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jeudi 11 avril 2019

Notes


Dans un récent article, M. Goux se plaignait de la cuistrerie de l'éditrice d'un ouvrage de Mme Carson McCullers. Ce grand esprit, probablement en proie à un grave abattement, déclarait ne trouver aucun intérêt aux notes que la brillante universitaire avait rédigées afin d'éclairer le lecteur. Il laissait même entendre qu'il ne s'agissait aucunement d'un cas isolé. Je ne saurais partager ce genre de blasphèmes : en fait, en dehors des préfaces, les notes de bas de page ou de fin de volume sont souvent ce qu'il y a de plus intéressant dans bien des livres. Elles ouvrent de nouveaux horizons au lecteur. Au point que nombreux sont les vrais amateurs de littérature qui ne lisent qu'elles.

Si la vie, cruelle marâtre, ne m'avait pas contraint à suivre d'autres chemins, je pense que le métier de noteur m'aurait apporté une ineffable félicité. Quoi de plus noble, en effet, que d'accompagner, voire de guider un lecteur sur le chemin souvent malaisé qui mène à une profonde compréhension de l’œuvre comme de l'âme d'un auteur ? Je vous le demande !

D'ailleurs, et vu qu'il n'est jamais trop tard pour réaliser ses rêves de gosse, je vais annoter, rien que pour vous, un texte que chanta Yvan-Chrysostome Dolto, plus connu sous le nom de Carlos, chanteur d'un grand talent qu'un malencontreux cancer du foie enleva bien trop tôt à notre affection. Parmi les chansons hautement poétiques qu'il interpréta, il en est une quai, tant par la forme que par le fond domine un répertoire pourtant riche et profond. Je veux parler, certains de vous l'auront deviné, de son célèbre « Papayou » :

Quand je suis v'nu au monde
Ma mère1 m'a tout donné
Une panse bien ronde
Des pieds, des grands pieds
Pour marcher, pour danser2
Mais la plus belle chose
Qu'elle ait pu me donner dans l'fond
C'est à peine si j'ose
Le dire... c'est mon...
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé3
J'ai le plus beau des Papayou lélé
Qu'on ait vu depuis des années
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
Ma mère me disait faut pas le montrer
Ca f'rait des jaloux dans le quartier4
Ca f'rait pleins de jaloux qui n'en n'ont pas du tout
Pleins d'envieux qui n'en ont pas chez eux
Pleins de méchants qu'en ont pas d'aussi grands
Il faut pas le montrer du tout, non!
Un jour l'institutrice5
Me dit: "Mais que t'as grandi"
Je réponds sans malice
"Mais mon Papayou il grandit lui aussi"6
Elle me dit "Je suppose
Que c'est une plaisanterie"
Mais en voyant la chose
Elle pousse un cri "Oh"7
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
C'est le plus beau des Papayou lélé
Que j'ai vu depuis des années
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lélé
Garde le pour moi ne le montre pas8
Ca f'rait des jaloux dans le quartier
Ca f'rait pleins de jaloux qui n'en n'ont pas du tout
Pleins d'envieux qui n'en ont pas chez eux
Pleins de méchants qu'en ont pas d'aussi grands
Pleins de badauds qu'on rien vu d'aussi beau
Et qui diraient partout, drôle de joujou
Il faut pas le montrer du tout, non!
Un jour à colin-maillard
Une fille aux yeux bandés9
Le découvrant par hasard
Me dit: "Qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est?"10
Depuis au village
Toutes les filles de la région
Me demandent en mariage11
Pour avoir mon...
Papayou, Papayou, Papayou, Papayou lél
Etc.

J'espère vous avoir été utile en favorisant votre compréhension de ce texte dont certains passages,sans être ésotériques, peuvent paraître obscurs.

1Françoise Dolto éminente psychanalyste qui fit tant pour que les parents cessent d'éduquer leurs enfants convenablement.
2Carlos voua, toute sa vie durant, un véritable culte à sa mère et plus particulièrement à sa légendaire générosité ainsi s'explique l'énumération de dons que des enfants moins reconnaissants eussent trouvé aller de soi.
3Le papayou lélé est un bonnet de coton mêlé de latex que, dans les familles grecques et russes, on offre aux nouveaux nés et qui partage avec la grenouillère « Babygro » la particularité de grandir avec l'enfant (du grec « papayos lèlos », bonnet de coton extensible).
4La famille Dolto, jouissant d'une certaine aisance n'avait pas mégoté sur le prix du bonnet ce qui risquait de provoquer des réactions d'envie chez les voisins moins favorisés.
5Ernestine Chombier, pédagogue émérite, toute entière dévouée à son apostolat était cependant très distraite au point de ne pas voir ses élèves grandir au fil des années.
6Cf. note 3
7Bien que très cultivée, Mme Chombier ignorait tout de l'extensibilité du papayou lélé.
8Notez la convergence des conseils de la mère et de l'institutrice qui de ce fait est présentée comme un substitut maternel.
9Précision inutile car jouer au colin-maillard sans bandeau constituerait une tricherie qui ferait perdre tout son attrait au jeu.
10Répétition suggérant habilement l'état de confusion où se trouve plongée la jeune fille suite au contact avec un objet textile inconnu.
11La misogynie de l'auteur pointe le bout de l'oreille laissant entendre que le possesseur du signe extérieur de richesse que constitue ce bonnet attirerait les bonnes grâces des filles de la région, supposées intéressées par un riche mariage.

10 commentaires:

  1. Rajoutez une case "Super excellentissime" et je la cocherais aussi avec plaisir !
    Mais ne restez pas à "quai" et continuez à annoter d'autres chansons de Yvan-Chrysostome qui j'en suis sûre, nous feront passer un bon moment car c'est précisément ce dont nous avons le plus besoin aujourd'hui.

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    1. Heureux de vous avoir fait passer un bon moment. J'avouerai que j'ai hésité entre ce texte et l'immortel "Tirelipimpon (sur le chihuahua)" mais vue la richesse du texte et conséquemment le nombre de points à éclaircir, j'y ai finalement renoncé.

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  2. Vous avez parfaitement saisi l'esprit ! Mais vous ne réussissez pas à être caricatural, tant les originaux, et notamment celui dont je parle chez moi, sont déjà leur propre caricature.

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    1. Il y a bien longtemps que je ne lis plus notes ni préfaces. Apprendre en cinquante pages que "Guerre et paix" parle de la Russie, plus particulièrement des guerres napoléoniennes et que nombre de comtes, comtesses,princes et princesses y tiennent un rôle me paraît d'aussi peu d'intérêt que le jugement que porte le professeur Tartempion sur la personne et l’œuvre de Tolstoï.

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  3. Ah ben voila !
    Ce texte, que j'ai toujours trouvé obscur et sibyllin, voire crypté, que j'écoutais d'une oreille soupçonneuse quand elle passait à la radio, s’éclaircit enfin grâce à vos notes richement documentées !
    Quand je pense qu'il m'aura fallu attendre si longtemps...

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    1. D'autant que moi, natif du Sud, je pensais qu'il parlait de "Parpaillots" parfois déformé en parpayous; ce qui nuisait à la compréhension de ce monument de la chanson française...

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    2. Merci à vous deux ! Être porteur de lumière, voilà mon ambition !

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  4. Vous êtes plus drôle que cette honorable universitaire...
    J'aime beaucoup les romans de Carston McCullers. J'ai l'impression d'être plongée dans le sud des États-Unis où je n'ai jamais mis les pieds, je "vois" les scènes.

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    1. C'est que vous n'aurez compris que, contrainte par le déclassement des des classes moyennes, à se livrer à des travaux aussi inutiles qu'ingrats afin de pouvoir remplir son frigo, cette dame s'est vengée en surchargeant le texte de notes volontairement ineptes.

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    2. Voilà-t-y pas qu'il en begaie...

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