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samedi 27 octobre 2018

Réflexions décousues sur l'école (suite et fin)

Une grande erreur en vogue actuellement est que l'enseignant devrait être aimé de ses élèves. En fait, il n'est pas payé pour compenser leurs manques affectifs mais pour leur apprendre quelque chose. Si en plus ils l'apprécient, c'est la cerise sur le gâteau. A la différence de M. Macron, je n'ai jamais senti d'affection particulière pour aucun de mes enseignants. J'irai même jusqu'à dire que certains m'inspiraient plus de crainte que d'enthousiasme. Seulement, ils ont tous fait leur devoir, m'ont appris à lire, à écrire, à compter ainsi que bien d'autres choses ce qui m'a permis de ne pas demeurer trop ignare. De cela je les remercie.

Une chose qui a très mauvaise presse est la punition collective. Cette aversion est compréhensible dans le cas où les manquements sont le fait d'une minorité identifiable. Mais quand il s'agit d'un chahut général organisé comme j'en ai vus ou plutôt entendus, une sanction générale s'impose. On transgresse ensemble, on paie ensemble. Seulement, les parents, qui, comme je le disais plus haut ont tous des enfants irréprochables, s'y opposent. Ce serait injuste. Il est certain qu'il est plus facile de blâmer de ce genre de désordres quelques brebis galeuses que d'admettre qu'un ange puisse se laisser entraîner à de coupables errements. On veut de la discipline, mais pour les autres. Et comme on est toujours l'autre d'un autre on finit par refuser toute sanction au nom de la justice.

Le recrutement des professeurs me laisse pantois. Je ne saisis pas bien pourquoi il faudrait qu'on ait un bac plus cinq pour se retrouver face à des enfants de trois ans à 12 ans. Mes instituteurs avaient dans le meilleur des cas le baccalauréat. Il me semble qu'ils parvenaient à des résultats au moins équivalents à ceux d'aujourd'hui. De même (en admettant que le niveau des études supérieures le permette) je ne vois pas à quoi pourrait servir la capacité d'un prof à sortir des jeux de mots hilarants en grec ancien ou de corriger avec élégance certaines lourdeurs de style de Virgile ou de César face à un public lycéen qui ne l'écouterait pas et qui, s'il l'écoutait, ne comprendrait rien à ses dire. Le recrutement des enseignants devrait être modulé en fonction des publics auxquels on les destine.Dans certains endroits, des anciens sergents de la coloniale(si ça existait encore) seraient mieux adaptés au public que des jeunes agrégés en attente de mutation.

Si l'école n'est pas nécessairement un lieu d'amour comme je l'évoquais plus haut, elle n'est pas plus , au niveau primaire, celui où l'on pallie les inégalités socio-culturelles. Ce n'est pas par quelques heures d'apprentissages « culturels » qu'on amènera un enfant de milieu culturellement très défavorisé à atteindre le niveau de connaissances générales d'un autre issu d'un milieu cultivé. Ce qu'il faut lui offrir, ce sont les clés qui lui permettront, si tel est son bon vouloir, de se cultiver, à savoir la lecture, l'écriture et le calcul. Si ces bases ne sont pas établies, tout le reste est une perte de temps. Tous les soi-disant « éveils » ne servent à rien, surtout que vu le bruit qu'ils produisent, on peut douter que les élèves soient endormis.

Les problèmes de discipline sont souvent attribués au manque d'autorité des enseignants. Il faudrait être un peu sérieux vu que qui dit enseignement de masse dit recrutement de masse des enseignants. Or comment peut on espérer trouver des centaines de milliers de professeurs dotés d'un charisme, d'une volonté et d'une énergie extraordinaires et tout cela pour un salaire bien bas ? Il serait utile que l'institution endosse sa part de responsabilité ne serait-ce qu'en améliorant l'efficacité des méthodes pédagogiques qu'elle prône et en apportant davantage de soutien à ses membres. Mais il est plus confortable pour un stratège de rendre ses soldats responsables de ses défaites que de confesser ses erreurs.

En résumé, il me semble que l'on ne réformera efficacement l'école qu'une fois qu'on aura, par des méthodes musclées et par une lutte impitoyable contre les folies idéologiques régnantes, rétabli un certain ordre dans la société. L'enseignement ne peut atteindre ses buts que dans la discipline, la rigueur et l'adaptation de ses contenus et de ses personnels aux publics concernés. Influencés par des media et des politiques soit imbéciles soit cyniques, la majorité ne me semble pas prête à accepter ces évidences. Le sera-t-elle un jour ? Ce serait indispensable si l'on veut éviter que notre civilisation ne disparaisse.

8 commentaires:

  1. Vous oubliez un détail : pour avoir le niveau de nos instituteurs "simplement bacheliers", il faut que ceux d'aujourd'hui soient au strict minimum bac + 5…

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    1. Oui et non. Le bac+5 d'aujourd'hui a, dans sa spécialité, des connaissances bien supérieures à celles du bachelier d'antan. En revanche, il peut lui être inférieur dans des domaines plus généraux et plus utile aux élèves du primaire voire du collège. Seulement, ces connaissances supérieures sont généralement totalement inutiles. Je crains que l'inflation des diplômes ne crée de nouvelles exigences et que celle-ci permet de retarder l'âge d'entrée dans la vie active et, par conséquent, le taux de chômage.

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  2. Un sergent de la coloniale ... passé par la Haute-Volta ?

    Dominique

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    1. Heureux de vous retrouver, cher Dominique. Par l'Oubangui-Chari, par l'Indo ou par l'Algérie ferait également l'affaire.

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  3. Pour moi, il ne fait aucun doute que l'institution est entièrement responsable de l'état de l'Education nationale.
    Je n'en veux pour preuve que cette histoire où, en mai 68, une jeune fille de pas encore onze ans, en classe de 4ème, a mis le souk dans le dortoir des filles, les incitant, entre autres, à balancer leurs matelas par les fenêtres, ce qui fut fait.
    La mère, convoquée par la directrice du lycée Honoré d'Urfé de Saint-Etienne, ne put que conseiller à la directrice de renvoyer sa fille qui avait à la maison, le comportement d'une petite fille modèle toujours dans livres et cahiers, à qui sa mère n'avait donc rien à reprocher.
    "Mais je ne peux pas, s'écria la directrice, vous vous rendez compte, elle harangue ses compagnes, debout sur une table, on dirait que je la renvoie parce qu'elle fait de la politique !"
    Et c'est ainsi que cette mère de famille apprit que sa fille de onze ans "faisait de la politique" au lycée, sous l'influence de sa prof d'histoire maoïste !

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    1. Cette anecdote montre à quel point la folie nous a envahi depuis des décennies !

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  4. Nous avions,en classe de troisième, une prof de français,accessoirement prof de latin-grec,une vraie peau de vache ou sergent major en culotte de peau,qui poursuivait son cours durant l'inter-classe,au grand mécontentement du troupeau,qu'elle écrasait par ailleurs,avec un plaisir presque sadique,de devoirs à la maison.

    N'empêche que c'était une excellente prof,exigeante et qu'on progressait réellement sous sa férule,tout en acquérant de bonnes bases...
    Je me souviens également avec nostalgie de ma prof d'anglais,mais cela tient à de toutes autres raisons,qu'il serait indécent d'exposer ici.

    Vendémiaire.


    Vendémiaire.

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    1. Ce que vous dites ne fait que confirmer ce que je disais : un enseignant n'est pas là pour être aimé mais pour être utile.

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