé des solutions (plus ou moins heureuses) à ses problèmes. A une époque où la science et les techniques nous permettent de mieux maîtriser les choses, je ne vois pas pourquoi elle aurait perdu cette capacité. Je regarde donc son avenir de manière plutôt apaisée et porte sur les prophètes de malheur le même regard amusé que sur Philippulus.

dimanche 7 avril 2019

Adoptez un capybara !

La fin brutale d'Alfred votre porc de compagnie vous laisse désemparé. Les excellents souvenirs qu'il vous a laissés (Pâtés, rillettes, jambons, rôtis, côtelettes, boudin, andouillette, lard, etc.) atténuent votre peine mais ne sauraient combler le grand vide affectif que crée en vous son absence. Vous aimeriez qu'un nouvel ami vienne ramener gaîté et animation dans votre foyer. Seulement, les nombreuses qualités d'Alfred vous ont rendu exigeant quant à celles qu'il devrait posséder : dynamisme, joie de vivre, goût prononcé pour se vautrer dans la boue, etc. De plus, être comestible serait un must. Nous avons votre bestiau : le capybara !

Le capi-quoi, me demanderez-vous ? La bête est en effet peu ou mal connue et c'est injuste car ses mérites sont nombreux, nous y reviendrons. Il est d'autre part détenteur d'un record mondial, celui du plus gros rongeur. Imaginez une sorte de cochon d'Inde de plus d'un mètre de long, de soixante centimètres de haut et pesant plus de cinquante kilos. Mais plutôt qu'imaginer je vous propose d'admirer :



Magnifique, non ? Mais attention avant d'en acheter un à l'animalerie la plus proche, permettez moi de vous indiquer quelques prérequis à son adoption. Apprenez (fans rire, f'il vous plaît, avoir un feveu sur la langue n'a rien d'amusant) ce qu'en écrivait le naturaliste français Pierre Barrère en 1741 : « Le cabiai (NDLR : pseudonyme qu'utilise notre ami sur les réseaux sociaux) qu'on nomme auſſi Cabionara, eſt un animal amphibie qui habite ordinairement dans les marécages ; il vit de poiſſon, de fruits, de cannes à ſucre ; il eſt délicieux à manger »  . Si vous ne disposez pas d'un vaste espace chauffé abritant une mare poissonneuse de bonne taille, oubliez-le ! Il faut de plus que les lieux soient herbus et plantés de canne à sucre (son nom dérive d'ailleurs du tupi kapi'wara (« mangeur d'herbe »)). Si vous remplissez ces conditions, cessez d'hésiter.

Les mœurs de cet animal sont très douces. Il vit, au bord des cours d'eau, en groupes au sein desquels certains s'occupent des petits tandis que les autres vont se baigner, se nourrir ou s'enduire de boue. Il arrive que leur accouplement, qui mènera la femelle à accoucher de deux à huit capybarounets qu 'elle élèvera dans la crainte de Dieu (et accessoirement des caïmans) et l'amour des rongeurs, ait lieu dans l'eau après un cérémonial complexe. C'est d'ailleurs suite à l'observation de ce phénomène que Léonce Bernotet lança en 1904 la mode des bains de minuit. Animal généralement pacifique, ses incisives, larges de deux centimètres, peuvent infliger de cruelles blessures à qui l'attaquerait. Il sait, comme le démontre la photo qui suit, se montrer affectueux même avec les chats auxquels il pardonne la cruauté et la lâcheté dont ils font montre envers d'autres rongeurs de taille plus réduite.



Pour résumer, ce sympathique animal saura amener à toute la maisonnée joie et tendresse. Reste le délicat problème des vacances. Si de plus en plus d'hôtels et d'hébergements divers acceptent les capybaras, rares encore sont ceux qui sont à même de leur offrir les équipements nécessaires à leur bien être, notamment sur la Côte d'Azur et même en Bretagne. Vous verrez-vous contraint à condamner à une désespérantes solitude ou à l'inconfort votre ami à quatre pattes ? Pour éviter ce crève-cœur, de multiples solutions existent. Sans en faire la liste exhaustive, je vous en communiquerai quelques unes : Le capybara à l'orange, le carpaccio de capybara aux baies rouges, le rôti de capybara à la moutarde et au miel, l'émincé de capybara aux dattes et aux raisins, le sauté de capybara en cocotte etc. Ainsi, par sa succulence comme il l'aura fait par son amitié, votre ami continuera d'embellir votre existence.

vendredi 5 avril 2019

Promenade en Limousin

Suivant le principe selon lequel on ne change pas une équipe qui perd et vu le peu de succès qu'a rencontré mon article d'hier, je vais continuer de vous narrer mon excursion en des parties de moi ignorées du Limousin. Encouragé par les merveilles découvertes à Vigeois, je décidai de pousser jusqu'à Arnac-Pompadour dont j'avais entendu, il y a des lustres, dire le plus grand bien du château dont le Roi Louis XV fit don à sa favorite et du haras qu'elle y créa. Les quinze kilomètres me séparant de cette riante petite cité furent bien vite parcourus. Enfin, quand je dis riante,c'est histoire d'utiliser un cliché car le froid qui y régnait n'incitait guère à la franche rigolade. Je trouvai vite le château et, me rendant à l'entrée j'appris qu'il n'y avait pas plus de possibilités de visite en cette saison que de bonté dans le regard d'un gauchiste. Cependant, j'en vis sortir un couple et poussai la barrière de bois du portail afin d 'aller me promener dans le parc et d'y faire quelques photos. Voici ce que j'en ramenai :

Entrée 

Vue de l'intérieur

Autre vue de l'intérieur

Poivrière

Portail vu de l'intérieur

Vue des douves
Alors que je quittais à peine l'enceinte du château, j'entendis comme le choc sourd d'une porte que l'on fermait. Je me retournai et vis que le second vantail du portail venait de se refermer interdisant à tout visiteur l'accès de la cour. Je regardai ma montre et constatai qu'il était 5 h moins le quart. Curieux horaire pour une fermeture ! Je me demandai, si, m'étant attardé un peu plus sur les lieux j'aurais connu la mésaventure de me trouver enfermé dans l'enceinte du château par cette fin d'après-midi glaciale jusqu'à ce que quelqu'un me délivrât ou si, ayant épié ma visite quelque employé avait attendu ma sortie pour mettre fin aux entrées intempestives. Sage précaution vu qu'un couple que je croisai me demanda si une visite était possible...

Je pris la route du retour. A un carrefour, j'aperçus un panneau signalant, accompagné du logo des Monuments Historiques, la chartreuse du Glandier. Ma curiosité piquée, je fis au plus vite demi-tour et m'engageai sur le chemin y menant. D'abord bordée de champs de pommiers, la route devint de plus en plus étroite, solitaire et pour tout dire peu accueillante. Les braves moines cartusiens semblaient avoir bien choisi leur solitude ! Le lieu et son accès devaient favoriser la prière. La mienne étant de ne croiser aucun véhicule sur ce chemin défoncé et  étroit traversant de sombres forêts. Je parvins enfin au lieu recherché pour découvrir que loin d'être la merveille romane que j'espérais trouver, les bâtiments dataient de la fin du XIXe siècle et ne présentaient aucune espèce d'intérêt à mes yeux. Je poursuivi donc ma route y rencontrai un nouveau panneau indiquant une une chapelle du XVIe siècle dans un lieu nommé Voutezac, oublié de Dieu (et des hommes) . Je m'y rendis et découvris au sein d'un village aux rues étroites une église massive auprès de laquelle stationner était impossible. Pensant qu'il s'agissait de la chapelle recherchée et peu séduit par l'édifice, je ne m'y arrêtai point. Rentré chez moi, je fis des recherches et appris que ce que j'avais pris pour la chapelle était la très ancienne église paroissiale fortifiée et que la chapelle recherchée se trouvait à l'écart et recelait six vitraux de Chagall. Dans le voisinage immédiat se trouvaient nombre de monuments divers méritant la visite. J'ai donc tout raté mais m'en console en me disant que vue l'heure tardive de mon arrivée sur les lieux les portes en auraient été closes...

jeudi 4 avril 2019

L'abbatiale Saint-Pierre de Vigeois en Corrèze

Que faire quand on a installé des détecteurs de fumée dans toutes les pièces qui s'y prêtent, quand on a cuisiné puis savouré un filet mignon à la crème et aux champignons (même si une cuisson un rien trop prolongée l'avait rendu un peu dur), quand la météo annonce des orages de grêle, qu'il fait un froid à se peler le jonc et que l'envie que l'on ressent à l'idée de se lancer dans de menus travaux d'électricité est pour le moins modérée ? La réponse est évidente : aller visiter l'abbatiale de Vigeois  puis jeter un coup d’œil au vieux pont du même village! C'est donc ce que je fis.

L'abbaye Saint-Pierre a connu bien des malheurs : un premier sanctuaire établi au début de la christianisation fut ravagé lors des invasions barbares. On reconstruisit mais vers l'an 800, ces salopards de Normands l'incendièrent. Et s'il n' avait que ça ! Mais figurez-vous que le vicomte Archambaud II de Comborn, petit-fils d'Archambaud dit « le Boucher » (ce qui en dit long sur la gentillesse du personnage), puis, suite à un malheureux accident au siège de Turenne, « Jambe pourrie », sans doute pour se distraire ne trouva rien de mieux que de s'emparer de l'abbaye et d'en brûler l'église vers l'an l'an de grâce 1050. Toutefois, pris de remords, il la fit reconstruire, prouvant si nécessaire que l'on peut avoir mauvaise tête mais bon cœur. Pourtant Le monastère n'était pas au bout de ses peines, loin de là : mutilée au cours des guerres de 100 ans et de Religion, elle connut un nouvel incendie en 1705 avant que la Révolution de 1789 ne vienne mettre fin à son existence n'en laissant subsister que l'église dont la nef fut reconstruite en 1866.

Les photos qui suivent vous montreront qu'avoir connu moult vicissitudes n'interdit pas de conserver de beaux restes.
Chevet de l'abbatiale

Modillons et chapiteaux sculptés sur une des chapelle rayonnantes de l'abside

Chapiteaux sculptés

Ajouter Vous reprendrez bien du rab de modillons ?

Chœur

Chapiteau polychrome du Chœur

Autre chapiteau du chœur

Portail polylobé du bras nord du transept

Clocher

Chapiteau d'une chapelle

Id. supra


Un p'it coup de modillons ? Ça ne se refuse pas !

Chapiteau sculpté d'un pied-droit du portail du bras nord du transept
 
Chapiteau de l'autre pied-droit

Pour finir une vue du vieux pont qui, au bas du village, enjambe la Vézère. Sa datation oppose Vigeoyeux et vigeoyeuses (c'est bien le gentilé de ce charmant village et je prie ceux qui en auraient l'envie d'éviter les jeux de mots douteux qu'il pourrait inspirer) et les rédacteurs de sa fiche Mérimée . Pour les premiers, si on en croit le panneau indicateur, il remonterait au XIIe siècle tandis que la seconde le dit être du XVe. Quoi qu'il en soit, il ne date pas d'hier !



mardi 2 avril 2019

Le sens de la vie (Sujet d'une profondeur telle que le film que les Monty Python lui ont consacré ne fait qu'en effleurer la surface)

J'étais jeune et fou comme il sied. Il m'arrivait de jeter des phrases définitives sur des bouts de papier. J'ai, il y a quelques années, mis tout ça au feu avec la totalité des lettres reçues au cours de dizaines d'années. Les souvenirs, je les ai en tête et ceux qui n'y sont pas n'ont pas d'importance. De ces phrases, une me reste à l'esprit, écrite lorsque j'avais 17 ou 18 ans : « Quoi que je fasse, j'irai vers moi.». J'avais cette intuition que je suivrai ma pente, qu'au fil du temps ma nature profonde se dessinerait avec netteté comme apparaît progressivement l'image sur un papier photographique impressionné dans le bac du révélateur.

Plus de cinquante ans ont passé et cette intuition me paraît s'être avérée. Au fil du temps, les contours d'une personnalité se font de plus en plus nets, rejetant l'accessoire pour ne garder que le fondamental lequel se composerait d'inné et d'acquis durant les jeunes années.

Selon certains, c'est toute la vie qui nous formerait. J'en doute. Bien sur, nous expérimentons des situations nouvelles, nous connaissons des « accidents », des moments de bonheur comme de détresse mais leur importance n'est qu’épiphénoménale dans la mesure où ils ne font que se confronter à notre nature profonde et la révéler. C'est pourquoi toute expérience est vécue différemment par chacun. Pour Nietzsche « Tout ce qui ne tue pas rend plus fort ». Au risque de contrarier ce brave Friedrich, je dirai plutôt que les événements graves ou pas qui affectent le cours de notre vie révèlent notre force ou notre faiblesse sans les atténuer ou les renforcer. D'ailleurs les mêmes expériences peuvent tuer ou « rendre plus fort ». Ce qui paraît bénin à l'un peut s'avérer mortel pour l'autre. Question de résilience. Cette capacité de résilience n'est pas le fruit d'un quelconque apprentissage. On la possède ou pas. Elle est une composante ou un élément manquant de notre personnalité profonde.

Si on change au fil des ans et des expériences, ce n'est qu'en superficie. Par exemple, j'ai longtemps été un geignard, j'avais des malheurs attristants. Cependant, à la différence de certains, quelle qu'ait été leur ampleur, mes « épreuves » ne m'ont jamais fait perdre durablement le nord ou remis en cause mon instinct de survie. Elles m'ont au contraire peu à peu permis de réaliser leur bénignité et d'atteindre une forme d'équanimité me mettant généralement à l'abri des stériles émotions qu'est supposée faire naître en nous l'existence.

Ce qui me semble la pire chose est de ne jamais atteindre et accepter une claire conscience de ce que l'on est. On s'épuise à vouloir s'améliorer ou à déplorer ses insuffisance. Une bête obsédée par le désir d'être ange n'en retire que déception et amertume. Un ange qui se voudrait bête n'est pas mieux loti. Je crois, alors que la fin approche, avoir atteint cette conscience. La vieillesse apporte inexorablement de menus inconvénients mais si, comme dans mon cas, elle s'accompagne d'une sérénité grandissante, au lieu de geindre sur une jeunesse généralement idéalisée, on l'accueille avec bonheur.

Cela dit, il est possible que d'irrémédiables épreuves viennent détruire cet équilibre. Rien ne le garantit ni n'en protège. Il sera alors temps, si on en possède encore la faculté, de voir...

Tout cela est bel et bon mais il va me falloir charger mon break des sacs de déchets végétaux qu'ont emplis mes activités récentes en vue d'un voyage à la déchetterie. Auparavant, je me régalerai d'un steak tartare accompagné de frites et, peut-être, d'un verre de rosé. Elle est pas belle la vie ?