..Toi qui entres ici, abandonne tout espoir de trouver un contenu sérieux. Ici, on dérise, on batifole, on plaisante, on ricane.

lundi 2 septembre 2013

S’ennuyer à mourir



« Mais soyons compréhensifs, ne venir ici que pour corriger une faute d'orthographe, faut vraiment s'ennuyer à mourir. »

Voilà ce que je me suis pris dans les dents suite à une remarque orthographique sur le blog de Madame Elooooody.  Vous pensez si ça m’a fait mal : l'apparente vacuité de mon existence m’est apparue dans toute sa cruelle évidence : sembler n’avoir pour tout dérivatif que de signaler à une personne de grande culture qu’on n’écrit pas « oripilants » mais « horripilants » est bien triste. Une fois passée la douleur cuisante de ce jugement, je me suis ressaisi.

En fait, cette fustigation de mon mortel ennui  m’est apparue injuste. Comment cette personne, que j’imagine charmante sinon lettrée, peut-elle être certaine que l’unique cause de ma visite était de pinailler sur l’orthographe d’un adjectif ?  Qu’est-ce qui peut, sinon une modestie exagérée, lui interdire de penser que je venais là pour m’abreuver à la source vivifiante de sa sagesse ? 

D’autre part, sur quoi cette délicieuse jeune femme que je soupçonne de ne suivre mon blog que de manière discontinue (voire pas du tout)  se base-t-elle pour penser que ma vie est une suite de longs moments d’ennui à peine égayés par des visites  à visées orthographiques sur son blog ? Que connaît-elle vraiment de ce tourbillon qu’est ma vie ? Comment peut-elle penser que jardinage, bricolage, cuisinage, lecturage, écrivage, mangeage et boivage  laissent la moindre place à cette « impression de vide, de lassitude causée par le désœuvrement, par une occupation monotone ou dépourvue d’intérêt » pour reprendre les termes de M. Petit Robert ?

Pour être honnête, depuis ma libération,  il y a deux ans et deux mois de ça, je n’ai jamais connu l’ennui. Il m’arrive souvent de trouver les journées trop courtes et de n’avoir pas le temps d’en faire ce que j’avais prévu.  

Maintenant, si, guidé par un louable désir de se montrer utile, on signale une légère bévue bien excusable cela a pour conséquence de se voir infligé un camouflet, comment s’étonner que le découragement vous gagne ? Doit-on pour autant faire semblant de ne rien voir,  laisser autrui dans l’ignorance ? Ne serait-ce pas là le pire des mépris ?

Quoi qu’il en soit, cette rebuffade m’aura donné prétexte à un billet, sans grand intérêt certes, mais peut-être moins ennuyeux que ce que j’aurais pu écrire sur la situation ridicule où s’est mis le Grand Conducteur Hollande dans l’affaire Syrienne.

dimanche 1 septembre 2013

Le sort en est jeté !



Il est des moments dans la vie où des décisions s’imposent. MM. Obama et Hollande le savent aussi bien que moi. Ils ont cependant la possibilité de se cacher derrière un parlement. Barak, l’irrésolu, le fait.  François, foudre de guerre, s’en dispense. Ne disposant d’aucune chambre pour entériner ou annuler mes décisions, c’est seul que j’ai dû trancher mon dilemme.

Tentant, non ?
Résumons nous. Mercredi dernier, je m’en fus à Château-Gontier, noble et puissante cité du Maine, voir une Jaguar XJ 6 Sovereign. Son propriétaire, jeune collectionneur passionné, me fit excellente impression comme sa voiture. Elle était vert anglais, en très bon état, munie de tous les équipements  dont on pouvait rêver en 1992, et même de quelques uns qu’on n’aurait alors osé concevoir.  Seuls défauts : un impact sur le pare-brise et une climatisation nécessitant d’être convertie afin d’être compatible avec les exigences présentes de la couche d’ozone. J’avoue avoir été tenté de dire tope là et cochon qui s’en dédit. Seulement, une autre m’attirait.

Après avoir observé à la loupe moult et moult Jaguar ou Daimler sur  les sites où l’on vend, j’avais finalement sélectionné DEUX berlines comparées auxquelles toutes les autres pouvaient aller se rhabiller (ou se faire voir chez Plumeau, si vous préférez).  Seulement, le propriétaire de la seconde m’avait annoncé être en vacances et ne revenir qu’en fin de semaine. Le problème se compliquait car un nouveau visiteur devait venir voir la belle castrogontérienne dès vendredi. Imaginez les affres que je traversai !

Avec des yeux ronds,elle sera parfaite !
Vendredi donc arriva. Avec deux bonnes nouvelles : le visiteur potentiel  avait fait faux-bond et le vendeur Bas-Normand était de retour ! J’aurai donc le choix. Rendez-vous fut pris et c’est plein d'impatience que je parcourus le lendemain les soixante kilomètres me séparant de la Daimler XJ 40. Ma compagne vint. Elle émettait des réserves sur la couleur rouge, les phares carrés et les jantes moins belles.  Nous la vîmes, fîmes un tour et ma  décision fut prise : C’était elle. Nous discutâmes un peu le prix, le propriétaire étant garagiste spécialisé en voitures de collection* se déclara prêt, pour une somme modique à remplacer les optiques rectangulaires par des doubles phares ronds, et tout bien considéré, le rouge plut à mon amie. Cerise sur le gâteau, la climatisation avait été convertie. Ainsi , pour un prix qui nous ferait rire si nous n’étions entre gens sérieux, devins-je propriétaire d’un véhicule de moindre kilométrage, en état quasi-parfait, climatisé de frais,  et d’une beauté ravissante.

Cependant,  avant de pouvoir en profiter, il me faudra attendre que les phares soient changés, la révision faite et le contrôle technique passé. Patience !
*Il s’agissait de sa voiture personnelle, qu’il possédait depuis plusieurs années.

samedi 31 août 2013

Quiproquos enfantins



Eh oui, c’est triste à dire mais j’ai commencé très petit dans la vie. Curieux de tout, j’écoutais les infos. Nous n’eûmes la télé qu’en 1961 et les informations jusqu’à cette date nous parvenaient par le canal de la radio. La nôtre s’appelait Luxembourg. Le midi, le journal suivait les aventures de Zappy Max et de son ennemi juré, le Baron Kurt von Strafenberg dit le Tonneau dans le feuilleton-culte Ça va bouillir ! (sponsorisé par une marque de lessive, d’où le titre). Heureux temps où un criminel implacable ne pouvait être qu’Allemand !  Le journal du soir, lui, était précédé (ou suivi) par La Famille Duraton. Il y avait encore un autre feuilleton, narrant les vicissitudes d’un sympathique couple de clochards Carmen et Lahurlette incarnés par Jeanne Sourza et Raymond Souplex.  On savait rire en ce temps-là.

Mais revenons à nos infos. Il me semble qu’elles commençaient toujours par des communiqués rassurants sur la guerre d’Algérie : nos vaillantes troupes dézinguaient le fellagha par centaines tout en ne connaissant que de minimes pertes.  Ensuite venaient les nouvelles ordinaires. Et c’est là qu’apparaissaient de temps à autres deux personnages énigmatiques à mes yeux ou plutôt à mes oreilles : l’Homme de la rue et le Garde d’Esso.

A l’Homme de la rue, on demandait son avis à peu près sur tout. « Qu’en pense l’Homme de la rue ? », cette question lancinante revenait sans cesse, bientôt suivie par la réponse d’un ou plusieurs de ces hommes. Et cela me plongeait dans des abîmes de perplexité. Pour moi, qui pouvait être cet Homme de la rue, sinon celui qui y vivait, ce répugnant personnage toujours ivre, sale, habillé de hardes ? Ce clodo, dont ma chère institutrice, Madame R., me prédisait le destin si je ne travaillais pas davantage ?  Qu’on trouve le moindre intérêt à ce que pouvait bien penser ce répugnant personnage me paraissait fort incongru.

Quand au Garde d’Esso, je voyais en lui le responsable d’une station service du même nom. Un homme vêtu d’une combinaison de travail bleu  avec, cousu dans le dos, le logo de la marque inscrit en rouge sur fond blanc dans un cartouche ovale bleu.  Je savais, mon expérience étant déjà  grande, qu’il existait de nombreuses stations Esso, mais lorsque nous passions en voiture devant celle qui se trouvait sur la route de Maisons-Laffitte,  je cherchais le pompiste du regard et entretenais l’espoir qu’il soit celui dont la radio recueillait les propos.

Et le temps passa… J’appris que l’homme de la rue n’était pas un clodo mais un simple clampin dont on recueille les propos sans intérêt sur des sujets qui le dépassent. Quant au Garde d’Esso des Sceaux je finis par comprendre qu’il était ministre de la justice et non pompiste. Preuves que la connaissance, si elle mène à une vision plus exacte du monde a aussi  pour effet de modifier  l’univers d’un enfant.

vendredi 30 août 2013

Blogueur politique



Je me suis longtemps dit qu’être blogueur politique que l’on soit pour ou contre le gouvernement en place était une sinécure. Au temps de la politique-spectacle où ne se passe un jour sans qu’on nous montre une nouvelle et fascinante facette de l’action du président et que ne s’écoule d’heure sans qu’un ou l’autre de ses ministres ne  se rende qui au chevet d’une goitreuse, qui à l’inauguration du salon de la délocalisation, qui au congrès des associations pour l’association des associations, le travail ne manque pas : on a matière à louer comme à s’indigner. Seulement, ça, c’était avant.

Il se trouve qu’après un peu plus d’un an de hollandisme il devient difficile de passionner les foules par le commentaire d’actions, de prises de position et de réformes qui n’intéressent personne et en qui nul ne croit. On a pu un temps penser que le « mariage pout tous » allait rudement secouer le cocotier mais force est de constater qu’une loi, si farfelue soit-elle mais qui concerne si peu de gens, ne saurait durablement troubler la torpeur d’un peuple désabusé.

Le blogueur de gouvernement finit par se montrer morose. Comment s’enthousiasmer pour un cabinet si pâlichon ? Comment applaudir des deux mains des réformes aussi négligeables que peu fidèles aux engagements pris ? Alors on retourne à ses vieux démons : taper sur la Droite. Mais ça aussi c’est lassant. Un  amoureux qui ne fait que ressasser les défauts de l’ex  de son élue ne finit-il pas par indisposer cette dernière ? Restent de temps à autre des faits divers qui, mauvaise fois aidant, permettent de ressortir, sans grand conviction, l’arsenal des théories sociologique de l’excuse et d’agiter, sans grand succès, le vieil épouvantail du fascisme. Mais rien qui donne envie de pavoiser : le cœur n’y est plus.

Pour l’opposant, ce n’est guère mieux. Une fois qu’on a souligné la contradiction entre les propos du ministre des causes retrouvées et ceux de son collègue du délabrement citoyen,  qu’on a dénoncé l’incompatibilité des mesures prises avec les objectifs visés, que peut-on faire sinon se répéter ad nauseam ?  Sans compter que l’indignation et les défilés protestataires sont des spécialités gauchistes et qu’il faut de longues années de pratique pour les exercer de manière convaincante.

Et puis il faut bien dire que l’inconsistance de l’exécutif n’aide personne : à peine a-t-il  annoncé la moindre position qu’il s’empresse d’en adopter une contraire. On a à peine eu le temps de commencer à s’indigner ou à s’ébahir sur le bellicisme du président que celui-ci revient  à plus de circonspection. Allez vous y retrouver…

Décidément, le blogueur politique a connu de bien meilleurs jours.

jeudi 29 août 2013

Une femme d’État



Je viens de terminer la lecture d’un bon livre. Un illustre confrère blogueur en ayant rendu compte avec l’insolent talent qui est sa marque, j’ai bien peur de passer pour un Goux-gnafier en ajoutant mon grain de sel.

Une femme d’État est un roman à mon goût. Après toute une série de livres qui  ont eu pour mérite de m’aider à trouver un rapide sommeil sans me donner l’envie d’aller jusqu’à leur fin, cet ouvrage m’a fait renouer avec le plaisir de lire.

De quoi s’agit-il ? M. Desgranges nous expose sa vision de notre société ou plus exactement de ce qui est censé en constituer l’élite. Le fait-il par le biais d’un docte traité suant l’indignation? Choisit-il le ton austère du romancier social ?  Que nenni ! Il opte  pour le burlesque. Et c’est à mon sens le bon choix. Quand on parle de pitres, le grotesque s’impose.

D’emblée, affubler ses personnages de noms farfelus nous avertit : ici, rien n’est sérieux. On est dans la caricature. Le trait est outré. Partant de ce qui fait la réalité de notre comédie politico-sociale, M. Desgranges en pousse la logique à ses limites.  Le bon caricaturiste, comme lui, part d’un trait réel, l’exagère  et, ce faisant, amène à notre conscience telle ou telle particularité qui sans outrance eût passé inaperçue voire normale ou même acceptable.

La femme d’état, Valérie Pignon, est dotée d’une inculture, d’une incapacité et d’une naïveté qui dans un système absurde sont autant de clés qui ouvrent les portes de la réussite. D’abord sous-ministresse, elle s’élèvera irrésistiblement aux plus hauts sommets. Après une première partie d’exposition,  les principaux personnages caractérisés, tout ce beau monde se trouve confiné, suite à un week-end neigeux en diable, dans un château.  On est en situation de huis-clos, dans un Décaméron où personne ne raconterait d’histoire mais où tous la feraient,  à leur manière extravagante.  Ce huis-clos est à deux étages. D’abord, seule la neige isole. Ensuite la suppression de tout moyen de communication vient  renforcer l’isolement de notre groupe.  On nous montre le jeune arriviste, le maître du monde informatique, le premier ministre, les affairistes en art moderne, les capitaines d’industrie ou autres ministricules, mettre leur cynisme au service de leurs pitoyables manigances et se livrer à de joyeuses ou fortuites galipettes tout en dégustant des repas dont les menus feraient pâlir d’envie le plus délirant de nos modernes chefs.

Et le rire jaillit, à la surprise d’une formule cruelle, à un inattendu changement de registre lexical, à une absurdité plus absurde encore que la normale absurdité de cet univers absurde : on ne s’ennuie pas un instant et on en ressort avec un regard plus lucide sur ce qui est notre France réelle.

Le seul reproche que je ferais à ce joyeux roman, c’est sa fin. D’abord parce qu’il est toujours pénible de quitter un univers réjouissant, ensuite parce qu’elle est un peu abrupte.

Comme il est dit en quatrième de couverture que M. Desgranges « Observe les mœurs contemporaines, dont Une femme d’État présente un premier tableau.» on s’en console en se disant que d’autres suivront, tout aussi  plaisants.