..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

jeudi 10 mars 2016

Tout ça, c'est la faute à Gerhard !




Gerhard Schmidt, prussien d'origine, dirigeait une unité de production pharmaceutique de la société Bayer en la bonne ville d'Épernon. Sous sa débonnaire férule officiaient deux chimistes anglais, Ann et John. Le couple britannique avait conçu une animosité certaine voire une certaine haine vis-à-vis de leur supérieur lequel les traitait avec ce mépris amusé que ressent parfois le Teuton vis-à-vis de nos voisins d'Outre-Manche.Il se trouva que je fus amené à faire profiter de mon savoir en Français Langue Étrangère au trio et que ma nature joviale fit que se développèrent entre les trois ennemis et moi des rapports amicaux. Situation quelque peu délicate car, durant les cours individuels que je leur dispensais ou lorsque l'un m'invitait en quelque bon restaurant ou que les autres me conviaient à dîner, j'étais inévitablement contraint d'entendre tout le mal que pensait chacun de la partie adverse tout en me gardant bien de prendre vis-à-vis des récriminations réciproques une position nette. Ménager la chèvre, le chou et jusqu'au cul de la crémière est un de mes rares talents...

Cette situation prit fin lorsque, avant de fermer, l'usine fut cédée à un concurrent. Gerhard retourna en Germanie prendre une retraite bien méritée ; Ann et John restèrent en France. Nous continuâmes donc à nous fréquenter tandis que je recevais au nouvel an de bons vœux de Leverkusen. Et puis les liens se distendirent, comme il est d'usage. Nous nous vîmes moins. Plus de cartes d'Outre-Rhin. Ainsi va la vie. Pourtant, un jour que je passais près d'Épernon, je m'arrêtai saluer mes amis anglais. Nous parlâmes de choses et d'autres autour d'un verre avant que la conversation ne vienne, comme de juste, à évoquer ce diable de Gerhard. Tandis que John ressassait son amertume, Ann l'interrompit en déclarant qu'on ne disait pas de mal des morts. Je crus avoir mal entendu et demandai confirmation de la triste nouvelle. Il me fut alors narré que, subissant une intervention chirurgicale, le brave homme ne s'était pas réveillé de l'anesthésie. Ainsi s'expliquait son silence.

Cette nouvelle provoqua en moi une allergie peu commune aux anesthésies, surtout générales. Car s'il y a une chose qui m'ennuierait au plus haut point c'est bien de ne pas voir la mort venir. A la différence de nombre de mes contemporains, je préférerais , quitte à souffrir, que sa venue me laisse le temps de m'organiser un peu : ranger mes papiers, faire un peu de ménage, indiquer les démarches utiles à effectuer par mon héritière, etc.

Demain, après l'échec de la tentative d'octobre dernier je vais donc subir une coloscopie virtuelle par scanner. Seulement, là où les choses se corsent, c'est qu'au cas où un ou des polypes seraient détectés (ce qui fut le cas il y a déjà quelques années de ça) il faudra les éliminer par voie endoscopique avec à la clé une anesthésie... Aurai-je reculé pour mieux sauter ? J'espère que non !

Quand je pense que si ce bon Gerhard n'avait pas eu l'idée saugrenue de mourir sur le billard ces angoisses m'eussent été épargnées, j'en viens à penser qu'il eût été préférable que nos rapports se fussent bornés au domaine strictement professionnel.

19 commentaires:

  1. Avez vous pensé à vous faire opérer dans les pays de l'est ? Vous avez des cliniques privées où la concurrence est libre et non faussée pas comme ici, avec des médecins compétents, des infirmières hongroises bien jolies, le tout pour une somme modique. Je me suis fait poser un anneau gastrique l'été dernier à Budapest, 145 euros l'opération. Vous ajoutez le vol mais par easy jet, c'est pas très cher, Budapest est en prime une très jolie ville. Je recommande aussi le Fucky Klub où les filles de joie sont pas très chères.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, je n'y ai jamais pensé. Ne serait-ce que parce que je ne supporte plus de prendre l'avion. Dommage pour les filles de joie (Compagnie toujours préférable à celle des hommes de peine) !

      Supprimer
  2. N'en croyez rien ! Des gens qui restent sur le billard pour un accident anesthésique, il y en a des tas. Tiens je pense à ce brave homme dont la fille, médecin, le poussait à se faire opérer de la vésicule en ces termes : C'est rien du tout, Papa !
    Que croyez-vous qu'il arriva ? Et voilà que la pauvre Betty se sentira toute la vie responsable de la mort de son père !

    RépondreSupprimer
  3. j'ai la même frousse que vous ! un mien ami, très cher à mon cœur, ne s'est pas réveillé suite à une opération assez bénigne, je " devrai " aller faire cette foutue coloscopie depuis une année, mais voilà.....bon courage et que les polypes indésirables soient maudits !

    RépondreSupprimer
  4. Partir au propofol... je suis preneur mais pas pressé. L'endormissement est une vraie mort brutale et indolore, le réveil est une merveille, un miracle inattendu, provisoire. Vous faites beaucoup de cas de votre maigre personne. Rentrez dans les statistiques banales de la viande et des boyaux.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sachez que je n'ai jamais été maigre, Môssieur Léon !

      Supprimer
  5. Le problème des anesthésiques c'est qu'ils contiennent du curare et que certains, comme Chevènement en son temps, découvrent qu'ils y sont allergiques parfois un peu trop tard.
    Chevènement en est revenu, pourquoi pas vous ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai déjà été anesthésié plus d'une fois. Comme pour l'avion il s'agit d'une phobie à retardement.

      Supprimer
    2. L’allergie n'est pas une phobie mais une réalité ignorée.
      Mais si je comprends bien vous n'avez rien à redouter.
      D'une nature comme la vôtre ça m'aurait étonné.

      Supprimer
  6. Courage, je suis de tout Coeur avec vous, aujourd'hui échographie pour cette saloperie de prostate et selon les résultats, un éventuel passage sur le billard.
    J' angoisse déjà.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci et courage, cher Jean-Paul !

      Supprimer
    2. Allez, une IRM et voire plus si affinités avec un urologue.

      Supprimer
  7. Souhaiteriez-vous connaître ou redécouvrir "l'anesthésiste d'Erevan" ?...

    RépondreSupprimer
  8. Eh bien, moi, l'anesthésie, je m'en fous comme de l'an 40, voire un peu plus ! Mais il est vrai que les phobies des autres paraissent toujours hautement ridicules… alors que les nôtres le sont évidemment tout autant, bien qu'insurmontables et, à nos propres yeux, tout à fait fondées.

    Cela dit, je ne suis pas très phobique, comme gars (à part le vide…).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. L'anesthésie et le vertige sont les deux mamelles de mon angoisse !

      Supprimer
  9. "Car s'il y a une chose qui m'ennuierait au plus haut point c'est bien de ne pas voir la mort venir. A la différence de nombre de mes contemporains, je préférerais , quitte à souffrir, que sa venue me laisse le temps de m'organiser un peu : ranger mes papiers, faire un peu de ménage, indiquer les démarches utiles à effectuer par mon héritière, etc."
    Voir même publier un dernier billet sur ce blog pour en prévenir ses chers amis et lecteurs (non pont d'ultime démagogie je n'ai pas écrit chers amis électeurs !) ?...

    RépondreSupprimer