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dimanche 7 janvier 2018

Les Bonheurs d'Alfred

Dans sa grande sagesse et afin d'alléger la tristesse qu'engendre en ce début d'année la prise de conscience de plus en plus évidente que l'élection de M. Macron à la magistrature suprême n'est pas un poisson de mai monté par des media facétieux mais bel et bien une réalité, France 3 nous a fait le cadeau, toute la semaine durant de diffuser, en début d'après-midi, des films de Sir Alfred Hitchcock. Alors que pluie et vent s'efforçaient de nous offrir un temps en harmonie avec l'horreur macronique, qu'il me fut doux, mollement allongé, de savourer les œuvres de ce grand cinéaste !

Vous prenez une intrigue rocambolesque, vous y incorporez force rebondissements improbables et qu'obtenez-vous, normalement ? Une merde infâme ! Sauf si vous avez du génie. Et il en avait le père Alfred ! Car pour faire de La Main au collet ou de Le crime était presque parfait des chefs-d’œuvre, il faut être quelqu'un. Pour nous faire oublier l'absurdité de certaines situations, il faut un magicien. Renouveler sans cesse le thème récurrent de l'innocent en voie d'être châtié, demande imagination et ténacité. Mêler mélodrame, tragédie et humour sans basculer dans le grotesque exige un funambule. Il avait et était tout ça le vieil Hitchcok. Et puis il savait bien s'entourer.

L'élégance de ses acteurs et actrices est frappante. Une élégance d'un autre temps. Grace Kelly dans sa robe bleue (La Main au collet ), laisse l'impression qu'en devenant princesse elle a renoncé à être déesse. Et d'Eva Marie Saint n'a-t-il pas su sublimer la grâce et la beauté ? Que dire de l'élégance à la fois impeccable et détendue d'un Cary Grant ou d'un Ray Milland ? A les voir on a, par contraste, l'impression d'être tombé bien bas.

Moi qui, sauf rares exceptions, me refuse à regarder les images qui bougent venues d'Outre-Atlantique, je parviens à pardonner à Sir Alfred d'avoir traversé l'océan car, mis au service d'un génie venu d'Europe, les moyens financiers américains ont permis des prouesses. Reste à savoir si aujourd'hui l'Europe est en mesure de fournir des talents exploitables par l'industrie Yankee, laquelle n'a généralement pour but que de décerveler pour mieux vendre.

11 commentaires:

  1. nous avons fait la même chose, comme les films d'Audiard, on ne se lasse pas de Sir Alfred , c'est toujours un régal

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  2. Encore un point de désaccord "artistique" entre nous : tout en reconnaissant son génie de la mise en scène et de la façon prenante de filmer les scènes, je trouve que 1) Sir Alfred a tout de même pondu un certain nombre de films parfaitement insignifiants voire tartignoles (Les Oiseaux par exemple), 2) que même dans les plus réussis, il souffre d'une grave faiblesse, qui est le happy end obligatoire… et souvent bâclé. D'autre part, si je souscris à ce que vous dites d'un Cary Grant ou d'un Ray Milland, je ne vous suis plus quant aux actrices, que je trouve toujours bien fadasses (sauf Kim Novak, peut-être). Mais il est vrai que c'est également un reproche qu'un lecteur français pourrait faire aux romans anglais : le manque de chair de ses personnages féminins.

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    1. Bien sûr qu'il y a des ratages ! Je pense que les happy ends lui étaient imposés. J'ai même lu quelque part qu'il avait dû réaliser une nouvelle fin pour un de ses films à la demande expresse de son producteur. Sur le dernier point je dirai que dans "La Main au collet", je trouve Grace Kelly éblouissante de beauté et de talent.

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  3. Oui...
    J'ai revu avec plaisir «le crime était presque parfait» qui est un excellent Columbo.

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    1. Bien sur, il y a du Columbo dans ce film mais avec plus de talent et peut-être même d'invraisemblance.

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  4. Ne vous laissez pas impressionner par les arguments péremptoires de monsieur Goux, sur ce qui est de l'art ou pas, Oncle Jacques!
    Je peux confirmer ici, l'accueil chaleureux que la jeunesse de l'époque a réservé aux films d'A.H. ! Pour tout dire on en avait marre de tous ces films sinistres en noir et blanc, de ces héroïnes mal coiffées et mal fagotées. Pour un Gérard Philipe combien d'acteurs au physique banal dont il fallait bien se contenter ?
    Avant le mot, avec le cinéma américain, c'était le glamour dans son acception la plus large qui débarquait chez nous, après ces sinistres années de guerre !
    Un film vu le dimanche après-midi laissait du rêve pour toute la semaine !
    Chaque fois que je revois un de ces films, c'est cette époque qu'ils évoquent pour moi : une époque où les jeunes n'avaient rien d'autre pour les distraire.
    Alors c'est vrai, je suis partiale et contrairement à Monsieur Goux, je ne peux les regarder avec l'œil de l'entomologiste scrutant un insecte dont, à priori, il faut se méfier et chercher les défauts pour lesquels on serait en droit de les transpercer de son épingle.

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    1. Je partage votre approche globale du cinéma. Tout ce que je demande à un film c'est qu'il évite de me faire regarder sans cesse ma montre en me demandant quand il va enfin finir et de me laisser un bon souvenir. De tels films ne sont évidemment pas exempts de défauts

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  5. Vous avez farpaitement raison, le Père Emptoire a mauvais Goux!

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  6. C'est comme Billy Wilder. Le fric américain au service du génie autrichien.

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